Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

1914-1918 :

La santé, un des problèmes à résoudre en priorité

vendredi 21 septembre 2018, par Dominique Delacour


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En ce centième anniversaire de la fin de la guerre 1914-1918, le travail de mémoire est vaste et ne connaîtra pas de fin.
Avec des clichés, essentiellement des cartes postales anciennes de notre région, on peut étudier des pistes qui s’offrent à nous. L’une d’entre elles concerne les hôpitaux, l’organisation nécessaire pour les soins aux blessés et la santé des combattants vivant l’enfer. Mais c’est aussi toute une population qui a souffert plus ou moins directement : les besoins matériels, le manque de nourriture encore plus aigu dans les zones urbaines. Il ne faut surtout pas oublier l’angoisse permanente des familles de ne plus revoir un des leurs où de le retrouver blessé, parfois handicapé pour le reste de ses jours. Ces souffrances morales moins visibles mais très stressantes ont fait beaucoup de mal.
Les problèmes de santé concernent les blessures dues aux armes, mais aussi à bien d’autres causes dont les poux et surtout les rats qui ont fait subir l’enfer aux combattants. Les civils n’ont pas été épargnés non plus. « Jean Francart, dans son histoire du village de Saint-Remy-sur-Bussy, âgé de 9 à 14 ans pendant la guerre, parle des rats présents partout, tellement nombreux qu’ils s’attaquent à tout, mangeant dans les musettes, dévorant le grain dans les granges. Personne n’est à l’abri de leurs morsures. Il y a des victimes de la rage mourant dans des douleurs atroces. »
Le village est pourtant situé à une quinzaine de kilomètres des premières lignes. Mais il se trouve le long de la ligne de chemin de fer n°4 bis reliant Cuperly à Dommartin-la-Planchette, aujourd’hui Dommartin-Dampierre, qui se prolonge vers Sainte-Ménehould d’une part et vers Villers-Daucourt de l’autre côté. Cette ligne a été réalisée en trois mois pour doubler la ligne Châlons-Sainte-Ménehould passant par Suippes située trop près du front et vulnérable aux tirs ennemis. Le long de cette ligne opérationnelle pour la bataille de Champagne du 25 septembre1915, s’établissent des camps militaires. Des hôpitaux se construisent à Cuperly, La Cheppe, Bussy-le-Château, Saint-Remy-sur-Bussy, Auve, Gizaucourt, Villers-Daucourt et en dehors de la ligne à Valmy et à Sommepy.

La lecture de l’ouvrage d’un historien des Landes sur la Croix rouge à Dax nous apprend que des hôpitaux ont été utilisés et parfois construits un peu partout en France, à commencer dans son département pour subvenir aux besoins immenses du conflit. Il nous révèle aussi le bilan humain des alliés à la fin de la guerre : 7 800 000 mobilisés et parmi eux 1 393 000 morts, 4 260 000 sont revenus blessés dont 740 000 mutilés et 56 000 appareillés.

Revenons dans notre secteur et au témoignage écrit de Jean Francart. Voici des extraits de ce qu’il a vu et ressenti pendant la bataille de Champagne du 25 septembre au 6 octobre et cela jusqu’au 12 octobre 1915, étant alors âgé de 10 ans :
"A la date du 24 septembre, toutes les granges, écuries de la rue du Bourg furent vidées des soldats qui les occupaient. Elles furent préparées pour recevoir des blessés.



A partir du 26, un véritable flot de blessés arriva. Dans notre ferme, nous en avons logé trente le 27, soixante-quinze le 28. Après l’évacuation des premiers blessés le 6 octobre, nous en avons logé cinquante jusqu’au 15. Il en fut de même dans toutes les fermes de la rue ainsi qu’au presbytère et à l’église. Le chœur de l’église fut recouvert de paille pour une vingtaine de grands blessés couchés corps contre corps. Ils ne restaient pas longtemps, remplacés par d’autres. Tous les matins j’allais servir la messe à des prêtres soldats et en passant près d’eux, il y avait très peu de signes de vie. S’ils étaient là c’est qu’il n’y avait plus rien à faire pour eux. Pour leur éviter des souffrances inutiles peut-être étaient-ils traités à la morphine… Du 26 septembre au 12 octobre deux cent onze soldats ont été mis en terre. En six mois, du 1er juillet au 31 décembre, cinq cent quarante-deux soldats ont ainsi été enterrés au cimetière militaire de Saint-Remy-sur-Bussy."






Des cimetières militaires se sont établis un peu partout pendant le conflit, notamment à proximité des hôpitaux militaires. Dès la fin de la guerre, partout en France, des familles essayent par tous les moyens de ramener près d’elles leurs disparus. C’est pour elles un besoin viscéral : le 8 juin 1920, interception d’un camion en panne appartenant à une entreprise de Limoges. A l’intérieur 15 cercueils de soldats dont 4 vides, inhumés dans divers cimetières, que les familles faisaient revenir de façon illégale. Les 11 cercueils furent réinhumés au cimetière militaire d’Auve et le 22 septembre 1920, ces 11 cercueils du mois de juin furent de nouveau exhumées et 10 sur les 11 manquaient…
Au début des années 1920, les morts des cimetières militaires, établis un peu partout, ont été regroupés dans des nécropoles. Ceux du cimetière d’Auve reposent aujourd’hui dans la nécropole nationale dite « Du Pont du Marson » à Minaucourt-Le Mesnil-Les-Hurlus, C’est une des plus importantes de France. Y reposent 21 291 Français, dont 12 223 en six ossuaires ainsi que 25 Tchèques et 2 Serbes.

Louis Barthas a été soigné à l’hôpital d’Auve du 28 mars au 6 avril 1918, malade, exténué. Il a passé trois ans et demi en première ligne, miraculeusement indemne. Ses notes pendant le conflit et ses observations précieuses ont été reprises par des historiens. C’est aujourd’hui un des livres référence sur la 1ère Guerre mondiale vue par un combattant des tranchées, intitulé : « Les carnets de guerre de Louis Barthas, tonnelier, 1914-1918 ».

Voici les nécropoles établies dans l’arrondissement de Sainte-Ménehould, de la fin de la guerre jusqu’au milieu des années 1920.
Les voici : à Souain-Perthes-les-Hurlus : Trois, celles de la Crouée, de l’Opéra et de la 28ème brigade. A Minaucourt-Le Mesnil-Les Hurlus, celle du Pont du Marson. Il y en a une à Sommepy-Tahure, à La Harazée, à Saint-Jean-sur-Tourbe, à Somme-Suippe, à Florent-en-Argonne et à Sainte-Ménehould.

Mais quelle est la différence entre nécropole et cimetière ?
Une nécropole indique souvent l’importance du nombre de sépultures (celle de la 28ème brigade à Souain est un cas à part).
Ensuite, une nécropole n’est pas attachée à un lieu de culte comme le sont souvent les cimetières. Et enfin cela indique le lieu de regroupement des petits cimetières militaires.

La carte postale ci-dessous en témoigne. Ce cimetière est devenu une nécropole à la suite des regroupements de cimetières des environs. Elle a été inaugurée le 25 septembre 1925, jour du 10ème anniversaire de la bataille de Champagne.

Voici des photocopies de clichés ayant appartenus à Mlle Fort, infirmière à l’hôpital de Sainte-Ménehould pendant le conflit.
Beaucoup d’efforts et d’initiatives ont été accomplis dans des domaines divers pour faciliter le travail des soignants et essayer de soulager les blessés.

Table d’opération de l’hôpital.
C’est bien de se sentir attendu, quant à être rassuré ça semble un peu juste !!


Dominique Delacour

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