En 1839, Louis-Jacques-Mandé Daguerre (1787-1851), décorateur de théâtre parisien, présente le procédé photographique mis au point avec Nicéphore Niepce. Nommé « daguerréotype », ce procédé consistait à fixer une image sur une plaque de cuivre enduite d’une émulsion d’argent et développée aux vapeurs d’iode.
Dès 1845, le daguerréotype remplace progressivement le portrait peint miniature et devient ainsi un « article parisien » très recherché. Les bourgeois cossus et, peu à peu les membres de classes moins aisées, se pressent dans les ateliers pour se faire « tirer le portrait » et obtenir ainsi un souvenir d’eux-mêmes ou de leurs proches. Plus tard, le processus du négatif sur plaque de verre au collodion humide avec un report sur papier albuminé est un progrès. L’évolution des techniques de photographie permet l’apparition d’un nouveau type de portrait prenant la forme d’une photo montée sur carte.
Dans la France de 1854, le portrait-carte, photo-carte ou encore portrait, carte-de-visite,
désignent un format de photographie d’une personne. Cet article rencontre un franc succès. L’engouement est massif et les prix baissent.
En 1862, un tirage coute à peu près un franc, ce qui correspond à deux euros actuels. Les dimensions sont standardisées (5 cm x 9 cm environ). Le nom du photographe apparaît généralement imprimé sous le cliché. Le dos, d’abord vierge, est progressivement réservé à la publicité du studio. C’est ainsi qu’on peut connaître les adresses des ateliers.
A cette date, des centaines d’ateliers photographiques s’ouvrent dans les villes de province. Les Ménéhildiens suivent la mode et des photographes s’installent dans leurs ateliers locaux pour répondre à la demande.
Ainsi, dès 1866, Louis Maurice Parey est photographe au 25 rue Florion. Curieu-sement, il exerce aussi le métier de peintre en bâtiment. La photographie n’était sans doute qu’une activité accessoire.
Il se déclare photographe à plein temps en 1876, preuve qu’il fournit une clientèle suffisamment nombreuse. Il a signé le por-trait du général Comte d’Empire Antoine Drouot pourtant disparu en 1847. Etait-ce une photo destinée aux nostalgiques de la période napoléonienne ?
En 1872, Charles Patte (1831-1881) est photographe rue des Capucins où vivent ses parents et sa sœur. Il y décède le 5 octobre 1881, le jour de ses cinquante ans, alors qu’il est recensé libraire à Paris.

Louis Charpin est photographe rue Gaillot-Aubert en 1880. Certains portraits sont signés Charpin & Cie. Il est possible qu’il ait confié la gestion de son atelier à un professionnel,
par exemple le photographe suisse Ernest Wuilleumier qui est recensé rue Gaillot-Aubert en 1886. On connaît ses portraits d’officiers du régiment de cuirassiers installé au quartier Valmy.
Dans le « Répertoire des photographes de France au XIXe siècle » de Jean-Marie Voignier, on recense un Lemercier à la fin des années 1890. Pendant la même période, F. Carlier officie dans la commune. Il a la particularité de faire poser les bébés.
Louis Joseph Francoville s’installe 25 rue Gaillot-Aubert en 1891 et 1896. En 1901, c’est Philémon Oberlaender qui est photographe à cette adresse. Ce Philémon précise au verso de ses cartes qu’il se rend à domicile et aux environs, preuve que le matériel s’est allégé pour pouvoir être transporté.
En 1911, Alphonse Sueur est installé 21 rue Gaillot-Aubert. Là, il succède au photographe Franz Oberlaender (fils de Philémon ?) qui s’y était installé en 1905. La clientèle d’Alphonse Sueur est composée, en grande partie, de cavaliers du 6e régiment de cuirassiers qui est stationné dans la commune. La pose est convention-nelle, martiale. Aphonse Sueur était toujours actif à Sainte-Ménehould en 1917.

Dans cette liste des photographes ménéhildiens de la fin du XIXe siècle, on se devait de réserver une place particulière à Laurent Rosman qui fut à l’origine d’une lignée de commerçants encore actifs récemment.
Laurent Rosman est né le 4 mars 1845 à Saint-Mihiel (Meuse). Il maitrise la technique de la photographie dès 1860. En 1893, il est domicilié à Sainte-Ménehould rue de Verdun, en 1896 et 1901 puis rue Chanteraine en 1906 et rue Florion en 1911 et 1921. Il a édité des cartes postales au début du XXe siècle et ses successeurs ont réalisé des clichés pendant les années 1950. De Laurent Rosman, on connaît un portrait d’Alcide Bailly. La boutique Rosman de l’Avenue de la Gare est restée active jusqu’en 2012, mais on y trouvait des articles autres que des pho-tographies.
Gageons que d’heureux propriétaires ont retrouvé des portrait-cartes ou photo-cartes des années 1800 dans les albums souvenirs collectionnés par leurs aïeux. Ces photos constituent aujourd’hui un trésor qui permet d’évoquer la mémoire des ménéhildiens de l’époque.
Luc Delemotte
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