Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Souvenirs d’enfance : la petite maison dans la forêt

samedi 27 avril 2019, par Gérard Thiebault


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Gérard Thiebault a toujours habité La Grange-au- Bois ; son père, Eugène Thiebault, plus connu sous le prénom de Paul, était bûcheron, comme beaucoup d’habitants du village. Comme ses frères et sœurs, Gérard a suivi ses parents dans la forêt ; c’était dans les années 50. Il nous fait partager ses souvenirs, témoignage d’une vie de labeur et de joie.

La saison de bûcheronnage débutait en novembre pour finir courant mars. Il était attribué au bûcheron une coupe de bois à réaliser sur la saison et qui représentait le revenu financier. Ceci concernait toute la famille du bûcheron. Ainsi le père partait quelque temps avant sa famille pour préparer le lieu d’habitation que l’on appelait « cabane ».
Pour commencer, il abat des arbres, les choisissant pour en tirer les armatures qui donneront l’ossature de la cabane. Ensuite il recouvre l’armature de papier goudronné pour la rendre étanche et l’isoler des intempéries, puis de la terre jaune (argileuse) collante qui adhère au papier goudronné. Il ne manque pas de faire des ouvertures : une porte et une à deux petites fenêtres selon la grandeur de l’habitation. Il passe un petit tuyau au centre de ce que l’on va appeler la toiture et qui sera la cheminée. Au milieu de la cabane est installé un fourneau qui aura plusieurs utilités : chauffer la grande pièce et cuisiner.
Une fois la cabane prête, le bûcheron revient au village chercher sa famille et ce sera le moment de remplir une carriole des meubles à emporter. Il faut limiter : le fourneau en priorité puis tous les éléments indispensables à une vie très simple : table, bancs, lits et ustensiles de cuisine. Les lits sont installés à chaque extrémité ; ainsi les parents avaient un semblant d’intimité derrière un drap tendu en guise de cloison. Les enfants, à l’autre extrémité bénéficiaient de la source de chaleur qui se trouvait au milieu de cette grande pièce.
La nuit venue, les chiens dormaient devant la porte en fidèles gardiens. Tandis que les volailles étaient enfermées dans leurs cages ainsi que les lapins. Tout ce petit monde était du convoi car il fallait bien se nourrir durant la saison de bûcheronnage. Quoique la viande ne manquait pas en forêt ; les bûcherons étaient tous des « chasseurs ».
La journée les chiens étaient de sérieux protecteurs pour les poules qui étaient quelquefois enlevées par une buse.
Je n’oublie pas les chats de la famille qui faisaient partie de l’expédition ; ceux-ci jouaient leur rôle de chasseurs aussi ! Ils guettaient leur proie au bord de ruisseaux et ramenaient à la cabane les poissons qu’ils attrapaient agilement avec leurs pattes.
Il régnait une certaine harmonie dans et autour de cette cabane, bien que l’hiver fût parfois un peu rude. Mais la nature offrait toute sa richesse. Aucun artifice pour nous en éloigner : ni radio, ni électricité. Les histoires autour du feu de bois étaient un régal avant d’aller se mettre au lit. On peut dire que nous étions heureux.

Pour les enfants, l’école fréquentée était celle qui se trouvait la plus proche de la coupe de bois. Ils s’y rendaient à pied chaque jour et emportaient leur repas de midi qu’ils mangeaient au café du village ou chez l’habitant…
Le bûcheron devait exploiter les arbres avec prudence et organisation en respectant le bois et c’est avec précision qu’il entreprenait l’abattage d’un arbre. Avant d’abattre l’arbre, on faisait du bottage (mot utilisé par le bûcheron) c’est-à-dire couper les branches qui risquent d’abimer les arbres voisins lorsque l’arbre abattu tombera.
Puis, à la hache on taillait la base de l’arbre tout autour en faisant une encoche précise au pied pour orienter sa chute ; puis on sciait la base au passe-partout qui se manie à deux personnes. J’ai encore l’image de mon père et de ma mère qui manipulaient cet outil d’un rythme régulier puis rapide, très attentifs aux sons émis par le tronc qu’ils sciaient. On disait que l’arbre « causait » quand il craquait avant de tomber. A ce moment critique, il fallait accélérer le rythme de sciage pour éviter que l’arbre éclate.
Les grosses branches étaient réservées au bois de chauffage. Les boulangers alimentaient leur four avec la charbonnette. Le tronc, « grume » restait sur place puis était débardé par les chevaux ou mulets à la fin de la coupe.

Le bûcheron devait utiliser toutes les branches ; c’est pourquoi il entreprenait « le Charbonnage ». Ceci consistait à monter un cône avec les branches les plus longues. Puis il ajoutait des fagots de charbonnette formant un ensemble de bois très serré qu’il couvrait de terre. Lorsque tout le branchage était bien serré et recouvert de terre, il installait un tuyau au sommet du cône, faisant fonction de cheminée. Le bûcheron laissait une petite ouverture à la base pour y mettre le feu. Un filet d’air pouvait s’y infiltrer. Ainsi le bois ne brûlait pas mais se consumait doucement. Lorsque la cheminée ne fumait plus, il ne restait plus que du charbon de bois.
Gérard Thiébault
Récit fidèle à mes souvenirs d’enfance
La Gange Aux Bois, décembre 2018


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