Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Venez goûter aux joies de la traction animale

mercredi 20 juin 2018, par Dominique Delacour


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Avant la révolution mécanique et technologique qui a suivi la seconde guerre mondiale, le travail se fait manuellement et les chevaux font partie du paysage pour les besoins agricoles.
Cela génère des situations pas toujours faciles, parfois délicates et même cocasses. Un tracteur à l’arrêt, sans chauffeur pose moins de problèmes que des chevaux livrés à eux-mêmes. Il peut arriver, dans certains cas heureusement peu fréquents, de voir ces fidèles compagnons de l’homme lui fausser compagnie. Aussitôt ils prennent le chemin du retour qu’ils connaissent par cœur, emportant dans certains cas leur outil de travail avec eux.

Maintenant reportons nous pendant un été par forte chaleur, dans les années 1930. Un paysan conduit ses chevaux attelés à une moissonneuse-lieuse pour couper un blé arrivé à maturité. Il fait lourd, de gros taons rendus encore plus agressifs par le temps orageux s’acharnent sur les pauvres chevaux quelquefois obligés de se rouler par terre pour faire cesser les piqûres et atténuer les souffrances endurées. A propos de ces insectes suceurs de sang, la fin de la traction animale les a fait disparaître, privés de leur moyen de subsistance. Ils ont été peu à peu remplacés par d’autres taons, plus petits, alors inconnus dans la région, suceurs de sang également mais qui s’en prennent aux humains.
Revenons à nos chevaux attelés à la lieuse, énervés et fatigués autant par les piqûres de taons que par le travail pénible lui-même. Ils n’ont qu’une hâte : rentrer à l’écurie en ce début d’après-midi. Le temps devient de plus en plus lourd, les nuages s’amoncellent, l’orage gronde et puis c’est le déluge.
Le désir des chevaux a été exaucé et l’attelage, homme et animaux trempés rentrent à toute vitesse jusqu’à la ferme. Hélas le porte-rue – entrée typiquement champenoise – est fermé. La maîtresse de maison, pourtant habituée à effectuer cette tâche à l’heure du retour de son mari, a fauté. Le paysan descend du siège de la lieuse, va lui-même ouvrir les deux battants du porte-rue. Mais, hors de lui, ne pouvant plus se retenir, il va de suite vider son sac quant à la fermeture de celui-ci. Sans même signaler son arrivée, il entre dans la cuisine pour exprimer à sa manière ce qu’il a sur le cœur à qui de droit.
Mais pendant que l’orage gronde de plus belle dans le ciel et maintenant à l’intérieur de la maison, les chevaux ayant le chemin libre devant eux se précipitent dans l’espace libéré. Or une lieuse, d’une coupe de 1,50m, voire 1,80m a une largeur totale de près de 3 mètres avec les roues et le système de liage des gerbes d’un côté. Le porte-rue, par contre, n’a que quelques décimètres de plus en largeur que celle de l’outil. Il y a lieu de craindre le pire.

Fête de l’école 1947 : On y voit 2 porte-rues, l’un avec les battants sur rail,
l’autre s’ouvrant normalement


Vous devinez la suite et vous avez vu juste ! Mieux que les chevaux d’ailleurs ! La lieuse, mal centrée par rapport à l’axe du porte-rue, s’accroche violemment d’un côté. Le résultat n’est pas brillant, les dégâts sont spectaculaires et très importants.
Aussitôt sollicité le maréchal-ferrant consacre plusieurs jours à la remise en état de la lieuse et remplace les pièces ayant rendu l’âme. Pendant ce temps l’orage et les tensions se sont apaisés.
En définitive tout cela va se terminer de la meilleure des façons comme dans la plupart des contes ayant mal commencé. En effet il a suffi à l’épouse, déjà habituellement aux petits soins pour son mari, de faire un petit effort supplémentaire pour l’accompagner dans ses tâches quotidiennes par la suite, tout simplement.
D’ailleurs ce genre d’incident ne s’est plus jamais reproduit.
Dominique Delacour

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