Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Un étrange bas-relief

mercredi 28 mars 2018, par François Duboisy


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En entrant par le petit portail nord de l’église du Château qui porte la date de 1784, date certainement d’une restauration, on aperçoit à gauche, au-dessus du bénitier et sous une arcade trilobée de XVe siècle un bas-relief que je trouve de bonne facture. On y compte 8 personnages. De chaque côté, en bas, deux jeunes personnes, un gisant et huit personnes âgées bien droites qui tiennent un livre dans leurs mains, livre de prière ou de chant. Cet ensemble a laissé bien des personnes perplexes.

Georges Chenet, un éminent savant, en 1929, écrit dans son guide illustré de l’Argonne qu’il s’agit de huit pleureuses de pierre entourant la vierge trépassée. Je ne sais pas quel âge avait Monsieur Chenet en 1929 mais il est certain que sa vue lui jouait des tours.

Emile Baillon, dans son histoire de Sainte-Ménehould (1957) voit là « huit assistants en pleurs qui veillent le corps inanimé de la Vierge-Marie ». (voir page 12)
Jean Marchal, vice-président du centre d’art argonnais, dans la guide d’Argonne édité en 1962 y voit le groupe du « Trépassement de la Vierge » avec huit pleureuses de pierre. Comme quoi le transgenre était déjà d’actualité en ces temps-là ! Il reprend l’avis de Chenet.
Le dernier avis autorisé, je l’ai recueilli en rencontrant à la Bouquinerie de l’Argonne à Hans le conservateur du musée de Châlons, Monsieur Ravaux, aujourd’hui disparu. Il me déclara sans aucune contestation qu’il s’agissait de la dormition de la Vierge entourée des apôtres. Alors que j’essayais de lui faire part de mes doutes, l’éminent médiéviste, docteur en l’histoire de l’art, m’éconduisit assez sèchement. Et pourtant mes doutes subsistent.
Parlons de la dormition.

Ce terme est utilisé pour parler de la mort de Marie, mère du Christ. Elle est âgée et c’est vers l’an 50, alors qu’elle résidait près d’Ephèse, qu’elle quitta ce monde. Le terme de dormition permet de souligner qu’il s’agit d’une mort « en douceur » semblable à un endormissement.
Les représentations de ce décès sont nombreuses et respectent certains codes : le corps est souple, la tête réhaussée, les mains croisées sur le ventre. Tout est douceur. Les douze apôtres l’entourent, penchés sur elle, l’air éploré.

Le bas-relief du Château est-il une dormition ?
On notera bien des éléments qui ne concordent pas avec les codes de la dormition. La femme est dans la position d’un gisant : corps raide, tête basse, mains jointes en prière sur la poitrine. Or la vierge Marie ne prie pas, on la prie. Il s’agit de la posture des statues qui ornent les tombes des personnes importantes au moyen-âge.









Quant aux deux jeunes personnes qui encadrent le bas-relief, on ne peut pas les confondre avec des anges qui aideront Marie à gagner le ciel pour s’asseoir près de son fils lors de l’assomption. Ils sont dépourvus d’ailes et leur physionomie est très humaine. J’ai cru apercevoir une larme sur la joue de l’un d’eux.
Les hommes sont au nombre de huit ce qui semble indiquer qu’il ne s’agit donc pas des apôtres. Leur attitude très digne n’en font pas des êtres éplorés mais plutôt des laudateurs qui, livre en mains, chantent des cantiques ou récitent des psaumes. Qui peut reconnaître parmi ces êtres chenus le tendre saint Jean si proche de Marie ?

Une hypothèse.
Louis Brouillon, dans son histoire de Sainte-Ménehould, nous éclaire sur le sort qui fut réservé à la dépouille de Ménehould.
Les Bénédictins de Saint-Urbain auraient recueilli dans leur église le corps de Ménehould qui reposait dans l’église de Bienville et ce en l’an 866.
Ne peut-on pas voir dans ce bas-relief une représentation de moines veillant sur Ménehould, représentation précise. Les têtes certainement sculptées à part sont de véritables caricatures peut-être de moines contemporains du sculpteur.
C’est là une hypothèse et j’attends sans trop de fébrilité les commentaires et les objections.
François Duboisy.
Photos John Jussy-Wikipédia

Notes : Cet ensemble mérite peut-être d’être mieux mis en valeur et préservé. Des réparations semblent souhaitables. Encore faudrait-il qu’un spécialiste, que je ne suis pas, puisse lui donner une identité irréfutable.
Et à Bienville. Dans le village où elle s’est éteinte, Ménehould est honorée par une chapelle où trône une statue fort ordinaire. Par contre, dans l’église se trouve un gisant réalisé par Auguste Chausse en 1875. Cette photo nous a été transmise par la personne qui a en charge l’église de Bienville


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