Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Les Allemands à Menou. :

Un soldat à la maison.

jeudi 25 juin 2020, par John Jussy


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Ma mère m’a toujours raconté qu’un Allemand était chez nous, avenue Kellermann à Sainte-Ménehould. Qui était-il, que faisait-il ?
12 juin 1940 : les armées allemandes qui ont déferlé sur la France arrivent en Argonne. Le génie français fait sauter tous les ponts pour retarder l’avance des troupes. Bon nombre de Ménéhildiens partent en exode.
Les Allemands s’installent rapidement en ville réquisitionnent des bâtiments et parmi ceux-ci le garage avenue Kellermann. C’était le 27 mai… Cela semble s’être fait dans les règles, en exécution des prescriptions de la note de service 686 !... écrite le 24 mai.
Ce soldat inconnu qui vivait dans notre maison est parti en 1943, appelé sur le front russe. Il avait promis de revenir après la guerre, si les combats l’épargnaient. Cela s’est produit chez de nombreux Argonnais qui ont vu revenir un jour le combattant d’hier, cela prouve aussi que certains n’avaient guère envie de cette guerre… Mais cet Allemand-là, dont je n’ai jamais su ni le nom ni le prénom, n’est jamais revenu.

Mais pourquoi un Allemand vivait-il chez nous ? Pourquoi chez un particulier ? Tant de questions sans réponses car les Anciens n’avaient pas souvent envie de parler de la guerre. Pas de réponse donc jusqu’à la découverte d’une simple feuille de papier jauni écrite à la main par un officier.
Les Allemands, la 2è armée d’artillerie, avaient donc réquisitionné le garage de Claude Chardeville ; le tampon sur le papier stipule « Parc réquisition auto ». Et une chambre de la maison que mon père louait à M. Chardeville était occupée par le service des détails et approvisionnements.
L’officier des détails est un officier subalterne en charge des services administratifs et, dans le cas présent, chargé du parc automobile.
La double feuille manuscrite, d’une belle écriture, répertorie tout le mobilier des pièces de la maison, y compris l’état du papier peint ; un état des lieux en quelque sorte. Avec une grande précision. Pour le cellier, il est écrit : « Quelques bouteilles vides, une cuve en bois, un grand coffre en bois et quelques bocaux à conserve qui sont vides ». A quoi cela pouvait-il servir ?
Cependant, l’officier devait bien se déplacer dans la maison. La pièce n’avait pas d’accès direct sur la rue et à cette époque il n’y avait qu’un point d’eau, sur l’évier de la cuisine. Quant aux toilettes, c’était une cabane en bois tout au fond du jardin, sans eau ni électricité.

Le document est signé de M. Chardeville, le propriétaire, et de l’officier des détails. Dommage que l’on n’ait pas le nom de cet officier, ni celui de « Monsieur le colonel commandant d’Armes de la place de Sainte Ménehould ».
C’est la pièce sous le balcon qui avait été réquisitionnée. Le jour où la photo a été prise, il ne s’agissait pas de la libération mais peut-être d’une course cycliste, du moins un événement festif car on voit à droite sur le trottoir des tables du café Champion.

« On trouve partout en France des justificatifs de réquisitions de logements ou de dépendances qui sont souvent des éléments de régularisation de situation car, dans la proclamation »aux habitants des pays occupés« du gouvernement militaire en France du20 juin 1940, on précise que : »L’armée allemande garantira aux habitants pleine sécurité personnelle et sauvegarde de leurs biens« , et cela implique notamment d’officialiser endroit l’occupation de locaux si nécessaire avec inventaire ».

Les Allemands devaient donc établir un « contrat » avec les propriétaires de chaque maison qu’ils occupaient. Les plus connus de ces immeubles réquisitionnés sont l’hôtel de ville (la mairie fut un temps installée dans un café place d’Austerlitz), le grand « Moderne Hôtel » avenue de la gare et les maisons de la rue Philippe de La Force, dont la première fut il y a peu de temps sous-préfecture.

Les biens étaient garantis… cela n’a pas empêché les Allemands, en cette fin août 1944, de mettre le feu aux bâtiments. L’hôtel de ville aurait dû subir le même sort si un Major allemand n’était pas intervenu.
John Jussy

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