Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Quelques souvenirs du « Bôt d’or ».

lundi 25 décembre 2017, par Nicole Gérardot


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Elevée dans un bistrot, j’ai quelques souvenirs et quelques anecdotes à raconter. Ma mère, pendant de longues années, a en effet tenu « le Bôt d’or » dont parle Denis Marquet.
A cette époque, on buvait surtout du vin. Je me souviens des fûts qui trônaient dans la cave. C’était la maison Charles-Janin qui les livrait. Je revois encore leur employé, Marcel Chauffert, les descendre à la cave par la porte extérieure. Il prenait les marches, l’une après l’autre, à reculons, le fût appuyé sur son ventre. Il n’avait qu’un tablier en cuir pour se protéger. Les tonneaux en place, il fallait les « mettre en perce ». La bonde était alors perforée avec une chignole puis on enfonçait le robinet à l’aide d’un marteau.

Le grand-père de l’auteur, sa grand-mère, son oncle, un ami, sa mère et deux clients
Photo prise en 1929-1930


On pouvait alors tirer le vin. Mais ma mère devait aller à la cave pour chaque client. Elle acheta par la suite une « pompe à vin ». Énorme progrès pour elle qui n’avait plus à descendre sans arrêt. À cette époque les clients étaient nombreux, le midi et le soir après le travail. Le dimanche, la salle du café était pratiquement remplie. En fin de matinée, les hommes venaient boire l’apéritif et l’après-midi, ils jouaient à la belote. Je pense qu’il y avait « quatre à cinq jeux de cartes ». « Les chopines » défilaient sur la table. (Une chopine est la moitié d’une bouteille). On avait d’ailleurs inventé le verbe « chopiner ». C’était pour beaucoup l’occupation de la journée. Mais à la fin de l’après-midi, le café s’animait. Les chasseurs de « la Fontaine d’Olive » venaient découper le gibier tué. Une salle était aménagée à cet effet. Ils étaient déjà venus déjeuner. Ma mère avait fait réchauffer « leurs gamelles » sur la cuisinière.
La fête au village était un grand moment. Des tables étaient installées dehors. On espérait le beau temps. La famille était réquisitionnée et un serveur était même engagé. Il y avait pourtant trois cafés au village (Le Lion d’or, Le Civet et Le Bôt d’or).

L’arrière du café. L’auteur dans les bras de sa grand-mère ; 1940


Quelques anecdotes !
Je me souviens du « Firmin » qui aimait boire « un p’tit canon » mais qui n’avait pas un sou. Il allait chercher des œufs au poulailler (bien sûr en cachette) qu’il échangeait contre un verre de vin. Il donnait son œuf discrètement. Il n’aurait pas fallu que sa femme l’apprenne !
Une autre ! C’était « le Nénesse », sa femme ne lui donnait de l’argent pour aller boire une chopine et acheter son paquet de tabac que s’il était allé à la messe. Les femmes votaient peut-être depuis peu mais certaines portaient tout de même la culotte.
Encore d’autres ! Un jeune du village avait fait son service militaire chez les parachutistes. Lorsqu’il était déjà bien aviné, il sortait du café en faisant des roulades comme à l’entraînement.
Un certain « Natole » passait une partie de ses journées devant un verre de vin. Le soir quand il fallait rentrer chez lui, il repartait chancelant avec deux litres de vin dans sa musette.
Un lendemain de fête, tout le village était en émoi. Le « père Guillaume », déjà âgé et qui avait bien bu, n’était pas rentré chez lui. Tout le monde s’apprêtait à le chercher lorsqu’il réapparut. Il avait « chu » dans un fossé, y avait dormi et semblait en pleine forme.
Mais les cafés étaient aussi un lieu de rencontres et de vie dans le village. On peut regretter qu’ils aient disparu.
Nicole Gérardot

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