Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Histoires d’oies

La dernière oie de Châtrices.

samedi 13 septembre 2008, par Nicole Gérardot


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Mme Champion, depuis son arrivée à Châtrices il y a cinquante ans a toujours élevé des oies, comme les autres fermières du village. Il y avait toujours cinq à six troupeaux en liberté.
Une oie pèse quatre à cinq kilos, elle pond environ quarante °ufs par saison à raison d’un œuf tous les deux jours. Une oie peut couver quatorze œufs et Mme Champion avait toujours deux ou trois couveuses.
La couvaison dure trente jours et les petits sont nourris avec des pissenlits ou des orties « des échaudures » comme on disait autrefois, hachés et mélangés à des œufs durs, puis on leur donnait des granulés.
Plus d’oies à Châtrices, ne soyons pas nostalgiques ! Châtrices a une très belle forêt. Je vous invite à venir vous y promener.
Mais au fait, pourquoi dit-on « Bête comme un oie » ?

Pourquoi ce proverbe fait de l’oie le symbole de la stupidité ?
Rien n’est pourtant plus injuste que cette expression proverbiale. L’oie surpasse, au contraire, en intelligence la plupart des oiseaux domestiques. Elle est comme l’a dit Buffon, dans le peuple de la basse-cour, « un habitant de distinction ».
Pour la conduire au pâturage, un seul gardien suffit pour toutes les oies du village. Le matin, il les réunit au son de la crécelle, et quand il les ramène à la tombée de la nuit, chaque bande sait retrouver son logis. Une oie qu’on emporte dans une caisse fermée vers une nouvelle habitation sait parfaitement s’orienter et revenir chez son ancien maître en dépit des précautions prises pour l’empêcher de retrouver son chemin.
Un savant raconte que voyageant sur les bords du Don, fleuve de Russie, il prenait gîte chez des Cosaques. Tous les jours, au coucher du soleil, des troupes d’oies, arrivant des contrées septentrionales où elles avaient vécu tout l’été à l’état sauvage, venaient s’abattre dans les habitations qui les avaient hébergées l’hiver précédent. J’eus constamment ce spectacle, chaque soir durant trois semaines, dit-il.
Nulle sentinelle n’est plus sûre et plus vigilante.
Vous ne verrez jamais plusieurs oies rassemblées dormir toutes à la fois : il y en a toujours une qui, le cou tendu, la tête en l’air, examine, écoute, veille et jette, à la moindre apparence de danger, le cri d’alarme. Le salut de tous est assuré. Tous les naturalistes ont rendu hommage à la sobriété de l’oie.
L’oie, dit Buffon, est capable d’un attachement très vif et très fort. En voici un exemple pris parmi d’autres.
Le régisseur d’un grand domaine, avait sauvé des dangers d’un combat inégal avec des chiens un jars qui s’en montra profondément reconnaissant. Du plus loin qu’il apercevait son libérateur, il accourait à lui, tendait son cou pour obtenir une caresse. Il le suivait partout jusque dans l’église. On enferma le pauvre jars qui mourut de chagrin.
N’oublions pas le jeu de l’oie qui nous rappelle notre enfance et qui a fait le bonheur de beaucoup de générations.
Aux temps héroïques de la guerre de Troie, c’est-à-dire 900 ans avant l’ère chrétienne, l’oie était déjà un objet d’affection et d’utilité. On avait des oies dans les cours, dans les jardins et jusque dans les habitations royales, comme oiseaux d’agrément. L’Odyssée en parle à deux reprises : Chez Ménélas, Hélène sa femme, fille de Jupiter et de Léda, qui fut enlevée par Paris, en élevait dans les cours de son palais, et l’une d’elles ayant été enlevée par un aigle, il s’en suivit une émotion générale :

" Un aigle, paraissant à la droite des cieux,
S’envole en emportant dans ses serres cruelles,
Loin d’une cour voisine, une oie aux blanches ailes.
Hommes, femmes, chacun à grands cris le poursuit. "


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