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Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
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La rubrique de Jeannine Cappy

Eclaires : Une fromagerie argonnaise méconnue

mercredi 19 octobre 2005, par Jeannine Cappy


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1924... Cette année-là, le village d’Eclaires voit naître une fromagerie qui restera une exception en Argonne : jusqu’en 1960, on y a fabriqué de l’emmental.
Ce fromage fait partie de la famille « gruyère ». Il se distingue de ses cousins les comté, beaufort et autres par ses « yeux » et sa grande taille : une meule pèse environ 75 kg !
Originaire de la vallée d’une rivière suisse, l’Emme, la production de l’emmental a essaimé dans l’est de la France, particulièrement en Haute-Marne à Chalencey ou à Saulexures...
Des fromagers suisses ont en effet choisi de s’implanter au cœur de nos régions herbagères pour fabriquer leur fromage sur les lieux même de production du lait, cette matière première si fragile qui ne supportait pas les moyens de transport trop lents de l’époque. De plus, l’emmental, ne bénéficiant pas du label « origine contrôlée » peut être fabriqué partout.
C’est ainsi qu’une mini-colonie suisse s’est installée à Eclaires.

Je n’ai que peu de renseignements sur le démarrage de cette fromagerie, fondée par M.Schwab [1], appelée par tous ici, « la laiterie d’Eclaires ».
"Les premières cuves en cuivre de 1000 litres sont arrivées à la
gare de Villers-Daucourt et ont été transportées par camion jusqu’à
Eclaires par mon père, Henri", se souvient Cécile Igier.

1927... La production en plein essor nécessite l’installation d’une porcherie en vue d’utiliser le petit-lait, ce résidu de fabrication qui est une excellente nourriture pour les cochons.

1930... « Maison du Val », la grande fromagerie meusienne des Desoutter, à Noyers le Val, devient propriétaire de la laiterie d’Eclaires. La production de l’emmental y continue comme avant, toujours sous la houlette des fromagers suisses, dont le savoir-faire est incontournable : d’abord M.Schaerer, puis, en 1933, Jean Schneider, également gérant du site, puis, plus tard d’autres encore...

1935... Le moulin d’Eclaires, grande propriété comprenant de nombreux bâtiments annexes est à vendre. La laiterie en fait l’acquisition, car au fil des années, la production n’a cessé d’augmenter et ses locaux sont devenus trop exigus. L’aménagement des dépendances et l’installation d’une porcherie pouvant accueillir 300 cochons demande plusieurs mois.
Le moulin lui-même a été transformé ultérieurement en logements destinés aux ouvriers. Il a été démoli au début des années 1980.

1936... Dès le printemps, la fabrication de l’emmental peut commencer dans la nouvelle laiterie [2].

Jacqueline, la fille de Jean Schneider, devenue plus tard Mme Fave, avait 2 ans à l’arrivée de ses parents à Eclaires. Non seulement elle a grandi avec la laiterie, mais elle y a aussi travaillé de nombreuses années, d’abord comme laborantine, puis contrôleur laitier, enfin chef de quai à la réception du lait. Elle raconte :
« Après chaque traite, le lait mis dans des bidons de 20 litres, d’abord en fer, plus tard en aluminium, devait être livré dans les plus brefs délais à la laiterie. Aussi, dans chacun des villages alentour, un particulier faisait le ramassage avec une voiture et un cheval, matin et soir, tous les jours de l’année quel que soit le temps. A Eclaires, c’est nous qui nous chargions de la tournée.

A Passavant, jusqu’en 1954-55, c’est Jean Lebail qui collectait le lait. Il utilisait un chariot muni de ridelles sur les côtés et d’une chaîne à l’arrière sensée maintenir les bidons, les vides qu’il rendait au client en échange des pleins qu’il ramenait à Eclaires. Ce chariot était .attelé soit d’un cheval soit d’un mulet, beaucoup plus résistant. De crainte d’être en retard, il lançait toujours son attelage à fond de train. On l’entendait arriver de loin ! Il allait si vite qu’il lui arrivait de perdre des bidons sur la route appelée « voie d ’Eclaires », et même quelques fois, de faire verser la voiture au fossé.
Eté comme hiver, il commençait à 7h00 le matin et repassait le soir vers 18h00. Si, par malheur, la traite n’était pas terminée à l’heure, les bidons restaient sur le trottoir jusqu’au lendemain, avec toutes les conséquences que l’on imagine pour le lait.
Certains hivers très rudes, comme en 1956, la route verglacée empêchait toute circulation et pendant plusieurs jours, le lait n’était pas ramassé, il fallait le donner aux cochons.



Notes

[1J.Hussenet : Argonne 1630-1980

[2Aujourd’hui ferme Bonnefille

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