Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Charles Delacroix

dimanche 14 septembre 2008, par François Duboisy, Michel Jonquet


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L’action de Delacroix est exemplaire. La cité est traumatisée par les guillotinades des Messieurs de Sedan sous la Terreur. Vingt-sept des anciens membres du conseil municipal de la ville, de sensibilité monarchiste, avaient été transférés à Paris, jugés et exécutés. Dès son arrivée à Sedan, Delacroix fait arrêter plusieurs Jacobins terroristes qui avaient joué un rôle dans ce massacre. Delacroix sait se faire des amis en veillant à ce que la réaction thermidorienne ne soit pas trop poussée. Il s’illustre dans l’affaire de Jean-Baptiste Lindet (1746-1823). Elu à la convention, de sensibilité montagnarde, mais c’était plutôt un technicien qu’un politique. Après la chute de Robespierre, Lindet fut arrêté. On lui reprocha d’avoir trempé dans la conspiration des égaux, montée par Gracchus Babeuf (1760-1797) [3]. Si Lindet était le contraire d’un partisan du communisme intégral et de la collectivisation des terres, Delacroix intervint avec vigueur et put le sauver. Delacroix arriva au terme de cette période agitée en sauvant sa tête et celle de nombreux de ses amis, et en montrant une habileté de tous les instants.

Un poste très convoité : la charge de ministre des relations extérieures.
Le 12 août 1795, Delacroix est chargé de surveiller la manufacture d’armes de Versailles. La Convention se sépare le 26 octobre 1795, après avoir établi le
Directoire. Delacroix fait partie de l’assemblée des anciens. Le 5 novembre, il est nommé ministre des Relations extérieures. Il s’agit d’une promotion importante due à la qualité des missions et des rapports remarquables d’un homme qui passe pour un travailleur exemplaire. Cette promotion a été contestée par un des directeurs, La Revellière-Lépeaux qui déclarera : « Delacroix est le plus parfait honnête homme, mais un peu faible dans ses idées. Il est préoccupé d’un grand système d’égalité entre les hommes. »
Le nouveau ministre se trouve devant un nombre impressionnant d’accords et de traités à étudier et à mettre au point. Ainsi, il commence à mettre au point ce qui deviendra plus tard le traité de Campo Formio. Ce dernier se signera le 18 octobre 1797. L’Autriche cédera à la France, la Belgique et le Milanais, lui reconnaîtra par ailleurs, un droit d’annexion sur la rive gauche du Rhin. Delacroix apprend que la Russie a l’intention d’attaquer la Prusse. Il réagit immédiatement avec une grande rigueur, allant jusqu’à écrire : « Jamais la République française ne souffrira qu’on attaque le roi de Prusse. Elle volera à son secours, sans engagement, sans traité et sans alliance. »Ce genre de propos n’est pas apprécié à Saint-Pétersbourg.
Dans les milieux diplomatiques, on commence à dire que Delacroix est vraiment un ministre, chicanier et difficile. En juillet 1797, on dit sous le manteau que Delacroix va démissionner. Justement Talleyrand est visiblement fort intéressé par ce poste. Talleyrand est alors dans les meilleures relations avec Germaine Necker, baronne de Staël (1766-1817). Elle était l’auteur de plusieurs ouvrages littéraires et avait beaucoup d’entregent. Elle fut d’accord pour soutenir Talleyrand et ne se gêna pas pour dénigrer Delacroix dans les salons. Pour elle : Delacroix était un butor, une sorte de monstre, qui était la risée de ceux qui étaient en rapport avec lui. Delacroix souffrait en effet, on l’a dit, d’une sorte de tumeur aux parties sexuelles qui avait l’inconvénient de déformer son apparence.
Par contre, Madame de Staël vantait Talleyrand, distingué, raffiné et spirituel. Elle concluait qu’il fallait substituer Talleyrand à Delacroix qui ressemblait à une vieille femme enceinte.
Lors de son entrevue avec Barras, personnage le plus influent du directoire, Madame de Staël insista sur le fait que Delacroix était affligé d’un mal qui ne le rendait plus présentable et que ses qualités de diplomate n’étaient pas évidentes, alors que Talleyrand était l’homme de la situation. Madame de Staël joua toutes les cartes dont une femme peut disposer, y compris celles de la séduction, disant à Barras ; « Je me sens défaillir dans vos bras. » Madame de Staël n’était pas une reine de beauté. On conçoit dès lors que Barras ait pu dire ; « Je ne suis jamais sorti d’une pareille épreuve, plus innocent et plus pur. » Charles Delacroix ne chercha pas à s’incruster comme ministre, car il était fatigué par sa maladie. Talleyrand lui succéda. Delacroix, débarrassé de son malencontreux inconvénient, a accepté d’être ambassadeur en Hollande. Lors du coup d’état du 18 brumaire (9 novembre 1799), Delacroix approuve la démarche du premier consul et celui-ci, après l’avoir relativement mal jugé, décide de le nommer préfet.

Notes

[3En compagnie de Jean-Baptiste Drouet.

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