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Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
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Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

LA NECROPOLE DE LA FORET D’HAULZY

vendredi 22 octobre 2004, par François Duboisy


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Dans un précédent numéro, nous avons présenté le site de défense de la forêt d’Haulzy. Je ne sais pas si vous fûtes nombreux à vous rendre sur les lieux pour vous rendre compte, de visu, du travail colossal que nos ancêtres préhistoriques ont réalisé pour assurer leur défense sur un site privilégié. C’est vrai, rien ne presse. Tout est là depuis des siècles et ne risque pas de disparaître demain.

Les tumulus que nous évoquons aujourd’hui ne vous procureront pas les mêmes sensations, le même étonnement. Depuis le début du XIXème siècle, époque où GOURY les répertoria et fouilla, la forêt a été considérablement transformée. Les plantations de résineux, les chemins d’exploitation et surtout les tranchées de la première guerre mondiale ont bouleversé le terrain. Je suis parti à leur recherche, accompagné de notre photographe Claude CAPPY, avec comme guide Pierre de GRANDRUT, maire de Servon-Melzicourt. Et on vous assure, nous en avons trouvé une bonne dizaine en une demi-heure.

Comment s’y rendre ?

Laissez votre véhicule à Melzicourt, continuer sur le chemin qui mène au camp retranché, poursuivez tout droit en laissant le camp sur votre gauche. Après cinq cents mètres, vous sortez de la forêt et vous apercevez une maison au lointain, « reste » de la ferme de Sébastopol. Prenez alors à droite une vaste allée forestière et là, à gauche, au bord de l’allée parfois ou à cent ou deux cents mètres, vous devez en trouver.

Mais au fait, qu’est-ce qu’un tumulus ?

C’est un monticule de terre ou de pierres recouvrant une ou plusieurs sépultures, élevé principalement sous le néolithique ou âge de bronze (3.000 ans av. J.C.). Certains peuvent comprendre une ou plusieurs chambres funéraires. Les membres d’une famille peuvent être enterrés là ensemble. Ce mode d’inhumation était fréquent dans les îles britanniques.

En Europe, vers 2.000 ans av. J.C., ces longs tumulus sont abandonnés et remplacés par des tumulus circulaires qui répondent à des funérailles individuelles par crémation du corps (le corps était brûlé dans un cercueil en bois) puis mise en terre du récipient contenant les cendres. On peut trouver, associés à cette urne, divers objets indiquant le statut social du défunt, bijou, arme et aussi d’autres objets rituels ou des réceptacles de nourriture. Ces tumulus ne sont jamais isolés. Ils sont rattachés à des groupes humains vivant à proximité et forment des cimetières qui peuvent être très étendus.

Cette pratique a perduré pendant le premier âge du fer (Hallstatt). Celui d’Haulzy serait relativement récent : 500 à 200 ans av. J.C.

Comment se présentent aujourd’hui les tumulus d’Haulzy ?

Les bouleversements dont nous avons parlé plus haut et aussi érosion, renards, blaireaux et fouilles de Monsieur GOURY ont réduit ces monticules à peu de chose.

La nécropole d’Haulzy

Parfois, leur altitude ne dépasse pas un mètre. C’est leur forme circulaire, fort régulière, qui permet de les différencier d’amas plus récents. On remarque souvent une tranchée partant du centre et suivant un rayon correspondant à la fouille de GOURY. Il faut donc avoir un œil attentif, un peu d’imagination et la récolte peut être intéressante.

En son temps, Monsieur GOURY en a dénombré soixante dix-huit et il les a tous fouillés méticuleusement, avec l’aide d’ouvriers.

Les découvertes de Georges GOURY

Il va découvrir dans chaque tumulus, en règle générale, une urne souvent en bon état, parfois brisée soit par une racine ou un renard. L’urne est placée au niveau du sol. Celui-ci n’est pas calciné, ce qui laisse penser que la crémation ne s’est pas déroulée à cet endroit, mais à proximité. On trouve d’ailleurs, pas loin, des restes de cendre laissant supposer la place du bûcher.

