Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Notre Dame de la Vallée.

vendredi 24 mars 2017, par François Duboisy


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Il est une petite chapelle située aux Islettes sur la route qui court le long de la vallée de la Biesme. C’est un écrin qui a longtemps protégé une vierge à l’enfant, aujourd’hui mise en sécurité dans un autre lieu et dont nous reparlerons plus tard.

Pourquoi construire une chapelle en 1866 aux Islettes ?
Le village comptait 1248 habitants et une seule église. Le curé d’alors pensait que ce n’était pas suffisant. Dans certains villages s’ajoutaient une ou plusieurs chapelles implantées soit dans un hospice soit dans une congrégation religieuse, voire dans une bâtisse privée. Rien de tout cela aux Islettes. Certes une jolie chapelle se trouve à proximité, au bois d’Épense, mais elle dépend de la paroisse de Sainte-Ménehould.
Or, en 1866 l’Église catholique n’a pas oublié la tentative de déchristianisation de la Révolution Française. Elle souhaite réaffirmer sa prédominance sur le sol de France en multipliant les édifices. Ainsi naîtra notre chapelle. Cette tendance sera amplifiée après la Commune de Paris. Ainsi sera construite l’église Saint-Charles de Ste-Ménehould en 1877 et le Sacré Cœur de Paris en 1874. Il fallait « purifier » le pays.

Il a fallu choisir un style
En cette fin de 19ème siècle, les nouvelles églises n’adoptent pas un style original. Elles copiaient les styles d’hier et l’on voyait surgir des édifices néoromans et néogothiques. Pour Notre Dame de la Vallée les constructeurs optent pour le néoclassique rappelant les formes antiques avec quatre colonnes et un fronton triangulaire. Inspiré peut-être de l’église de la Madeleine à Paris, l’édifice est modeste mais harmonieux.
Les clochers n’étant plus à la mode, la cloche sera à l’intérieur. Elle a été fondue grâce à la générosité des parrains, une famille de maîtres verriers, les De Bonnay de la Rouvrelle, très liés au village. Sur l’autel trône la statue.

Une bien mystérieuse statue
Notre Dame de la Vallée est une statue en bois de bonne facture. C’est une vierge noire qui cache bien des mystères. On ne connaît pas son origine. Elle aurait été trouvée, il y a bien longtemps dans les bois par des bûcherons. La voilà, trônant dans sa chapelle. Mais des mécréants la dérobèrent et ne trouvèrent pas mieux que de la tremper dans des latrines. Les excréments lui donnent cette couleur particulière que les nettoyages n’ont pu faire disparaître. Mais il fallait réparer cette profanation. En guise de purification il fut donné un office, tous les soirs, durant une semaine. Quant aux trois malandrins le sort ou la vengeance divine s’acharna sur eux. L’un devint aveugle et les deux autres moururent prématurément. Tout cela renforça les pouvoirs de la statue.

Un lieu de culte apprécié par les habitants des Islettes
C’est décidé, la chapelle et sa vierge allaient veiller sur la vallée de la Biesme et la protéger des périls à venir. Et ils furent nombreux. Ainsi durant la Grande Guerre, la petite chapelle, au milieu d’un village dévasté par les bombardements, resta debout. Voilà de quoi renforcer la croyance en des dons surnaturels. Son autel continua à être paré de fleurs durant le conflit et parfois un poilu en franchissait le seuil en quête d’un réconfort.
Une véritable dévotion à cette vierge persista. Après la seconde guerre mondiale on y venait prier, lors des missions pour obtenir des indulgences. Toutes les prières, les « Je vous salue Marie » et les « Notre Père » étaient comptabilisées et permettaient d’obtenir au moins partiellement la rémission de ses péchés.

Une nouvelle chapelle
En fait, la chapelle avait été fortement ébranlée par les bombardements de 1916 et petit à petit le délabrement s’accentua, obligeant à colmater les brèches avec des planches. Or, en 1946, un nouveau curé, André Hannequin, prend en charge la paroisse. Il fédère bien des énergies pour entreprendre la construction d’une nouvelle chapelle sur le même site. L’entreprise Bernardin se charge du gros œuvre et les bonnes volontés se chargent du reste.
C’est une véritable ruche qui bourdonne. Les enfants de cœur se mêlent aux adultes, croyants et non croyants, tous s’activent dans l’enthousiasme. Pas de temps à perdre. Pour entourer de verdure la chapelle, un herbager, un vrai précurseur, apporte des plaques d’herbe ; vite posées, vite arrosées. On pioche dans les casiers de limonade pour se rafraîchir. Tout sera prêt pour la date prévue.
L’édifice en briques aura des parements et des chaînages en pierre. Une croix domine la façade près d’un clocheton qui recevra la cloche. Le plafond est un demi-cylindre. On voit à l’intérieur un petit autel surplombé par une belle photo de la statue. De petites baies cintrées, ornées de vitraux, éclairent une vierge, en plâtre semble-t-il, qui n’est pas du meilleur effet.
Le 7 mai 1951, l’évêque de Verdun, Monseigneur Petit, vint la consacrer au milieu d’une foule imposante.
Peut-être cet article vous incitera lors d’une prochaine visite aux Islettes à regarder d’un œil nouveau cette modeste chapelle.
François Duboisy

Tableau réalisé par Marceau Duboisy



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