Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

La chance et la motivation peuvent sauver des trésors

mercredi 25 septembre 2019, par Dominique Delacour


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Un temps très médiocre en janvier 2005 est à l’origine d’une suite de superbes découvertes aidées il est vrai par une chance incroyable.
En effet, invité chez une nièce en banlieue parisienne, ne pouvant découvrir les environs, l’après-midi se passe à la maison. Bien vite mon neveu, connaissant mon envie d’en savoir toujours plus pour la rédaction de mon livre sur Auve à cette époque, m’invite à regarder sur Internet ce qui peut concerner mon village. Après plusieurs vues n’apportant rien de nouveau, un article intéressant avec des clichés s’affiche sur l’écran. Avec le texte on y découvre les photos d’une ferme à Dampierre-le-Château à deux époques différentes, un portrait du général Appert, natif de Saint-Remy-sur-Bussy et, que vient-elle faire ici, « La baraque à Auve » ? Tout cela est bien mystérieux.
Ayant les coordonnées de l’auteur de cet envoi, deux jours plus tard je téléphone à l’adresse située dans le Calvados pour en savoir plus. Puis l’auteur du document m’envoie par courrier le contenu de son article avec des informations complémentaires. J’apprends des choses intéressantes sur cette ferme, l’adresse et le nom de la propriétaire. Je repère l’endroit en passant à Dampierre-le-Château. Il y a une maison inhabitée, une ferme mais personne ne répond au n° de téléphone indiqué.

Un samedi matin d’octobre 2005, soit 9 mois après avoir essayé de joindre cette personne, je tente une énième fois et là ! Euréka ! j’ai une chance inouïe, une voie masculine me répond. Demandant à parler à la propriétaire, on me dit : « Si je suis là, c’est suite à son enterrement il y a 3 jours ». Tout confus, je m’excuse. Mais aussitôt mon correspondant ajoute : « Elle avait 104 ans, placée depuis une dizaine d’années. » Je fais part du motif de mon appel et lui parle de l’article venant du Calvados. Et lui de me répondre : « C’est mon beau-frère, il est reparti hier et la dame décédée est notre belle-mère. » Je lui demande s’il est possible de se rencontrer. « Bien sûr, venez de suite, on repart en région parisienne en début d’après-midi. »

Un quart d’heure plus tard, j’y suis. Un couple charmant m’accueille et après quelques échanges m’invite à visiter la maison. Dans la première pièce il y a beaucoup de livres, en majorité de Germaine Maillet, une référence marnaise en ce qui concerne le folklore champenois. J’apprends qu’elle est la cousine germaine de Suzanne Rougier, la défunte. Ceci explique cela.
Dans une seconde pièce voici un cadre accroché sur un mur. C’est le portrait du général Appert dont la carrière a été particulièrement riche. Que vient-il faire dans cette maison ?
Avant de les quitter, j’ai le réflexe de leur demander l’avenir des livres, tableau, etc… Chargé d’entretenir les lieux, le couple doit revenir. Ayant gardé le contact, au printemps 2007 on se rencontre à nouveau. Il m’indique ne pas être intéressé, ainsi que le couple du Calvados, à garder tout cela, surtout à cause d’un manque de place. Je leur propose alors de prendre les livres. J’en garde 4 de Germaine Maillet et les autres je les propose aux archives départementales et diocésaines, ravies de cet arrivage.

Je propose aussi de faire bénéficier au village de Saint-Remy-sur-Bussy du tableau du général Appert. Le jeudi 26 juin 2008, les donateurs M. et Mme Besson, étaient présents à l’hommage fait à la mairie de Saint-Remy, au général retrouvant ses racines. Son portrait est aussitôt accroché dans la salle de la mairie.

Cette année-là j’écris un article (c’est mon second) dans « Le petit journal de Sainte-Ménehould et ses voisins d’Argonne » sur la vie et la carrière de Félix Antoine Appert. (N°48 de décembre 2008).
L’aventure est loin d’être terminée. En 2009, je reçois un appel téléphonique de l’époux d’une descendante directe du général Appert habitant le Maine-et-Loire, suite à la parution de mon article et nous faisons connaissance.
En 2009 ou 2010, la propriété de Dampierre-le-Château a trouvé un acquéreur. Les époux Besson, les donateurs m’en font part et ajoutent avoir fait une autre découverte superbe en vidant la maison : une dizaine de photos sur carton épais réalisées à l’ambassade de Russie à Saint-Pétersbourg. Il faut savoir que le général Appert s’est marié avec une danoise amie de la fille du roi du Danemark devenue tsarine en épousant le futur empereur de Russie Alexandre III. Cela explique en partie sa nomination au poste d’ambassadeur de France en Russie de 1883 à 1886, à la fin de sa carrière. Ces magnifiques photos représentent des personnes de la famille du général et d’autres personnalités, y compris des femmes vraisemblablement russes. Ces clichés ont été chez moi pendant plusieurs mois et je ne me suis pas privé de les admirer tellement ils m’ont fait rêver.
Le couple du Maine-et-Loire est venu pour la première fois en 2010 retrouver ses racines à Saint-Remy et dans la proche région. On les a reçus à Auve et après avoir fait connaissance, j’ai pris mon courage à deux mains, car cela m’a coûté, pour leur remettre les clichés de l’ambassade, tellement je m’y étais attaché pendant les mois où je les ai eus. Inutile de relater l’émotion de l’arrière-petite-fille du général ravie d’admirer ces splendeurs chargées d’histoire se retrouvant dans la famille.
Depuis 2010, le couple ou le père et la fille, quand l’épouse ne peut venir, sont venus quatre fois dans le secteur, la dernière fois remontant à la fête des moissons à Saint-Remy-sur-Bussy. Nous avons très vite sympathisé et correspondu durant toutes ces années. De plus, le hasard nous a menés sur d’autres pistes qui nous ont rapprochés.
En voici une : Camille Appert, originaire de St-Remy à des ascendants avec la famille du général. Il a été curé de Vraux, village natal de mon père. Ce curé érudit, avec une très forte personnalité, membre de l’Action française a débuté professeur au petit séminaire de Châlons. Destiné à être évêque, ses positions politiques très tranchées ont abouti à sa nomination comme curé de campagne à Aigny puis à Vraux. Il a écrit de nombreux livres, la plupart en vers, très documentés, surtout religieux. On va le retrouver à la fin de cet écrit.

