Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

La vie quotidienne dans un village argonnaisau début du XXe siècle.

jeudi 23 mars 2017, par Serge Franc


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« Le Chemin » est un petit village argonnais d’une soixantaine d’habitants aujourd’hui, mais il en a compté jusqu’à 282 (à la fin du 19ème siècle, vers 1872) et même 350 vers 1830. Les activités y étaient des plus diverses ; on ne se déplaçait « à la ville » qu’en cas d’absolue nécessité et il fallait donc trouver au plus proche tout ce dont on avait besoin.

Il y a une dizaine d’années, j’ai pu rencontrer Mme Odette DE MUER qui vivait encore dans sa maison de la rue Haute. Elle fut l’une des dernières institutrices de l’école du village (de 1946 à 1966) et a conduit brillamment tous ses élèves à la réussite au Certificat d’Etudes Primaires. De plus, elle a assuré pendant 23 années le secrétariat de mairie. Bien que n’étant pas originaire de ce lieu, elle s’est beaucoup intéressée à la vie de son village d’adoption et particulièrement à son histoire.

Elle avait effectué un certain nombre de recherches qui m’ont servi de base pour retracer la vie quotidienne dans un village argonnais à la fin du 19ème et au début du 20ème siècle.
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Le relevé des activités économiques de la commune du Chemin est assez significatif, il me semble de la vie quotidienne à cette époque. Les ressources consistaient en l’élevage des vaches et des porcs et en des cultures, notamment celle du chanvre (les chanvrières devinrent, par déformations successives, chènevières). Ces chènevières sont maintenant généralement réservées à la plantation de légumes. Le chanvre, après sa récolte, était mis à rouir dans les roises (chaque maison en avait une) ce qui permettait de séparer la paille des fibres textiles.
Ces fibres étaient alors confiées au tisserand du village pour être transformées en belle toile avec laquelle on faisait le linge de maison et les sous-vêtements. Le dernier tisserand finit vers 1907-1908 ; il s’agissait de M. Aimé GRANGIER. La toile était transformée en vêtements ou linge par des couturières ; il y en avait plusieurs sur place.

Il existait aussi bien d’autres métiers ou activités au village.
Vers 1870, un habitant appelé « le canardier » » tendait aux canards l’hiver quand la rivière d’Aisne inondait la prairie. L’été, il travaillait comme manœuvre dans les fermes. Il s’agissait de M. Pierre SIMON.
Le dernier charpentier-menuisier est mort au début du 20ème siècle. C’était M. Charles CONSTANT.
M. Irénée SIMON fut le dernier sabotier du village. Il est décédé après la guerre 14-18. Il faisait des sabots de bois dans les pieds de bouleau, bois qui ne fendait pas.
Un bûcheron, surnommé « Gunegune » était un spécialiste dans la fabrication des lattes de chêne pour la construction des toitures, et de paleçons, lattes de chêne, larges de 3 à 4 cm, qui servaient à maintenir les crépis sur les murs en torchis ou colombages. Il s’agissait de M. Prosper DEVILLE.
M. Georges VARIN, distillateur, se déplaçait dans chaque ferme pour faire l’eau-de-vie.
Un teinturier qui teignait en bleu foncé les pantalons et les « chaudes », sorte de vêtements flottants qui s’enfilaient par la tête et descendaient jusqu’à mi-cuisses en se mettant par-dessus le gilet.
Un gardien de truies gardait toutes les truies du village, tous les jours, dans les champs ou dans les « pâquis », terrains communaux. Il sonnait de la trompe le matin en passant devant chaque ferme pour récupérer les bêtes ; le soir, il les ramenait. Il avait également un verrat pour la reproduction. Pour chaque saillie, le gardien avait 1 F et un bout de lard.
Il existait alors trois marchands de porcelets.
Un botteleur de foin travaillait tout l’hiver et faisait des bottes de 5 kg qui servaient de nourriture aux vaches de champagne.
Le dernier maréchal-ferrant a disparu après 1940.
Il y a eu 2 cafés au village. Le dernier, qui faisait aussi épicerie et boulangerie, a été brûlé en 1940.
La fromagerie a disparu vers 1930 et fut transférée à Eclaires, d’abord au milieu de ce village puis au moulin sur le « Hardillon ».

d’après des données fournies par Mme DE MUER
complétées et mises en forme par Serge FRANC.

Comment le village a-t-il évolué ?


Comme la plupart des villages argonnais, « Le Chemin » a vu sa population décroître considérablement au fil des décennies durant tout le XXe siècle, chutant de 200 habitants en 1896 à 36 habitants en 2007 ! Cependant, la commune a su rester attractive malgré les difficultés ; plusieurs familles « historiques » sont restées au moins partiellement implantées, et quelques familles nouvelles sont venues s’installer, à tel point qu’il n’y a plus aucune habitation à vendre dans le village. Cela a permis depuis une dizaine d’années d’enrayer la chute et la population est « remontée » à ce jour à une soixantaine d’habitants.

Si les « retraités » restent encore majoritaires, la population active a nettement augmenté, et quelques jeunes couples dont certains avec des enfants redonnent un peu de vie dans le village. Les professions des « actifs » ont évidemment évolué, certains travaillant dorénavant à Sainte-Ménehould, Clermont-en-Argonne, parfois plus loin encore. Mais des activités restent au village : dans le secteur agricole tout d’abord avec Eric DROUET qui a repris la suite de la ferme d’élevage bovin de son père Claude DROUET, Cyril MILLON qui poursuit l’élevage familial des bœufs de race Salers et y ajoute avec beaucoup de courage la culture maraîchère et la vente directe de sa production. Le secteur bois est représenté par Jacques ARCELLI, tourneur sur bois qui poursuit une petite activité malgré la retraite, et par Didier MILLON, ébéniste et sculpteur sur bois, qui a à cœur de travailler à chaque fois que c’est possible avec des essences issues des parcelles familiales … Le Gîte « Le Pressoir d’Argonne » tenu par Geneviève et François HUMBERT permet de venir séjourner au village. Carine VANDENABIELLE est coiffeuse et se déplace chez ses clients. Séverine LENGRAND-FRANQUET est salariée de l’Association « Talents » qui agit pour le bien-être de la personne et elle exerce son activité de rebouteuse-magnétiseuse à son domicile.

Enfin, comment passer sous silence les habitants à temps partiel du village ? Depuis plusieurs années maintenant, « Le Chemin » accueille un couple de cigognes qui y niche … Il y a deux ans, il y a eu 4 petits à l’envol. L’an passé, du fait d’une météo particulièrement défavorable, aucun ! Les habitants espèrent que 2017 sera une « bonne » année … Serge Franc.

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