Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Ménéhildiens et Argonnais d’hier

L’ABBE CHEUTIN

samedi 27 mai 2006, par Patrick Desingly


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Le 11 novembre 1966, à 78 ans, disparaissait, à Florent-en-Argonne, Monsieur l’abbé Raoul Marie Gustave Cheutin, curé de Florent-en-Argonne et de Moiremont, depuis 1935.
Il a laissé le souvenir d’un prêtre dévoué, mais aussi celui d’un homme d’une bonté insoupçonnée. Tous les habitants de ces communes, croyants ou athées, peuvent encore aujourd’hui en témoigner.
Monsieur l’abbé Cheutin est né en 1888 à Châlons-sur-Marne, dans un milieu aisé. Il a deux frères, l’un garagiste et l’autre pharmacien. Frappé très tôt par les malheurs de la vie (il perd très jeune sa maman), il décide de consacrer sa vie à Dieu. C’est sans doute un des événements qui a marqué sa vie qui fut un élément déclencheur de sa vocation. Il effectue ses études au séminaire de Châlons-Marne. En 1911, il est ordonné prêtre.

La guerre 1914-1918 heurte sa conscience : son père est gazé. Il se révolte contre cette boucherie, devient brancardier sur le front. Grièvement blessé (trépané) il reste néanmoins prêtre avant tout.

Il aime répéter qu’il appartient aux deux camps, celui de Dieu et celui des hommes, car passionné de l’un comme de l’autre. Il est, et restera toute sa vie, à égalité l’homme de Dieu et l’homme des hommes.

De grande générosité, il convertit volontiers le peu de ses avoirs en achats de glaces pour les enfants les plus démunis ; beaucoup s’en souviennent avec émotion. Il vécut toute sa vie au bord de la misère, pour aider sans relâche son prochain. Il aimait dire qu’un prêtre est aussi un homme avec ses difficultés, ses passions, ses faiblesses. Sensible à la petite invitation, les jours de fête, chez ses paroissiens, il commentait, en « spécialiste », la qualité du vin, même le plus ordinaire : « le sang du Christ » disait-il.

Certes, de temps à autre, les vêpres ont été un peu écourtées, mais, dans sa miséricorde, Dieu a pardonné.

Courageux et exemplaire, il a accordé, pendant la seconde guerre mondiale, au péril de sa vie, de nombreux certificats de baptême pour les enfants juifs. Une de ses grandes joies a été de recevoir, par une quête de ses paroissiens, un vélo-solex, pour mieux desservir Moiremont, en remplacement de son vélo à pneus pleins.
Tout le monde s’en souvient et j’en garde, enfant, l’image avec respect : la soutane au vent, une valise en carton cabossée à l’arrière, attachée par deux ficelles et un bidon de solexine sur le côté. La valise contenait un gros réveil, un livre de messe et toujours quelques gourmandises pour les enfants.

Monsieur l’abbé Cheutin était un homme passionné de lecture et de musique. Je me souviens l’avoir vu et entendu jouer « Etoile des neiges » au piano de la main gauche et à la flûte de la main droite. De par sa culture, il avait le sens de l’humour. Il racontait parfois qu’il n’avait pas eu de chance lors de sa visite chez ses paroissiens. « Ils étaient tous partis en voyage. Néanmoins, j’ai eu trois œufs, je suis passé trop tôt, les poules n’avaient pas encore eu le temps de pondre… »
Il ne voyait le mal nulle part et à table, son bénédicité avait un sens tout particulier de politesse : « Mon Dieu, je vous remercie par avance de ce bon repas, faites qu’il ne tarde pas et qu’il en soit ainsi toute l’éternité » et, quand la maîtresse de maison prenait la bouteille pour servir, il s’empressait de dire : « Madame, le bon vin réjouit le cœur de l’homme mais ne contriste pas celui de la femme ». Honni soit qui mal y pense…

En juillet 1961, il a célébré le cinquantième anniversaire de son sacerdoce, devant un innombrable parterre d’amis.
Sa devise : « Pardonner et réconforter ».
Dans sa famille aussi il a été un exemple de dévouement et de soutien. Toute sa vie, Monsieur l’abbé Cheutin a été persuadé que l’église devait se rassembler dans la charité.

Le 4 novembre 1966, en bénissant les morts de la Grande Guerre au cimetière de Florent-en-Argonne, il prit froid et le 11 novembre, il quittait ce monde.

Aujourd’hui, Monsieur l’abbé Cheutin repose sous le parvis de l’église à Florent-en-Argonne, à côté de ses confrères.

A Moiremont, une plaque rappelle son souvenir.

Par ses actes, par tous les souvenirs qu’il a laissés et ils sont fort nombreux chez les uns et chez les autres, il mérite toute notre reconnaissance, car vraiment il a passé en ne faisant que le bien.

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