Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

La rubrique de Jeannine Cappy

Les bonnes pommes de chez nous

mercredi 17 décembre 2008, par Jeannine Cappy


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La Louiton
---------« Jusqu‘au milieu du siècle précédent, j’étais présente dans tous les vergers et bien appréciée, malgré ma petite taille. Pour preuve, ce qu’écrivait sur moi J.Levasseur, ingénieur et professeur d’Agriculture dans la Meuse au début des années 50 : « C’est la meilleure variété à deux fins » [4]
---------De forme ronde un peu aplatie, j’ai un épiderme bicolore, vert-jaune lavé de rouge framboise nettement délimité, une chair blanc-verdâtre, un peu acide, faiblement sucrée mais très juteuse, ce qui fait de moi la pomme à cidre par excellence. De plus, je suis une bonne pomme de table, aussi bien à croquer qu’à cuire, si on a toutefois la patience d’attendre ma pleine maturité, de janvier à avril ou mai, quand les autres ne sont plus qu’un souvenir.
---------J’étais particulièrement appréciée certaines années où les Réaux, capricieuses, donnaient peu de fruit sinon pas du tout.
---------En outre, je suis portée par un arbre très sain, très fertile, à floraison tardive de fin mai ou début juin, résistant aux gelées et produisant tous les ans. Toutes ces qualités font que je suis restée la favorite de nombreux Argonnais qui font encore leur cidre. C’est grâce à eux que je suis encore si connue. »

La Couillon de coq
---------« Les Argonnais ont l’esprit bien coquin pour m’avoir affublée d’un nom pareil ! Ma forme allongée et ma petite taille en sont cause à coup sûr…
---------Pratiquement disparue des vergers aujourd’hui, je n’y subsiste plus qu’à l’état de relique ou de vestige si vous préférez !
Mon épiderme est lisse, vert-jaune, lavé et strié de rouge sur les trois quarts de sa surface. Ma chair blanc-verdâtre croquante pour ne pas dire dure, peu sucrée, peu acidulée, de qualité moyenne ne pourrit pratiquement jamais.
---------Malgré ce manque manifeste de caractère, les anciens étaient bien heureux de me croquer (il fallait de bonnes dents !) au mois de mai ou juin pour se rafraîchir « pannda la fenou, a faisant les moyettes » [5]
---------A part pour le folklore, pas de quoi pavoiser ni quémander ma réintroduction. De nos jours on trouve des variétés dites « modernes » toute l’année et les grosses machines agricoles utilisées pour « faire les foins » n’ont soif que de carburant. »

---------Beaucoup de vergers ont disparu, de même que bien d’autres variétés du patrimoine fruitier argonnais. Qui se souvient encore de la « Germagne », cette lointaine cousine de la Réau, de la Saint-Baussan de la Dampierre et de bien d’autres ?
---------C’est sans modération qu’il faut consommer les « poumes d’assi nous » [6] , non seulement parce qu’elles sont bonnes mais aussi pour que celles qui existent encore ne tombent pas dans l’oubli. Elles représentent un peu de notre histoire locale.

Les mots en patois « d’assi nous » sont dus à Raymond Gérardot.



Notes

[4Pomme à deux fins : Pommes à couteau et à cidre

[5Pendant la fenaison en faisant les tas de foin , grâce à ma maturité extrêmement tardive.

[6Les pommes de chez nous

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