Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

QUAND ON ACHETAIT A MANGER POUR LES CUIRASSIERS ET QUE L’ON VENDAIT LES BALAYURES DES CHAMBREES...

mardi 17 janvier 2006, par John Jussy


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Depuis 1886, le Quartier Valmy accueillait les régiments de Cuirassiers… Ces grands cavaliers au casque portant crinière étaient sans conteste un facteur de développement de l’économie locale, comme on peut le découvrir dans une page de la Revue de la Marne, le journal local de l’époque.
Le nombre de ces cavaliers peut être estimé à 600, ce qui fait, avec les officiers et les hommes qui travaillaient dans la caserne (maréchal-ferrant, cordonniers, couturiers, maîtres d’armes, et autres cuisiniers) pas moins de 800 personnes. C’est ce nombre que donne (en disant qu’il est modeste) le journaliste dans son article qu’il avait intitulé non sans humour : « le ventre du 6° Cuirassiers ».

C’était en novembre 1907 et l’on allait procéder, comme on le faisait tous les six mois, à l’adjudication des fournitures nécessaires au corps. Cela se passait à la salle des rapports du 6° cuirassiers.
Et voilà ce qui allait être acheté pour nourrir les soldats du 1 janvier au 30 juin 1908 :
7 000 kilos de pain de soupe ; 25 000 kilos de viande de bœuf ; 50 000 kilos de pommes de terre ; 3 000 kilos de choux ; 2 500 kilos de carottes ; 200 kilos de riz ; 7 000 kilos de haricots ; 900 kilos de lentilles ; 300 kilos de porc ; 500 kilos de vermicelle ; 300 kilos de macaronis ; 2 000 kilos de sel ; 200 kilos de lard gras ; 1 500 kilos de saindoux ; 400 kilos de farine ; 2 500 kilos d’oignons ; 200 kilos de poireaux ; 50 kilos de poivre ; 300 litres d’huile blanche ; 400 litres de vinaigre ; 500 kilos de sucre ; 20 kilos de café ; 50 kilos de chicorée ; 200 kilos de gruyère.
Pour la viande, 300 kilos de porc ; 200 kilos de viande de veau et de mouton ; 600 kilos de saucisses fraîches et 200 kilos de boudin.
L’auteur de l’article faisait remarquer toujours avec ironie : « Il ne faut que 50 kilos de poivre ! On voit que nos cuirassiers sont jeunes et n’ont pas besoin de montant. »
On peut cependant imaginer l’importance de ces demandes sur le commerce local, mais se demander aussi qui fournissait ces victuailles, les petits commerçants de la ville ou d’autres marchands. Cela, l’article ne le dit pas…
Petit problème.
Toujours dans son ton humoristique, le journaliste posait ce petit problème : « dans la liste des fournitures nécessaires, nous relevons 20 kilos de café. Cette fourniture étant pour 6 mois, soit 180 jours, on utilisera donc par jour 20 000 g divisés par 180 = 11,11 g. Si l’on réfléchit que l’on fait le café pour 800 hommes (nous sommes modestes), soit 800 tasses, on demande combien il entre de grammes de café dans chaque tasse… Amusez-vous à faire la division et dites-nous, ensuite, si le jus est fameux. »
Vente des balayures…

Mais la lecture de ce journal d’un autre siècle nous amènera encore bien des surprises. Ce jour-là, devait être procédé à l’adjudication, pour la période du 1° janvier au 31 décembre1908 de plusieurs lots en vente : « 1° des os et eaux grasses ; 2° des balayures de chambrées ; 3° des résidus de pain de guerre et de pain de troupe. » Rien ne se perdait donc à une époque où l’on ne parlait pas de traitement des déchets… mais on peut se demander quelle est la différence entre le pain de guerre et le pain de troupe, et surtout ce que contenait ces balayures de chambrées…

Les Cuirassiers ont disparu après la grande guerre, les casernes ont été démolies dans les années 70, emportant dans leur amas de pierres et de briques portant parfois l’inscription d’un nom, le souvenir de ces hommes qui nettoyaient si méticuleusement les dortoirs. Une carte postale montre « les cuisines et le percolateur », avec ouvriers et cuirassiers posant ensemble devant le bâtiment, une autre a immortalisé la scène de la chambrée : des lits recouverts des mêmes couvertures, des cuirasses sur une étagère, un clairon pendu, et un homme au centre qui tient le balai… c’était en 1903, quand les balayures devenaient des francs…

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