L’urne contient les débris des os incomplètement brûlés, parfois deux ou trois poignées, parfois de quoi remplir presque une urne de grande dimension. Ces fragments d’os atteignent au maximum six centimètres. On note l’absence complète de dents (la flamme du bûcher a dû faire éclater l’émail). L’urne se trouve généralement placée au centre de la cendre du bûcher qui la recouvre. L’obturation était assurée parfois par des végétaux retrouvés dans les oxydes métalliques provenant du mobilier funéraire dont nous parlerons plus loin. GOURY a trouvé des urnes fermées l’une par une écuelle renversée, l’autre par une seconde urne, elle aussi renversée.

Les cendres ont été accumulées au-dessus de l’urne pour former un premier tumulus. Puis la terre sableuse de la forêt, prise aux alentours, a recouvert le tout pour former la butte extérieure. Parfois, à une dizaine de centimètres au-dessus de l’urne, on trouve un caillou blanc en quartz. La présence de cet élément étranger au sol semble bien intentionnelle.

Le mobilier funéraire est le plus souvent fort altéré.

- Les bijoux en bronze passés sous le bûcher forment des masses indéterminables de métal fondu.
- Pointes de lances en fer
- Epées brisées intentionnellement en trois, poignards, objets en silex (le silex avait rendu trop de services pour qu’on le dédaigne, le métal était un objet de luxe).
- Coupelles
- Objets de toilette (rasoir)
- Collier de guerrier appelé torque, considéré comme l’emblème national du peuple gaulois.

On peut s’étonner de la diversité des objets rencontrés. Ils semblent répondre à trois vocations :
- Parer le défunt de ses bijoux
- L’accompagner des signes soulignant sa bravoure
- Lui permettre de bien voyager dans l’au-delà : coupelles, terrines, vase contenant peut-être, à l’origine, des aliments.

Quelques découvertes de Georges Goury

Compte-rendu de la fouille

Pour chaque tumulus, GOURY donne avec précision la description du résultat de sa fouille. Voici, par exemple, le compte-rendu concernant le tumulus 70 :

TUMULUS LXX – diamètre : 20 mètres – hauteur 1m25 – Dans l’amas de cendre assez considérable, étaient déposés, l’un dans l’autre, avec du charbon tout autour : une fibule, au centre d’un bracelet, placé lui-même dans un torque. Ces objets sont nettement marniens. Le torque (diamètre : 151mm et 142mm) se compose d’une tige unie terminée par deux gros tampons creux (diamètre 30mm) ; la transition de la gracilité de la tige à la largeur du tampon est ménagée par une perle de métal enserrée entre deux anneaux cordelés. Le bracelet (diamètre : 67mm) porte quatre petits renflements symétriques, les intervalles sont ornés de douze traits produisant à leur tour de légers renflements ; il y a une fente pour l’introduction au bras. La fibule, à fort ressort et à corps renflé, a son appendice relevé sur le corps et terminé par une boule ornée.

L’urne funéraire se trouvait en contrebas du sol naturel, dans une fosse orientée Est-Ouest, profonde de 0m60, large de 0m75 et longue de deux mètres.

Puis il fait une étude critique de la nécropole bien longue et bien savante, réservée aux initiés et qui permet de dater précisément la nécropole.

Le travail considérable de M. GOURY mené en forêt d’Haulzy vers 1950 a permis de donner un nouvel éclairage fort précis sur les pratiques funéraires des « premiers gaulois ». Ses découvertes ont été consignées et analysées dans un fascicule : « L’enceinte d’Haulzy et sa nécropole » édité, semble-t-il, à compte d’auteur et que nous a gentiment prêté Monsieur P. de GRANRUT. Nous nous en sommes largement inspirés. Le mobilier a été transféré au musée Lorrain de Nancy.

Qui s’y rendra pour vérifier qu’il s’y trouve encore ?

A la recherche des tumulus – Photos C. CAPPY

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