Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Charles Delacroix

dimanche 14 septembre 2008, par François Duboisy, Michel Jonquet


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Charles Delacroix, le Givryen.
Venons-en maintenant au père, Charles de son prénom.
Une irrésistible ascension. Charles Delacroix naît à Givry-en-Argonne le 15 avril 1741. Givry était, sous l’Ancien Régime, un bourg considérable. La légende veut que les droits féodaux prélevés par le seigneur de Givry aient été disproportionnés par rapport au total des produits récoltés. Les redevances étaient telles qu’on disait : « Qu’un cheval ne pouvait porter ce que chacun devait. » Delacroix n’a pas manqué d’en entendre parler et cela n’a pas été neutre dans ses options politiques.
Charles Delacroix est le fils de Claude Delacroix qui occupe desfonctions relativement importantes, étant le régisseur des propriétés du comte de Belval. Il s’agit d’un homme qui jouit de revenus convenables qui lui
permettent de faire faire des études à son fils, lequel choisira l’étude du droit. Son désir est d’être avocat à Paris. Malheureusement, lors de son inscription au Barreau parisien, le Parlement est aux prises avec une réforme. Compte tenu de la baisse importante des émoluments, Delacroix fut obligé de quitter Paris pour accepter une place de professeur d’éloquence au collège de Rodez. Ce qui aurait pu être
désagréable se présenta comme enrichissant. En effet, Delacroix fut apprécié par l’évêque de Rodez qui le recommanda à Turgot.
Anne-Robert-Jacques Turgot (1727-1781), l’intendant de la généralité de Limoges menait une réflexion novatrice sur la formation et la distribution des richesses. Ce fut une chance pour Delacroix de se retrouver dans un milieu très en avance sur son temps. Il se fait remarquer par ses aptitudes et rapidement il monte en grade. Il suit Turgot quand il part pour Paris. Turgot est nommé contrôleur général des finances et Delacroix se retrouve son premier commis.
Quittant la fonction publique, Delacroix prit deux décisions importantes : la première fut d’acquérir un domaine à Contault-le-Maupas. La seconde fut de se marier avec la jeune et belle Victoire Oeben. Cette dernière était issue de la grande famille d’ébénistes Oeben. Contault est situé dans une sorte de gorge entre deux fortes collines. Le surnom de Maupas est dû à un petit ruisseau qui pose des problèmes quand il est grossi par les pluies.
Delacroix, disciple de Turgot, a retenu d’excellentes leçons d’agronomie et il gère parfaitement ses terres. Il est victime d’un petit pêché d’orgueil, et, comme beaucoup d’autres bourgeois enrichis, il est tenté de faire ajouter au nom de Delacroix les deux mots de Contault. Personne n’est dupe, naturellement dans l’Argonne, mais àParis, cela sonne bien.
En 1792, il se fait élire député à la Convention, avec Prieur de la Marne, Thuriot et Charlier. Tous les quatre sont avocats ou l’ont été.

Un représentant en mission, modéré et qui sait changer.
Delacroix est parfaitement conscient que l’heure n’est plus favorable aux privilégiés. Il abandonne la particule et se définit d’une façon modeste Delacroix, cultivateur à Contault. Delacroix va profiter de la vente des biens nationaux à Ante et Sivry-Ante. Et il deviendra un opposant aux ci-devant nobles ainsi qu’au haut clergé.
Son inquiétude est que des émigrés, dont les biens ont été confisqués, puissent revenir un jour contester les ventes. C’est pourquoi, lors du procès de Louis XVI, Delacroix vote sans état d’âme la mort du roi.
A la Convention, Delacroix est débordant d’activité. Il est membre du comité des aliénations et de la gestion des dettes royales. Il a naturellement la spécialité des problèmes relatifs à la vente des biens des émigrés. Il ne cache pas qu’il est de sensibilité jacobine. Il n’hésite pas à menacer de poursuites les autorités départementales qui s’opposeraient à l’ouverture des clubs et des sociétés populaires. Delacroix est, comme on dit en Argonne, un laborieux. En 1793, secrétaire de la Convention, il accepte volontiers d’être représentant en mission. Ses pouvoirs spéciaux lui permettent de procéder à des épurations et même de faire incarcérer ceux qui lui résistent.
Delacroix garde la mesure. Il n’est pas, loin de là, un terroriste. Dans tous les dossiers qu’il traite, il se prononce à bon escient. Lors de la mise en accusation de Marat, il refuse de se prononcer. Lorsque Rouget de l’Isle (1760-1836) est incarcéré, il le fait immédiatement libérer. Pendant la lutte acharnée entre Robespierre et les Girondins, il ne prend pas parti. Après thermidor, le zèle de Delacroix change de direction. Il a oublié ses tendances montagnardes. Il veille à installer la réaction thermidorienne dans les Ardennes et dans la Meuse. Curieusement, il remet en place des administrateurs qu’il avait écarté l’année précédente.

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