Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Bouconville, le traître trahi.

mercredi 20 décembre 2017, par John Jussy


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La cité de Sainte-Ménehould a subi de nombreux sièges et a été plusieurs fois prise, soit par les armes, soit par traîtrise. A l’époque de Louis XIII, le gouverneur Bouconville trahit le duc de Nevers et se rallia au roi par cupidité ; mais à la fin la morale fut sauve.

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En ce début du XVIIème siècle, la ville de Sainte-Ménehould présente l’aspect d’une place fortifiée : sur la butte une forteresse forte de sept bastions, avec une garnison et un gouverneur : Bouconville ; en bas une ville entourée de remparts et dont les bourgeois sont toujours fidèles au roi.
Le roi, c’est Louis XIII, alors âgé de quinze ans. Il sera marié en 1615 et ne prendra le pouvoir qu’en 1617, après avoir fait assassiner Concini. C’est la reine mère Marie de Médicis qui assure la régence et qui, avec Concini, ne fait pas l’unanimité auprès des grands seigneurs. Les princes sont comme à chaque régence prêts à se révolter.
Parmi eux se trouve le prince de Condé*. Le duc de Nevers, partisan de ce prince, avait levé une armée et avait pris plusieurs villes avant de venir mettre le siège devant la cité de Sainte-Ménehould.
Bouconville était du côté des mécontents :
- Livrez la ville, dit-il aux bourgeois assemblés.
- Nous sommes sujets du roi, répondirent les bourgeois, et nous n’entrerons pour rien dans les querelles particulières du duc de Nevers avec la cour.
Bouconville n’avait que très peu de soldats et, profitant du peu de méfiance des habitants, il fit prévenir les capitaines du duc de Nevers de venir à une heure convenue devant la porte Canard.
La porte Canard donnait accès directement dans la partie de la ville non habitée. Pour entrer dans la forteresse, il fallait passer, venant de la ville, par la grande porte (aujourd’hui les escaliers).
Les habitants auraient dû se méfier car deux ans avant Bouconville avait déjà ouvert la porte Canard aux hommes du duc de Nevers. Mais la reine mère, qui voulait faire la paix avec les mécontents, avait demandé aux députés de se réunir ; ce fut à Sainte-Ménehould le 15 mai 1614 et ce traité, sans grande importance, fut nommé « Traité de Sainte-Ménehould ». Le prince de Condé dut se retirer dans ses terres et licencier son armée ; mais Bouconville resta gouverneur de la forteresse.
Bouconville était hautain et arrogant, voulant changer les usages et mener les habitants militairement, à tel point qu’une requête en forme de plainte fut adressée au roi.
Et voilà donc les bourgeois qui gardaient la porte Canard maitrisés et la porte ouverte, laissant l’accès libre aux troupes du duc de Nevers qui avait repris le combat.
Les bourgeois avaient été trahis et beaucoup préférèrent quitter la ville plutôt que de rester avec les ennemis du roi.
De cet épisode, Castelot et Decaux, dans leur livre d’histoire écriront : « 1erdécembre : Nevers, qui n’avait pas fait sa soumission, s’empare de Sainte-Ménehould. Le gouvernement décide de réagir énergiquement et la ville sera reprise avant la fin de l’année. » Condé, lui, était en prison. La ville fut reprise, mais comment ? On pourrait croire que ce fut par les armes, mais il en fut autrement.

La reprise de la ville.
A Paris, donc, la cour s’inquiétait des prises du duc de Nevers, toujours insoumis ; on envoya le marquis de Praslin à la tête d’une petite armée pour contrer le duc. A la fin décembre, l’armée royale arriva devant Sainte-Ménehould ; le duc de Nevers n’était plus là, il était parti à Rethel et avait laissé Bouconville avec 500 hommes. Le gouverneur demanda encore aux habitants de se rallier au duc mais ce fut en vain.

De son côté, le marquis de Praslin hésitait à prendre la ville, opération pour laquelle il fallait traverser marais et rivière, ou attaquer le château si bien défendu. Aussi il essaya de soudoyer Bouconville avec des propositions extrêmement avantageuses. Bouconville, ambitieux, désireux de s’enrichir, et toujours déconcerté par le refus des bourgeois, accepta la proposition du marquis.
D’après les conditions de la reddition, Bouconville conserverait son gouvernement après avoir, bien sûr prêté serment au roi, on lui donnerait une charge de capitaine aux gardes de sa majesté et il recevrait une somme de cent mille écus. Les soldats, quant à eux, partiraient librement rejoindre le duc de Nevers à Rethel. Bouconville reçut sur le champ une partie de cette importante somme d’argent.

Et la morale dans tout cela ? Le marquis du Plessis, évêque de Lançon, et depuis devenu Richelieu, oublia de satisfaire ses promesses. Bouconville ne reçut aucun gouvernement, aucune charge, et jamais le surplus des cent mille écus. Il fut destitué et son gouvernement de la place forte fut Qu’est devenu Bouconville ? Buirette, l’historien ménéhildien qui a mis cette histoire dans les pages de son livre, ne dit rien sur le sort de Bouconville mais écrit, en conclusion de cette aventure, quelques lignes de morale.


« Il est vrai que les traîtres sont toujours méprisés de tous les partis et que l’on se soucie fort peu de tenir parole à ceux qui n’en ont point. »

Bouconville avait trahi, les bourgeois étaient toujours des sujets fidèles au roi, et ce fut un conflit sans combats. Trente six ans plus tard, le célèbre siège de la ville de 1652 fut plus meurtrier et plus dévastateur : c’est là que reçut le baptême du feu le jeune Sébastien Le Prestre, futur Vauban.
* Henri II, prince de Condé (1588-1646) ; ce n’est pas le prince de Condé, Louis II dit « Le Grand Condé » (1621-1686), qui attaquera la ville en 1652.
Le prince de Condé se plaignait que Concini, maréchal d’Ancre, était tout puissant alors que lui, prince de sang, n’était pas écouté ; après s’être révolté, il se rallia après le traité de Sainte-Ménehould mais disant que les clauses n’en étaient pas respectées, se rebella à nouveau.
Condé fut arrêté le 1er septembre 1616 et libéré le 20 octobre 1619 par Luynes. Entre temps, Concini avait été assassiné et la dépouille de l’homme qui avait été si puissant fut livrée à la colère populaire. Finalement Condé avait eu gain de cause, et si Concini avait été bien avant écarté du gouvernement, une guerre civile aurait pu être évitée.
John Jussy

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