Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Les Allemands quittent Givry, 3ème partie.

vendredi 21 juin 2019


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Le meunier de la commune, Jules Noël, a assisté à l’arrivée des Allemands à Givry. Il a noté, jour après jour, heure après heure, son emploi du temps dans cette période mouvementée. Nous avons publié une partie de ses écrits dans nos deux derniers numéros. Enfin, ce dimanche 13 septembre, le meunier aperçoit des « pioupious » dans les roseaux… Givry est libéré !

Dimanche 13 septembre.
Je déjeune. Je nettoie le plus gros de la maison. On respire un peu. Je vais au moulin et comme il a plu passablement je me demande si ne vais pas le faire marcher. Quand en ouvrant une fenêtre, j’aperçois dans l’étang, une patrouille française qui fouille les hautes herbes. Quelle joie de voir nos petits pioupious.
Je laisse les lits faits dans la chambre, il passera probablement encore des troupes. Je laisserai les draps.
Les allemands ne sont pas bien loin. Au bout d’un quart d’heure, n’entendant plus rien, je sors dans la cour. Aubert qui vient de déjeuner me dit qu’il y a des soldats français sur la place. Quelle joie, nous sommes donc redevenus Français après avoir été Allemands pendant 8 jours !
Les troupes ennemies se replient en désordre ; Jules Noël note tout, sans donner de l’importance à certains faits, comme l’histoire de ces Allemands qui n’ont pas vu les leurs partir et qui ont été faits prisonniers. Avec le recul, on peut sourire…
Dimanche 13 septembre (suite).
Vers 9 heures, fusillade du côté de la Neuville. Je remets le moulin en route. Il passe un bataillon d’infanterie, puis 2 sergents seuls, malades, à qui j’offre un verre de Bordeaux avec joie, puis un détachement de la Croix rouge qui m’achète des œufs et une oie.
Ils prennent le porc destiné aux allemands. Le cheval se relève, nous le mettons à l’écurie, mais il est bien malade. Il passe de l’artillerie et des troupes françaises tout l’après-midi sur la route de Ste-Ménehould et devant le moulin. Ils demandent tous du pain, du vin, des œufs. Mais il n’y a plus rien. Je me couche à 8h avec l’espoir de faire une bonne nuit.
Emile Périnet fait prendre 4 Allemands qui ont passé la nuit dans sa maison et qui n’ont pas entendu les leurs partir.
A peine étais-je endormi que l’on sonne. Je m’habille à la hâte. Ce sont des officiers d’artillerie française qui arrivent à Givry et viennent me demander des renseignements pour le logement de leurs troupes. Je leur montre ce que j’ai de place pour eux dans la maison et ce qu’il y a de logements dans la rue du Moulin. Ils installent leur popote chez moi et pendant qu’ils mangent, je leur prépare 6 lits (2 dans chaque chambre). Ils sont 8, il y en a 2 qui demandent à coucher dans la paille. Je les conduis à la batterie où ils vont, paraît-il, très bien dormir. J’ai allumé l’électricité et elle a marché toute la nuit. Il y avait des chevaux plein les écuries et la cour et des hommes dans la grange et les sinauds. Je me couche à 11h ½, seulement après avoir pris le café avec les officiers.
Lundi 14 septembre.
La canonnade dure toute la journée vers Ste-Ménehould. On poursuit les Allemands en déroute. Aubert passe sa journée à déblayer la cour, aller à l’herbe et à soigner le cheval malade. Quelques personnes viennent au moulin.
Jeudi 17 septembre.
J’apprends que le Moulin de Haguén (?) est brûlé. Tant pis.
Je viens de payer le blé de…. Et de voir Pérard pour l’envoyer lâcher Flamain.
En passant j’ai poussé les fenêtres entrouvertes de la clément. Tous les lits sont au milieu des chambres, pleins de boue. Mme Génot qui était partie devant les prussiens revient et pensait passer la nuit à Givry, mais quand elle a vu le chantier, elle est repartie tout de suite à Dampierre. Il pleut à vanner.
Les Allemands, qui demandaient de la nourriture où un lieu où dormir sont partis. Ce sont les émigrés qui occupent maintenant le moulin. Ces pauvres gens avaient fui devant les envahisseurs, certains attendaient même que leur village soit libéré. Pour les habitants de l’Argonne nord, ce sera en vain…

Jeudi 17 septembre (suite).
Des émigrés viennent me demander l’autorisation de passer la nuit à la grange. Je la leur donne.
Ce sont des ouvriers de Sainte-Ménehould, leur fille Verdelet qui a 9 enfants avec elle et une femme Nicaise qui provient du Vieil-Dampierre. Ils me demandent de faire le café et à cuire des pommes de terre. Je les installe à la cuisine. Ils me débarrassent vers 5 heures et s’en vont coucher.
Je vais probablement tourner cette nuit s’il y a assez d’eau. M. Gillet est venu dans la journée et reste à la barrière jusqu’à nouvel ordre.

Vendredi 18 septembre.
Les émigrés commencent à rentrer à Givry. Il passe des caravanes entières qui vont plus loin.
L’après-midi il en passe un qui allume sa cigarette à l’écart du bâtiment. Je me trouvais là, il me demande s’il y a quelqu’un chez M. Noël de Remicourt. Je lui réponds que tout le monde est parti. Il se fait connaître. C’est M. Weiser de la Vignette. Un peu après je vois sa demoiselle et sa femme que je reconnais. Ils étaient partis avec chevaux et rentrent chez eux.
Dimanche 20 septembre.
Il nous arrive un veau à 9h ½.
Je vais à la messe aujourd’hui. Voilà 2 dimanches que j’y manque. Nous avons une messe chantée.
Je loge des émigrés dans la grange. Ils me demandent une marmite pour faire la soupe. Puis comme il se met à pleuvoir, je leur offre de faire la cuisine à la maison, ce qu’ils s’empressent d’accepter. Ils sont 15 en 2 ménages. Ils vont coucher au sinaud. Je suis allé à la Rouillie, la lâcher, un peu plus fort avec André et 2 enfants émigrés. On n’a rien touché à Château-Renaud. L’écurie seule est ouverte.
Lundi 21 septembre.
Mes émigrés restent encore aujourd’hui. Leur pays n’est pas encore évacué. Dumay est rentré, il reprendra son service demain. Je ne puis pas suffire à la farine. Leseur (?) est toujours à ma porte, il la prendra 2 sacs par 2 sacs. Willzer est rentré, il vient d’en envoyer chercher 3 sacs. Mme Thomas rentrée hier revient traire les vaches.

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