Il est temps de revenir au début de cet article avec le cliché de « La baraque à Auve » semblant perdue entre Dampierre-le-Château et Saint-Remy-sur-Bussy, Eh bien, Auve a fait le lien entre ces deux villages. Au début du 19e siècle, la ferme de Dampierre doit être reprise par le fils Eugène Person, né en 1807. Mais à 20 ans il a eu le bras coupé accidentellement. Il s’est reconverti en clerc de notaire, s’est marié avec la sœur du général Appert et ils se sont installés à Auve où l’office notarial, situé à l’origine à Saint-Remy et tenu par un Appert de la même souche que le général, a été transféré à Auve en 1804. Eugène Person a été très actif. Il a reçu une médaille en 1883 pour avoir boisé 90 hectares à Auve. Dans la seconde moitié du 19e siècle, il a fait bâtir une coquette halte de chasse « La baraque » dans ses plantations pour recevoir ses proches et ses connaissances. En rêvant un peu, pourquoi des têtes couronnées ne seraient-elles pas venues ici pendant la fonction d’ambassadeur de son beau-frère entre 1883 et 1886 ?
Toutes ces découvertes proviennent de Dampierre-le-Château. Cela s’explique. Tout simplement : le couple Person-Appert à Auve n’a pas eu de descendance. Eugène Person étant décédé après son épouse, le tableau du général, les photos et d’autres documents ont donc pris la direction de Dampierre.
J’aurais aimé insérer dans cet article une reproduction d’un des clichés de Saint-Pétersbourg. Malgré plusieurs demandes aux bénéficiaires du Maine-et-Loire, avec à chaque fois une réponse positive, rien n’est arrivé ! Il suffit d’une personne pour bloquer un envoi… Malgré cette déception inattendue, je ne regrette absolument pas d’avoir aidé à sauver les trésors de Dampierre, grâce, bien entendu, à la générosité et à la compréhension des donateurs.


Beaucoup de trésors plus ou moins importants ne demandent qu’à être sauvés. Un exemple : depuis plus de vingt ans, avant la construction du Capitole à Châlons-en-Champagne, une bourse aux livres, cartes postales, timbres, se déroule au parc des expositions. Dès l’ouverture c’est la ruée à un stand tenu par une personne retraitée, impliquée également dans l’ancien magasin « Aux trésors d’antan ». Ce monsieur récupère livres et documents pendant l’ouverture d’une décharge à Châlons. En 2009 j’ai pu me procurer pour trois fois rien cinq ou six livres introuvables de… « Camille Appert ». (On le retrouve) Restés là sur l’étal, car ce curé est inconnu des nombreux chineurs et amateurs d’histoire m’ayant précédé. Ce genre de sauvetage ne se fait plus car le nombre grandissant de personnes l’ayant imité a abouti à une interdiction d’accès à la déchetterie pendant les apports de camions à la décharge.

Même une région comme la nôtre, victime de nombreux conflits, recèle encore des trésors à découvrir. Dans sa fable « Le laboureur et ses enfants », Jean de la Fontaine a suggéré de creuser, fouiller, bêcher pour en trouver. D’autres pistes plus simples s’offrent à nous. A commencer par les brocantes et autre vide-greniers. Ils ont servi surtout au début, à sauver livres, cartes postales, tableaux, outils divers, de la destruction.

D’ailleurs, une personne passionnée de notre arrondissement vient de créer il y a quelques années un écomusée dont une partie non négligeable provient tout simplement de brocantes et autres manifestations de ce genre. Ces trouvailles côtoient maintenant non seulement les chefs-d’œuvre d’artisanat créés par des artistes pour servir le quotidien des populations à différentes époques mais aussi les superbes créations d’ouvriers postulant au titre de meilleur ouvrier de France...




Un autre exemple : le musée de « La Bertauge » s’enrichit sans cesse de « nouveautés » plus que centenaires mais provenant également de périodes plus récentes et même toutes proches. Elles vont de nouveau avoir la joie de se rendre utiles, en forme pour la plupart, après s’être reposées dans des greniers ou au fond d’une grange pendant un certain temps.

Même si la diversité n’est plus d’actualité dans la conception des outils d’aujourd’hui, faits essentiellement à la chaîne, il y aura toujours de quoi intéresser les générations futures car un objet, ou un écrit, juste bon à jeter pour l’un, peut se révéler un trésor pour un autre et vice versa.
Dominique Delacour

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