Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Déjà au XVIè siècle

Les atrocités des guerres

samedi 26 janvier 2019, par John Jussy


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Les deux guerres mondiales ont apporté leur lot de destructions et de malheurs. Mais tout au long de l’histoire de l’Argonne, on découvre les mêmes atrocités.
Au milieu du XVIe siècle apparaissait une nouvelle religion : le Calvinisme. Buirette, historien, qui relate ces faits parle « d’erreur de Calvin », preuve qu’il n’était pas pour cette religion… mais les guerres de religion allaient commencer, partout en France et notamment en Argonne :


"La guerre continuait toujours dans le royaume, mais le théâtre en était reporté loin de Sainte-Ménehould, et cette ville jouissait enfin de quelque tranquillité, lorsque, pendant la courte durée du règne de François II, l’on vit éclore les semences des guerres de religion en France. Les erreurs de Calvin s’étaient propagées depuis longtemps ; plusieurs souverains d’Allemagne les avaient adoptées. Il est inouï combien elles causèrent de troubles dans le royaume, dont les habitants, partagés en deux factions, s’acharnèrent près d’un demi-siècle les uns contre les autres. Les sectaires de Calvin, que l’on appelait dès lors protestants et huguenots, faisaient la guerre pour soutenir leur parti. Ils ravagèrent les plus belles provinces de France : nous allons voir celle de Champagne en proie à toutes leurs fureurs.
Le 25 août 1562, Antoine de Croy, prince de Portien, un des généraux du parti calviniste, se présenta devant Sainte-Ménehould pour en faire le siège avec quatre mille hommes d’infanterie et huit cents de cavalerie. Bussi d’Amboise, lieutenant du Roy de la province de Champagne, dont le duc de Nevers était alors gouverneur, avait jeté dans la place quelques troupes commandées par le capitaine Lescouarin. Le prince de Portien commença l’attaque par deux endroits opposés. Il livra plusieurs assauts ; le dernier fut fait du côté de la porte des Bois [1], où cinq cents hommes couverts de chemises pour se reconnaître, après avoir passé la rivière, montèrent à l’escalade à la pointe du jour. Ils étaient suivis de pareil nombre de cavaliers que l’artillerie du Château maintint à distance, en leur tuant plusieurs hommes. L’attaque dura jusqu’à neuf heures du matin ; la garnison, secondée par des bourgeois, se défendit avec la plus grande valeur. Les assiégeants furent repoussés et se retirèrent en laissant leurs morts et leurs échelles dans les fossés. Rebuté par les pertes qu’il avait faites et par le courage des assiégés, le prince abandonna le siège.

On trouve dans l’histoire de France d’autres exemples où les assiégeants se couvrirent de chemises blanches : on a donné à cette sorte d’attaque le nom de camisade.
Le prince de Portien dirigea sa petite armée vers Châlons, dont il ravagea les environs.
La rage des huguenots se tournait principalement contre les ecclésiastiques, les églises et les monastères. Un de leurs partis, après avoir dévasté les villages et les fermes autour de Sainte-Ménehould, ainsi que l’abbaye de Moiremont, se répandit dans la terre de Beaulieu et dans toute cette partie de l’Argonne. Ces huguenots pillent successivement les abbayes de Châtrices et de Montier [2], brûlent jusqu’aux livres d’église de l’abbaye de Beaulieu, emportent la châsse d’or de Saint-Rouin, fondateur de ce monastère, dont ils jettent le corps au milieu des bois, et réduisent en cendres le couvent des Cordeliers, que Gilles de Nettancourt, avant son départ pour la Terre-Sainte, en l’année 1300, avait fait construire entre les villages de Vaubécourt et de Triaucourt ; ce couvent n’a pas été rétabli."

Les huguenots pillaient, détruisaient, brûlaient. Mais ils commettaient aussi des atrocités que l’on a du mal à imaginer :

« Partout, sur leur passage, ils laissaient des traces affreuses de leur barbarie. Dans un ouvrage intitulé :  »Cruautés horribles exercées en France par les huguenots contre les catholiques, depuis leur première rébellion contre le Roi, l’an 1562" on lit ce qui suit : « Au village de Florent, près de Sainte-Ménehould, les compagnies du capitaine Béthune, ayant pris un prêtre, lui firent souffrir beaucoup d’injures et de vilenies. Il fut cruellement fouetté ; puis le chirurgien des compagnies lui coupa les parties honteuses et le fit ainsi mourir ; et ce vilain bourreau se vanta que c’était le dix-septième qu’il avait tué de cette façon »
John Jussy

Notes

[1La porte des Bois était à l’est de la ville, vers l’Allemagne (aujourd’hui Le Cheval rouge)

[2L’abbaye de Montier (écrit également Monthier) était située sur le territoire de Possesse, entre Possesse et Sommeilles, près de la route de la « Grande Romanie ». L’abbaye fut démantelée en 1791.

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