Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Les cahiers de doléances, déjà au XVIe siècle

mardi 18 juin 2019, par Christine Francart


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Aujourd’hui chaque citoyen a été invité à rédiger les cahiers de doléances dans cette grande concertation nationale. On connaît les cahiers de doléances à l’époque de la révolution Française. Mais avant ?
Au XVIe siècle, à la demande du roi Henri III, les Français durent rédiger des cahiers de doléances ; mais à Sainte-Ménehould, cela ne se passa pas facilement. Buirette, historien de la cité, nous raconte cette page d’histoire locale, qui rejoint la grande Histoire, dans son livre « Histoire de la ville de Sainte-Ménehould » (1837).


En 1588, le roi de France Henri III allait convoquer les états généraux ; cela devait se passer à Blois en octobre et toutes les villes furent invitées à dresser et à envoyer les cahiers de doléances.
C’était l’époque que l’Histoire nommera « La guerre des 3 Henri » ; Henri III n’ayant pas d’enfant, la couronne de France devait revenir à Henri de Navarre, futur Henri IV, un Huguenot, mais Henri de Guise, le Duc de Guise, ne voulait pas ’un roi hérétique.
À Sainte-Ménehould, on rédigea donc les cahiers de doléances. Tout se serait déroulé calmement si Mondreville, le gouverneur du « château », qui était du côté du Duc de Guise, n’avait usé de ruses inimaginables pour faire insérer dans ces cahiers l’adhésion des habitants à la Ligue ainsi qu’une déclaration stipulant que le roi de Navarre était un hérétique incapable de devenir roi de France.
Mais Jean Bechefer, avocat et ancien échevin, rassembla les habitants et lors de cette assemblée, fit savoir au gouverneur que sa conduite était inacceptable et contraire au bon droit. Mondreville vit que la population était contre lui, il quitta la ville et se rendit à Blois, tout en laissant le soin de gouverner la cité au sieur Lamothe, son lieutenant, lui aussi partisan de la Ligue.
Tout se gâta quand Lamothe voulut, pour se venger, livrer la ville aux ligueurs dont quelques troupes stationnaient au château de Hans. Mais Germain Godet de Renneville, lieutenant du baillage, mis au courant de l’affaire, essaya, au péril de sa vie, de déjouer ce funeste projet. L’homme fit semblant d’aller à l’église paroissiale pour entendre la messe et se fit accompagner, comme si c’était un honneur, par quelques officiers du baillage et par des bourgeois armés.
Au lieu de se diriger vers l’église, Renneville alla vers la maison du gouverneur. Ce dernier s’imagina que Renneville venait l’entretenir de quelque affaire importante. Il s’avança vers lui pour le recevoir. Mais Renneville dit avec fermeté :
- Monsieur, je vous arrête par ordre du roi.
- Montrez-moi cet ordre, lui répondit Lamothe.
- Le voici, dit Renneville, en tirant de dessous son manteau un pistolet. Il est toujours ordonné à un bon Français de prévenir tout ce qui peut nuire aux intérêts du roi. Je vous arrête.
Les hommes qui accompagnaient Renneville sortirent leurs pistolets et arrêtèrent Lamothe. À l’annonce de la nouvelle, tous les bourgeois de la ville prirent les armes. Lamothe, sa famille et ses soldats furent alors conduits hors des murs de la ville et partirent pour le château de Hans. Renneville envoya au roi deux cavaliers avec pour mission de lui relater ces évènements. Mais les soldats de Lamothe les interceptèrent et les conduisirent à la forteresse de Hans où on les maltraita et où on leur prit l’argent qu’ils possédaient pour la mission.
On envoya alors un nommé Jourland qui, habilement, pour donner le change, prit à la sortie de la ville le chemin de Vitry et se rendit sans encombre à Blois pour donner la missive au roi. Henri III fit une réponse « honorable » à Renneville et de dernier devint gouverneur de la cité à la place de Mondreville. On remarquera l’importance du château de Hans, château où, en 1653 Louis XIV se retira pour y coucher après avoir repris la ville de Sainte-Ménehould aux Frondeurs.



Les états généraux eurent lieu à Blois du 16 octobre 1588 au 16 janvier 1589 ; le clergé réclamait la suppression de la religion protestante.

Le Tiers-État (le peuple) demandait une réduction d’impôts, en particulier de la taille, une taxe directe que la noblesse et le clergé ne payaient pas.

On dit aussi que Henri III voulait convoquer les états généraux pour combler les déficits budgétaires entraînés par les guerres successives.
La suite, on l’a lu dans l’Histoire de France : Henri III fit assassiner le duc de Guise au château de Blois, le moine Jacques Clément poignarda Henri III et Henri de Navarre devint Henri IV, le bon roi Henri.

Qu’avait changé cette rédaction des cahiers de doléances ? Pour les grandes réformes il faudra attendre la Révolution Française.
Christine Francart

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