Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Une Ménéhildienne d’adoption raconte.

dimanche 14 décembre 2008, par Irène Bigorgne


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---------Née à Braux ( Ardennes), de père italien et de mère ardennaise, je suis ce que l’on appelle une « Ménéhildienne d’adoption. »
---------En 1941, j’avais 16 ans et j’étais employée dans une pharmacie. Nous habitions à Saint-Ouen, en bord de Seine. Je quittais mon emploi pour une quinzaine de jours, pour venir seconder ma tante qui attendait son cinquième enfant. Son mari, Fernand Dehoul était gendarme à la brigade de « Menou », à quelques mètres de la ligne de démarcation. Presque chaque jour, je regardais à la fenêtre du rez-de-chaussée. J’avais 16 ans et je ne pensais pas encore au mariage, mais j’avais remarqué ce jeune homme de 21 ans, André, qui me plaisait bien et qui deviendra mon mari en 1944.


Gendarmerie : 14 rue Drouet



---------Il demeurait tout près de là, chez ses parents, 14 rue Drouet. Le jour de mon départ il m’accompagna à la gare. Il s’ensuivit une correspondance durant des années, puis des visites réciproques et puis la décision d’unir nos vies.
---------En juin 1944, nous nous sommes mariés à Saint-Ouen, près de Paris, mais comment en sommes-nous arrivés là en cette période si troublée de juin 1944 ? Notre voyage de Sainte-Ménehould à Châlons-sur-Marne est sans histoire, mais là, les choses se corsent. Sur le quai de la gare, cinq-cents personnes attendent un train hypothétique pour Paris. Un écriteau, sur le mur, annonce : « Nous ne répondons plus des correspondances à venir, tous les trains sont pour le moment supprimés ! »
---------Rappelez-vous : nous sommes à la veille du débarquement de Normandie et les Allemands se doutent de quelque chose. Ils ont réquisitionné tous les trains pour aller vers le champ de bataille, en Normandie…
---------Enfin, un train arrive en gare et s’arrête pour faire de l’eau. Il porte la mention « via Paris », mais est bourré d’Allemands.
---------André me dit que c’est notre seule chance d’arriver à Paris et qu’il faut monter coûte que coûte dans ce train. Nous le suivons, nous sommes avec mes futurs beaux-parents, Georges et Marguerite, porteurs comme nous de monstrueuses valises pleines de victuailles pour notre mariage, puisqu’à Paris on ne trouvait rien ou presque rien à manger. Autrement dit, à cette époque troublée on appliquait le proverbe : « Viens déjeuner chez nous, tu apporteras ta musette… »
---------Nous montons dans le train, laissant sur le quai cinq-cents personnes en attente. Pourquoi on nous laisse faire ? Mystère…
---------Des Allemands, il y en avait partout, dans les compartiments bien sûr, mais également plein les couloirs, encombrés de sacs, de casques, d’armes de toutes sortes, jusque dans les soufflets. C’est là que nous nous sommes retrouvés tous les quatre. J’ai bénéficié du confort d’un casque allemand posé sur un sac militaire.
---------Le voyage s’est passé sans encombre jusqu’à Vaire-Torcy, à quelques kilomètres de Paris. Notre train s’arrête, puis avance « au pas ». Le grand triage de Vaire-Torcy (3km de large) vient d’être bombardé par les alliés et « ils ont mis le paquet ». Il faut voir les dégâts occasionnés par ce bombardement : des rails tordus se dressant vers le ciel, postes d’aiguillages couchés sur le flanc… Notre train reprend un peu de vitesse et nous arrivons enfin à Paris.
---------Après plusieurs descentes dans les abris du fait des alertes aériennes, j’ai épousé André à la mairie de Saint-Ouen, le 3 juin 1944.


---------Irène travailla 27 ans à la quincaillerie Malraison et Virrion. Aujourd’hui, André n’est plus là. Irène est une bien agréable retraitée toujours dans la maison des Vertes Voyes, conçue par son mari.

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