Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Non, rien n’a changé : une histoire de vitesse

vendredi 21 octobre 2016, par John Jussy


Enregistrer au format PDF :Version Pdf


Version imprimable de cet article Version imprimable **



« Non non rien n’a changé » chantaient les Muppys dans les années 70, et il semble que ce soit souvent vrai. Aujourd’hui on se plaint des poids lourds, des vitesses des véhicules, mais peu des vélos qui ont presque disparu de la circulation urbaine. Ce n’était pas comme ça avant ?
Année 1922. La ville de Sainte-Ménehould se remet des années de guerre, le monument aux morts n’est pas encore inauguré. Les cartes postales montrent une ville bien tranquille, avec des rues et des places bien désertes. Et pourtant, le journaliste local de la Revue de la Marne se plaint des excès de vitesse commis par des camions, des autos, des motos et même des bicyclettes.

Une place bien vide



Aujourd’hui, le problème des poids lourds traversant la ville malgré l’interdiction de circuler aux plus de 13 tonnes n’est pas complètement résolu. En 1922, des camions qui traversaient la cité causaient, par les trépidations engendrées, de sérieux dégâts, étonnants d’ailleurs, faisant tomber les casseroles des cuisines ou endommageant les conduites d’eau de la ville qui avaient été récemment installées ou encore les conduites de gaz qui n’allaient plus servir à l’éclairage public avec l’arrivée de l’électricité.

Pas tant de vitesse, S. V. P.


« C’est ainsi que certains »chauffards", de lourds camions se croient obligés de rivaliser en vitesse, avec les voiturettes qui se trouvent devant eux – et à vrai dire, ils n’ont pas besoin de cela pour se livrer à ces habitudes déplorables.
En dehors des accidents toujours à redouter, il est une chose à laquelle on ne songe pas assez.
Ces camions, lourdement chargés, par la vitesse acquise, augmentent les trépidations qui font, non seulement valser la batterie de cuisine de nos ménagères, mais occasionnent ainsi des dégradations dont les contribuables supporteront les frais.
Ces trépidations ne sont-elles pas une des causes principales de la disjonction des conduites d’eau et de gaz de la Ville ?
Si, par suite du roulage intensif de la guerre ces conduites ont souffert, il est bon de noter qu’il convient, plus que jamais, d’éviter ces dégradations onéreuses en faisant une fois pour toutes, respecter les règlements ! Va-t-on s’y décider "

Pour les voitures et les motos, il s’agissait d’excès de vitesse à une époque où pourtant les véhicules n’étaient pas très performants. Néanmoins on se plaignait que ces autos traversent en tous sens la place d’Austerlitz et celle de l’hôtel de ville, des places que les cartes postales montrent bien vides, ce qui devait faciliter ces excès.

Ça ne change pas !


"Il est des gens qui, en auto ou en moto trouvent bon d’attirer l’attention sur eux par les excès de vitesse dont ils se rendent coupables !
D’autres traversent les deux places de notre ville en tous sens, organisant ainsi un carrousel qui ne fait pas du toutw l’affaire des malheureux piétons, lesquels se demandent maintenant à quoi servent les places publiques, si on ne peut s’y trouver en sécurité.
Il y a en ce moment, Place de l’Hôtel-de-Ville, un monument en voie de construction [1], autour duquel il serait sans doute bon de veiller si on ne veut pas, demain ou après, qu’il serve de butoir aux nombreux véhicules qui traversent cette place."

Les vélos aussi étaient accusés : des garçons et même des filles transformaient la ville en…vélodrome. Peut-on imaginer ces demoiselles pédalant à toute vitesse en grande robe ou en culotte comme le disait la chanson Frou Frou. : « Mais quand elle s’en va pédalant, en culotte comme un zouave, la chose me semble plus grave… »

Des cyclistes bien sages rue Chanteraine.

Mauvaise habitude


"On peut aimer les sports, la bicyclette aussi, mais ne pas dépasser pour cela les limites permises, même en matière de sport !
Presque chaque soir, en effet, on peut voir des groupes de nombreux cyclistes (garçons et filles) circuler à toute allure dans les rues de notre ville ainsi transformée en Vélodrome.
Certes nos jeunes ont raison de s’amuser mais encore faut-il qu’ils soient plus prudents en modérant non seulement leur allure mais encore en laissant la chaussée assez libre pour ne pas entraver la circulation.
Sans trouver aucun mal à leurs ébats, ne feraient-ils pas mieux de choisir d’autres pistes, sans risquer d’occasionner ou d’être eux-mêmes victimes de quelque accident ?"


John Jussy

Une auto garée devant le café de Paris



Notes

[1 – Il s’agit du monument aux morts de la ville.

Répondre à cet article


-Nombre de fois où cet article a été vu -
- -