Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Ménehould : les historiens en perdent aussi la tête

vendredi 22 juin 2018, par John Jussy


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Ménehould, on le sait, est la sainte patronne de la ville. Depuis 1920, sa statue veille sur la cité. Mais son histoire qui se confond avec tradition et légende, laisse subsister des points d’ombre.

En quelle année la cité a-t-elle pris ce nom de Sainte-Ménehould ? Où est passée la tête de la sainte ? Autant de questions auxquelles les historiens tentent de répondre non sans discordance.
Ménehould était la septième fille du comte Sigmar, seigneur de Perthes, et de Lintrude, dame gauloise. La bourgade naissante qui s’appelait peut-être « Château-sur-Aisne » était pour ce comte un endroit fortifié entre forêts et marais. Ménehould y est venue avec son père, apportant la religion chrétienne, s’occupant des pauvres et des malades.

A la fin de sa vie, Ménehould s’est retirée à Bienville-sur-Marne, au sud de Saint-Dizier, dans un territoire légué par son père. Elle y est morte un 14 octobre de l’an 499 ou de l’an 500.
Le corps de Ménehould a alors été inhumé dans l’église de Bienville, en grande cérémonie et en la présence de nombreux malades qui attendaient une guérison miraculeuse. Mais bien vite ce lieu de dévotion a commencé a être négligé, si bien qu’en 866 les religieux de saint Urbain, une abbaye créée près de Joinville, ont recueilli le corps de sainte Ménehould à l’exception… du « chef », c’est-à-dire de la tête.

Où était donc cette tête ? Pierre Tastenoire, un prêtre originaire de la ville, écrivait en 1632 : « Afin que la mémoire de sa sainteté de vie fut conservée en plus d’un endroit de la terre, on transporta son sacré chef au château de Contho, au village de Fredoux ainsi appelé pour lors. »
Contho, Fredoux ? Pour le manuel de la confrérie de Sainte-Ménehould (1893), « il ne reste plus aucune trace aujourd’hui ni de l’un ni de l’autre de ces lieux-dits, et l’on ignore ce qu’est devenu le chef de Sainte Ménehould. » Par contre, Louis Brouillon, dans son Histoire de la ville (début XXe siècle), écrit : « Nous retrouvons ici le castrum Contense in vico freduno, castrum que nous avons simplement considéré comme le château du comte dans le bourg de Stadunum. Le »chef« de la sainte fut donc envoyé dans le seul lieu qui eut quelque droit à posséder cette précieuse relique, c’est-à-dire Sainte-Ménehould. »

Ce serait donc en 866 que la ville a reçu la précieuse relique, plus de trois siècles après la mort de la sainte, à l’époque où une église neuve (pas l’église actuelle) a été construite. Et fort logiquement, le nom de Stadunum (ou un autre) aurait cessé d’être en usage pour celui de Sainte-Ménehould.
Mais pour Buirette (Histoire de la ville 1837), c’est au Ve siècle, dès la mort de Ménehould que la cité aurait pris son nom : « Ils (les habitants) s’applaudirent d’avoir imposé à la bourgade le nom de Sainte Ménehould et se plurent à le lui conserver. » Le château aurait donc, quant à lui, gardé son ancienne dénomination encore quelques siècles.
Et voilà donc une bourgade nommée Sainte-Ménehould et détentrice de la précieuse relique… Et bien non ! car le temps allait encore amener l’oubli, et Brouillon précise que « le chef disparut par la suite dans des circonstances ignorées et sans doute accidentelles… »
On comprend alors pourquoi la cité n’avait plus, au XIVe siècle, époque de grande ferveur religieuse, de reliques de la sainte. Et c’est Jehan de Saulx, aidé de bourgeois, qui est allé chercher « le principal os du bras et coste entière » à l’abbaye de Saint Urbain. Les précieuses reliques ont ensuite été déposées en grande pompe dans l’église (du château) le 14 octobre 1379. Elles sont aujourd’hui à l’église Saint-Charles de Sainte-Ménehould.
John Jussy

La chapelle Sainte-Ménehould à Bienville et la statue de la sainte à l’intérieur (D. Bourelle)



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