Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

UN ILLUSTRE MENEHILDIEN INCONNU DANS SA CITE : Michel CROZIER

samedi 22 juillet 2006, par François Duboisy


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A la découverte de Michel CROZIER
A la question : « Michel Crozier, vous connaissez ? », je suis convaincu que la quasi totalité de nos lecteurs répondent non. Et pourtant, aucun Ménéhildien de naissance n’a obtenu une telle notoriété, certes dans un domaine spécifique et peu médiatique.
Eclairons les lanternes et donnons à ce compatriote la place qu’il mérite. Tout commence par une remarque de notre ami Luc Delemotte : « Savez vous que l’un des plus illustres sociologues contemporains est né à Sainte Ménéhould ? » Il faudrait voir de quoi il retourne. Ordinateur…google….Michel Crozier…et voici dix pages qui défilent. A leur lecture, j’ai la conviction que nous sommes bien en face d’une sommité. Mais comment le joindre ? Je me hasarde à téléphoner à l’équipe du CNRS qu’il a créée. Et là, j’explique le but de ma recherche et …surprise, on me donne son numéro personnel ! Le même soir, je me hasarde à l’appeler, et je tombe sur un Monsieur très accueillant, qui avec grand calme répond à mes questions, sans trouver ma démarche incongrue. [1]
Il m’apprend que sa famille maternelle est apparentée avec les Paillard. Deux jours plus tard, je rencontre René Paillard à son domicile, qui me fournit de bonne grâce bien des renseignements. Voilà, j’ai fait le tour de la question et je vous livre tout ce que j’ai appris

Sa carrière :
Au sortir de la guerre,, après des études commerciales et une licence de droit, Michel Crozier obtient une bourse pour étudier les syndicats aux Etats-Unis. Ce séjour sera décisif pour l’intellectuel de gauche, littéraire et épris de critique sociale qu’il était. Pendant quatorze mois, il va sillonner les Etats-Unis, rencontrant des syndicalistes de tous bords qu’il interviewe pour comprendre le fonctionnement et le rôle des syndicats américains. De retour en France, il publie un livre sur cette enquête, passe un doctorat de droit puis entre au CNRS avec pour projet de comprendre les raisons pour lesquelles les employés n’ont pas la conscience de classe que leur suppose la théorie marxiste. Il participe, dès sa fondation à l’institut des sciences sociales et du travail (ISST) financé par des fonds provenant des contreparties de l’aide Marshall.
Les enquêtes s’enchaînent : chèques postaux, banque, manufactures de tabac, dont certaines sont publiées. En 1959, c’est le grand saut. Pour répondre à une invitation de la fondation Ford, il traverse l’Atlantique et s’établit en Californie.
Son travail va le conduire à rédiger en anglais d’abord, puis en français sa thèse d’état « Le phénomène bureaucratique » qui sera publiée en 1984.
Fort du succès de son livre il devient « patron » d’une équipe au CNRS qui analyse l’organisation et le fonctionnement de l’administration française. Une carrière prestigieuse vient de naître. Michel Crozier devient une référence dans le domaine de la sociologie. Ses réflexions viennent à point pour revigorer la réflexion sur la sociologie du travail, au moment où l’emprise du marxisme sur le monde intellectuel commence à faiblir. Toute une série de livres vont se succéder avec comme fil directeur son engagement pour la réforme de la société et de l’état français.

On ne sait trop comment choisir parmi les titres de cet universitaire afin de souligner l’importance de son action, la pertinence de ses réflexions et la notoriété qui est la sienne. Il fut professeur dans des universités prestigieuses, Irvine et Stanford (Californie), Harvard ; il est membre de différentes institutions (Société française de sociologie – Club Jean Moulin).
Officier de la légion d’honneur, commandeur de l’ordre national du mérite, il est sans contestation possible le plus illustre des ménéhildiens contemporains, même si les liens entre la capitale de l’Argonne et son illustre fils sont des plus ténus aujourd’hui. Dans un courrier, Michel CROZIER avoue.. « Nous avons un peu oublié Sainte Ménehould où nous n’allons plus. Nous avons seulement gardé quelques contacts avec des cousins éloignés à Somme-Suippe, petit village dont ma grand-mère née Champenois était originaire. »

Michel CROZIER et Sainte Ménehould :
Michel CROZIER est né à Sainte Ménehould en 1922. Sa mère, Jeanne GUIOT s’était établie à Paris, devenue Madame CROZIER après avoir épousé un négociant en peinture. Sur le point d’accoucher, elle décide de se rendre chez sa mère pour certainement bénéficier de son expérience et de sa sollicitude dans une épreuve, si l’on peut dire, qui vous remplit de joie, mais aussi d’appréhension. Cela était fréquent à cette époque : solidarité féminine inter-génération.
Il est donc un descendant direct d’Alexandre Guiot, son arrière-grand-père qui, vers 1850, s’était établi pépiniériste-horticulteur-maraîcher sur les bords de l’Auve.
Les deux fils, Alfred et Albert continuent l’activité. La génération suivante compte en son sein Jeannine, fille d’Albert, donc la mère de notre illustre savant et Marie-Thérèse, fille d’Alfred. Pourquoi parler de cette Marie-Thérèse ? Parce qu’elle va épouser Jules Paillard (nous y voici) un fils de cultivateur de la Mayenne, artilleur venu en repos avec son régiment en 1919. Brigadier d’ordinaire, il fait ses achats de légumes chez Guiot et s’éprend de la fille. D’où les établissements Guiot-Paillard. Et René Paillard que chacun connaît à Ste Ménehould naîtra de cette union. [2]

Notes

[1J’ai constaté que la compétence et la simplicité font souvent bon ménage.

[2Les autres descendants d’Alexandre ont progressivement délaissé l’activité qui a donc été reprise par René et son épouse Geneviève qui assurent toujours à la même adresse rue de Verrières, aujourd’hui rue Berryer, la continuité de l’activité.

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