Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

QUAND ON ALLAIT EN PRISON POUR UN JAMBON

samedi 22 octobre 2005, par John Jussy


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Se replonger dans le passé peut parfois amener à la découverte de choses surprenantes. Il en est ainsi quand on compare les sanctions infligées au début du XXème siècle pour ce que l’on pourrait qualifier aujourd’hui de larcins.
Dans le journal « la Revue de la Marne » de novembre 1907, on peut lire dans la rubrique « à travers la ville », à la suite d’articles sur la vie des cuirassiers au quartier Valmy, un article intitulé « à la correctionnelle ». Cinq personnes ont été jugées et condamnées. Leur nom est notifié, sans prénom, sauf pour la dernière personne dont le nom de famille se résume à un C…
Voici ce que disait le journal de l’époque. Mais, pour ne pas froisser d’éventuels descendants, nous avons gommé les noms de famille :


- B… de Vienne-le-Château, a volé, dans les conditions que nous avons rapportées (dans le journal précédent – sans doute – quatre vingt dix Francs à un habitant de cette commune qui revenait des vendanges. Quarante jours de prison.

- R… et la fille C… de Givry-en-Argonne, ont pris quelques choux fleurs à Monsieur André. De très bons renseignements sont donnés sur leur compte. Le tribunal leur inflige à tous deux huit jours de prison avec la loi Béranger ;

- Madame Z… de Ante, a pris un jambon à une voisine. Huit jours de prison.

- F… de Auve, est un braconnier fieffé. Le très dévoué gendarme Spiry l’a surpris au moment où il tendait des collets. Le tribunal le condamne à deux mois de prison et deux cents Francs d’amende. Ce n’est pas trop.

- La célèbre H. C… a encore une fois eu maille à partir avec la justice. Elle ramasse huit jours de prison pour avoir outragé le garde champêtre de la Neuville-au-Pont, plus quinze jours pour vol de récoltes.

Toutes ces personnes habitaient la région. Reste à savoir où se tenait le tribunal et où étaient effectuées les peines de prison. On sait qu’une salle de l’Hôtel de Ville servait de tribunal (et porte toujours, d’ailleurs, le nom de « salle de justice ») et qu’une prison, construite en même temps que l’Hôtel de Ville, existait derrière ce bâtiment. E. Baillon, dans son livre d’histoire locale, nous renseigne : « Le mauvais état de la prison existant toujours, elle fut détruite vers 1790-1800 et remplacée par la prison cellulaire actuelle (celle que l’on voit sur les cartes postales anciennes) qui fut désaffectée, ainsi que les salles du tribunal, en 1921. »
On peut donc s’imaginer Madame Z. de Ante, ou R. et la fille C. de Givry jugés dans la salle de l’Hôtel de Ville et effectuant un séjour de huit jours à la prison toute proche : cela fait cher le prix du chou-fleur ou du jambon…

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