Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Quelle histoire !

jeudi 18 juin 2015, par Nicole Gérardot


Version imprimable de cet article Version imprimable    Version PDF



C’est M. Jackie Lusse qui, lors d’une conférence organisée par le Centre d’études argonnais et le Club des seniors d’Argonne nous l’a révélée. M. Lusse est docteur en histoire, maître de conférences d’histoire du Moyen-âge à l’université de Nancy 2, aujourd’hui à la retraite.

De quoi s’agit-il ? De la fuite d’un curé avec une jeune abbesse en… 1731 à Vitry-en-Perthois. Mais alors, en quoi cela nous concerne ?
C’est que le curé, André Maucourant, était né à Sainte-Ménehould le 10 décembre 1694. Il était le cinquième enfant d’une fratrie de quinze dont beaucoup moururent en bas âge. Son père, Louis Maucourant, était avocat et conseiller du roi au baillage de Sainte-Ménehould. Son parrain fut son oncle paternel avocat au parlement. André Maucourant était issu d’une famille d’officiers royaux qui occupaient des fonctions assez importantes dans la région. Sa mère, Madeleine Renart, était la fille d’un notaire royal. Ses ancêtres furent également échevins à Sainte-Ménehould.

En 1709, André Maucourant entre au collège des Jésuites à Châlons-en-Champagne, puis sans doute au séminaire. Il obtient en 1719 la cure de Saint Jean de Châlons puis en 1927, il quitte cette ville pour Vitry-le-François.
Antoinette, Elisabeth, Hiacinthe de Saint Ouen (St Ouen-Domprot, arrondissement de Vitry-le-François) est baptisée le 17 août 1698. Son père est chevalier, seigneur de St Ouen. Elle prononce ses vœux en 1714 peu après son 16ème anniversaire à l’abbaye Saint-Jacques de Vitry-en-Perthois. L’abbaye a complètement disparu aujourd’hui.
L’abbé Maucourant était apprécié de l’évêque et fut bien accueilli à l’abbaye. Il s’y rendit même de plus en plus souvent et sœur Elisabeth allait le voir « en son parloir ». Des lettres, des poésies furent échangées. Le 22 septembre 1731, on découvrit la disparition de sœur Elisabeth. Sous prétexte d’un mal de rate, elle avait demandé à être dispensée des offices du soir et s’était retirée dans le jardin. On ne s’inquiéta de son absence que le lendemain au repas de midi. Dans sa chambre, on trouva des cendres de papier brûlé et son linge avait disparu de l’armoire. Quelques jours plus tard, une femme trouva un habit de religieuse dans un buisson. André Maucourant était parti vers les dix heures du soir, dans une voiture conduite par un postillon. Il avait emporté son linge, son argenterie… Il avait préparé sa fuite depuis un certain temps car il avait vendu ses biens et emprunté des sommes considérables. Le maître de poste de Vitry-le-François indiqua qu’il devait être parti en Hollande car il avait demandé la route à suivre pour se rendre dans ce pays.

L’événement fit grand bruit dans la région. L’abbé de Clairvaux, supérieur de l’abbaye, nomma une commission d’enquête. Pendant ce temps, nos deux fugitifs se rendirent à Lausanne où ils se convertirent au protestantisme. (André Maucourant n’avait sans doute demandé la route de la Hollande que pour brouiller les pistes). Puis ils séjournèrent à Genève. Il se faisait appeler André de Morantcour, anagramme de son véritable nom. Enfin, le couple s’installa à Berne et de leur union naquit au moins une fille Anna, Maria, Elisabeth. L’ancien curé devint rédacteur du journal « La gazette de Berne ». En raison de ses activités journalistiques, il connut une certaine notoriété.
Antoinette est décédée le 17 février 1767. La date du décès d’André Maucourant ne figure pas dans les actes d’état civil de Berne.

Voilà l’histoire de nos deux amoureux. Jackie Lusse, grâce à ses recherches, est allé bien au-delà. Elles l’ont conduit à aborder l’histoire du XVIIIème siècle : le jansénisme, la défense des privilèges de leur ordre par les Cisterciens, les procédures judiciaires de cette époque, l’émigration des protestants français… « C’est ainsi que la petite histoire rejoint la grande » comme il l’écrit à la fin de son récit que vous trouverez dans ce livre : « Etudes Marnaises, Tomme CXXIX- Année 2014 » (Publiées par la SACSAM, Société d’Agriculture, Commerce, Sciences et Arts du département de la Marne."



Répondre à cet article

Sainte-Ménehould et ses voisins d'Argonne
Association déclarée le 06 février 1998
Siége social : Hôtel de ville
B.P. 97- 51801 Sainte-Ménehould