Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

La rubrique de Jeannine Cappy

Les bonnes pommes de chez nous

mercredi 17 décembre 2008, par Jeannine Cappy


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---------L’année 2008 n’a pas été généreuse ni en fruits à noyaux ni en poires ! Par contre, il n’en a pas été de même pour les pommes ! Il y en avait tellement, que beaucoup sont tombées précocement formant un véritable tapis au pied des arbres. Quelques branches de pommiers trop surchargées n’ont pu résister à un tel poids et se sont cassées.
---------L’abondance incitant à la dégustation, c’est peut-être l’occasion, pour ceux qui ne le savent pas ou qui l’auraient oublié, de constater combien nos pommes typiquement locales sont excellentes, car bien adaptées au terroir et au climat…
---------D’ailleurs, elles vont vous l’expliquer elles-mêmes.

La Belle Fleur d’Argonne.
---------« Tout d’abord, chers lecteurs, si vous parlez de moi, donnez toujours mon nom en entier : il ne faudrait surtout pas, en effet, que l’on me confonde avec des fruits étrangers à notre belle région, telles la « Belle Fleur jaune » qui a vaguement l’air d’un coing ou la « Belle Fleur Rouge » appelée aussi « Belle Fleur longue » ou « Crotte » !
---------Car, si ma fleur est belle, avouez que le fruit a tenu sa promesse. Mon épiderme brillant est d’une belle couleur de fond jaune foncé, lavé-strié de rouge sombre, ponctué de nombreux petits points beiges, les lenticelles. Je suis d’une belle taille et de forme bien rebondie.
---------Mûre au début du mois d’octobre, je suis la première pomme de la saison, bonne à croquer. Ma chair jaune pâle est ferme, moyennement sucrée et acidulée. Mais c’est « su les doreïes » [1] que je donne toute ma saveur : gonflée, dorée, je fonds dans la bouche. Rien qu’à la cuisson, les « bauffreïes » [2] qui s’échappent du four font saliver.
---------Mais rien n’étant parfait, ma durée de conservation n’est pas très longue. Dès la fin du mois de novembre, décembre au mieux, je perds tout mon parfum.
---------Et pour ceux qui auraient envie de m’inviter dans leur verger, je précise que ma fleur s’épanouit tardivement, ce qui la met à l’abri des dernières gelées ».

La Réau
--------- « On me nomme ainsi dans la partie centrale de l’Argonne. Dans la région de Givry, je deviens « Bellerange », et dans les Ardennes, je suis « Croquet ». Je ne voudrais pas snober ma collègue la Belle Fleur, mais je suis bien plus connue qu’elle.
---------De taille moyenne, ma forme est assez variable, légèrement conique, asymétrique, mon épiderme brillant, jaune orangé, est largement lavé de pourpre et strié de rouge sombre. Mûre un peu plus tardivement que la Belle Fleur, je me conserve beaucoup plus longtemps qu’elle, au moins jusqu’au mois de mars.
---------Grâce à ma chair couleur crème, juteuse et parfumée, à la fois sucrée et moyennement acidulée, je suis la pomme à tout faire. Bonne à croquer, à cuire, à utiliser en pâtisserie. Pressée, je donne un excellent jus de pommes et un bon cidre en mélange avec d’autres variétés plus acides. Qui dit mieux ?

La Jean Tondeur
---------« Je ne connais pas avec certitude l’origine de mon nom : il me semble avoir ouï parler de Florent, mais rien n’est moins sûr. Ce Jean Tondeur avait de toute façon, très bon goût ! Avez-vous vu comme je suis jolie ? Avec ma robe mate à fond jaune largement lavée de rouge orangé et recouverte d’une résille dorée. Savez-vous que j’étais très à la mode en 1925 !
---------Je suis d’une taille moyenne, plus large que haute. Mûre fin octobre, je reste bonne jusqu’au mois de mars. Pomme de table juteuse, faiblement sucrée et acidulée, je donne toutefois le meilleur de moi-même « su les gâtiaus et les gômichons » ou tout simplement cuite au four..
---------Et, cerise sur le gâteau (si j’ose dire !) j’appartiens à une variété très rustique, très saine, d’une fertilité soutenue. A l’abri des gelées tardives, si fréquentes en Argonne, les fleurs de mon arbre nourricier ne s’épanouissent que fin mai, début juin.
Avis aux amateurs ! »

La Reinette grise d’Argonne
---------« Je suis une des plus anciennes reinette grise répertoriée dans les ouvrages de pomologie. Pourtant, j’ai presque disparu des vergers argonnais. J’ai du mal à comprendre ce mépris. Est-ce à cause de ma taille plutôt petite ou de mon épiderme assez terne, vert bronze ne jaunissant que légèrement à maturité, rugueux, quelquefois verruqueux ?
---------Pourtant, ceux qui m’apprécient ont bien remarqué que ma chair un peu verdâtre a une texture très fine, agréablement acidulée, moyennement sucrée, très juteuse et à la fois odorante et tendre. Mûre à point vers le mois de décembre, je me conserve sans problème encore au moins trois mois, sans jamais devenir farineuse. Simplement, ma peau prend quelques rides, peut-être parce qu’elle est très mince.
---------Jadis, on m’utilisait surtout pour faire confitures et gelées. Pour qu’elles prennent mieux, on les faisait vers le mois de novembre, avant que je ne sois tout à fait mûre.
---------En plus, bonne pomme de table, excellente « su les doreïes et les gâtiaus » il me semble que je devrais revenir à la mode. "J’suis une boune denreïe, nome ! [3] »

Notes

[1Doreïes : tartes

[2Bauffreïes : Bouffées

[3Boune denreïe, nome ! : Bonne chose, n’est ce pas !

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