Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

La maison Philbert

jeudi 29 mars 2018, par John Jussy


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Votre mari a perdu sa casquette, votre fils a besoin d’appâts pour aller à la pêche, vos bottes prennent l’eau et votre fille veut acheter une belle robe car elle est demoiselle d’honneur au mariage de sa cousine ? Pas de souci. Vous pourrez faire tous vos achats « Chez Philbert ». Oui mais cela c’était dans les années 50-60.

En effet, pendant de très nombreuses années, les habitants de Sainte-Ménehould et des villages environnants se sont habillés au magasin « Victor Philbert », rue Chanzy. Après lui, c’est sa fille et son gendre, M. et Mme Bousselin qui ont pris la succession et le magasin s’est alors appelé « Philbert et Bousselin ». Il n’a pas changé de nom quand la fille et le gendre de M. Bousselin l’ont repris à leur tour. Après le décès de son mari, Mme Guy a tenu les rênes de la maison jusqu’à sa retraite en 1996. Le magasin a fermé quelques années plus tard.

Tous les Argonnais s’en souviennent encore. Qui pouvait en parler le mieux ? Des anciennes vendeuses. Je suis donc allée voir Pierrette et Marguerite Galli pour leur demander d’évoquer leurs souvenirs.
Nous avons d’abord parlé de la disposition du magasin : la caisse en entrant ; à gauche, le rayon pêche et le rayon « homme » ; à droite, les chaussures ; au milieu, la mercerie, la layette et la laine. Par un escalier en colimaçon, on accédait au premier étage. Là, on trouvait le rayon confection pour dames et les chapeaux (avec deux grandes glaces). Au fond était l’atelier où se faisaient les retouches.
Pierrette a travaillé dans la maison. Elle a d’abord été embauchée comme couturière, puis la place se libérant, elle a été nommée caissière. « C’était de la responsabilité, je ne devais pas me tromper ! On n’avait pas de calculette ! Il y en avait des écritures ! On notait tout ! Et à ceux qui faisaient crédit, il ne fallait pas oublier d’envoyer un rappel si nécessaire ! »
Marguerite y a travaillé 38 ans. Elle a débuté en 1951. C’était encore Mme Philbert la patronne. Elle a commencé à la mercerie puis est passée au rayon « femme ». « J’aimais beaucoup mon métier. J’étais contente que les clientes soient belles. Pour vendre, dit-elle, je me donnais du mal. Deux heures, avec une cliente pour vendre un manteau… que je n’ai pas vendu. Mais elle est revenue le lendemain. J’aimais tout particulièrement aider les mariées à choisir leur robe. Le jour du mariage, j’allais chez elles les habiller. Quand Mme Guy a été seule, je l’accompagnais parfois faire ses achats à Paris. Ça me plaisait beaucoup. Mais on a eu froid certains hivers ! Un seul poêle pour chauffer tout le rez-de-chaussée et un radiateur à l’étage, il ne fallait pas être frileux ! »

C’était une maison importante avec une quinzaine d’employés : les vendeuses, les retoucheuses, M. Baufret qui habitait au château et descendait tous les matins allumer le poêle, M. François au bureau, M. Perrin qui vendait des vêtements de travail dans les villages et les patrons toujours présents dans le magasin. Ceux-ci étaient exigeants, mais justes et généreux. Les vendeuses portaient une blouse noire au début, puis grenat, c’était plus gai.

Pierrette se souvient : « J’ai remplacé Mlle Hélène Coquillard de La Neuville-au-Pont qui venait en vélo par tous les temps. Quelques années avant sa retraite, n’osant plus utiliser sa bicyclette, elle venait à pied ! Vous imaginez ! En ouvrant un tiroir, après son départ, j’ai trouvé une boîte remplie de poivre. C’est ainsi qu’elle pensait se défendre en cas d’agression ! Un jour, il était plus de 19 heures. M. Bousselin était encore avec un client et j’attendais pour fermer ma caisse. Le client, exigeant, voulait son pantalon tout de suite, mais il fallait le raccourcir. Qu’ai-je fait ? Je suis montée à l’atelier, j’ai pris les ciseaux, le fil et les aiguilles et j’ai fait l’ourlet du pantalon. Le lendemain, M. Bousselin, reconnaissant, m’a dit : »Pierrette, monte à l’étage et choisis-toi une jupe !« . La paye n’était pas très grosse, mais les patrons savaient être reconnaissants. »


On fêtait tous les ans Sainte-Catherine. A cette occasion, les patrons offraient un repas. Les « Catherinettes » portaient de beaux chapeaux, confectionnés par Mme Adam. « Mme Raymonde » comme tout le monde l’appelait. Elle était entrée à l’âge de 14 ans et y avait fait toute sa carrière. Elle avait, parait-il, des doigts de fée. Le jour de Sainte-Agathe, M. Guy offrait un croissant au jambon.
Certaines employées reçurent la médaille du travail pour 25 ans dans la même maison. Ce fut le cas pour Pierrette et Marguerite. Elles se souviennent avoir reçu un beau cadeau à cette occasion.
Quand on repense au Magasin Philbert, d’autres noms de commerçants nous reviennent à l’esprit : Fortin, Pabst, Nordemann, Foucault, Thierry, Legay, Depors, Desingly… et bien d’autres encore ! Certains de ces commerces ont disparu depuis longtemps, d’autres plus récemment comme les maisons Paillard et Rosman.
Nicole Gérardot

Les pantalons de M. Bousselin :
Nous habitions avenue Kellermann à Sainte-Ménehould et le magasin Philbert-Bousselin était « notre » magasin. Mon père travaillait comme menuisier à l’entreprise Dubois et les journées étaient longues, tout comme les semaines.
Aussi quand il fallait des vêtements, ma mère allait chez Philbert Bousselin et « empruntait » des pantalons, c’est-à-dire qu’elle prenait plusieurs tailles du pantalon choisi et remontait à la maison. Le soir, mon père les essayait tranquillement et ma mère n’avait plus qu’à retourner au magasin.
C’était un bel exemple de confiance ; j’y pense souvent quand je vois aujourd’hui les magasins truffés de systèmes d’alarme…
John Jussy

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