Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

MENEHILDIENS ET ARGONNAIS D’HIER

Nicolas Rémi LESUEUR, Député ménéhildien décapité sous la Terreur

dimanche 16 janvier 2005


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La lutte qui oppose députés Montagnards et Girondins abouti le 2 juin 1793 par la mise hors la loi de vingt neuf de ces derniers.

Les Girondins tentent de répondre à ce coup d’état en soulevant les provinces. Cette réaction touche soixante-dix départements, parmi lesquels, la Marne.

Nicolas Rémi LESUEUR est un de ces députés qui va être accusé de « fédéralisme » par la convention montagnarde. Les Montagnards accusent les révoltés de vouloir détruire l’unité de la République qui se dote, le 24 juin 1793, de la constitution de l’An I. Nicolas Rémi LESUEUR, député de l’assemblée constituante, juge de paix et notable de Sainte-Ménehould, est accusé de conspiration. Il sera condamné à mort le 27 brumaire an 2 par le tribunal révolutionnaire de Paris, présidé par DOBSEN. Le député ménéhildien sera décapité aussitôt.

Il est intéressant de retracer la vie et le procès de Nicolas Rémi LESUEUR. Les pièces fournies par les Archives Départementales de la Marne permettent de dresser sa biographie et d’analyser les accusations qui ont été portées contre lui.

Nicolas Rémi LESUEUR (sur les actes du tribunal révolutionnaire, on orthographie son nom LESURE) est né à Vouziers le 6 décembre 1734. Il suit des études de droit à l’université de Reims de 1752 à 1755, avant de devenir avocat au parlement et être pourvu de l’office d’enquêteur et commissaire-examinateur au baillage de Sainte-Ménehould. De 1769 à 1790, il est lieutenant général de ce baillage, avec le titre de président.

Il est élu député du Tiers Etat le 21 mars 1789 par cent soixante-six voix des deux cent quatre-vingt-quatorze votants de la région de Vitry-le-François, Epernay, Saint-Dizier, Fismes et Sainte-Ménehould. Il s’installe alors à Versailles, puis à Paris. En 1790, il est élu juge de paix du canton de Sainte-Ménehould. Nicolas Rémi LESUEUR prend part au mouvement fédéraliste de la Marne en juin 1793, avant d’être arrêté, transféré à Paris et condamné à mort.

Cette condamnation est énoncée par DOBSEN, le 17 décembre 1793, à la suite d’un procès expéditif. En voici la retranscription :

DOBSEN au Tribunal Révolutionnaire
Projet insurrection du dép. Marne
Affaire LESURE (27 Frimaire an II)

Le 27 (17 décembre) un ancien constituant, Nicolas Rémi LESURE, ci-devant lieutenant général au baillage de Sainte-Ménehould (Montagne-sur-Aisne [1]) et depuis juge de paix et de la police de sûreté de la même ville. Il avait été en correspondance avec un prêtre qui lui disait : « Les biens du clergé payeront les pots cassés. A la bonne heure, pourvu que la religion revienne ! » il espérait donc que la religion reviendrait. De plus, il avait été envoyé comme député extraordinaire de son district à l’assemblée tenue le 14 juin à Châlons, au sujet des graves événements qui s’étaient accomplis les 31 mai et 2 juin à Paris.

Voici comme il rendait compte à ses commettants des premières résolutions de l’assemblée : c’est un aperçu de la résistance qui se préparait dans les départements.

Citoyens officiers municipaux, nous nous empressons de vous donner des nouvelles de ce qui s’est passé dans la première séance de l’assemblée convoquée par le département. Quand tous les membres ont été réunis, il a été fait lecture des arrêtés pris sur les derniers événements arrivés à Paris, par les départements de la Mayenne, des Côtes du Nord, de la Côte d’Or, du Finistère, du Morbihan, de la Drôme, de l’Ille-et-Vilaine, du Calvados, de la Gironde, de la Loire-Inférieure et de la commune de Rennes.

Tous ces départements sont indignés des violences faites à la Convention pour mettre en arrestation les membres dénoncés par la Commune de Paris, mais sans avoir fourni aucuns faits (sic), comme vous le savez. Ils sont tous d’avis d’entretenir une correspondance à l’effet de sauver la chose publique, de maintenir l’unité et l’indivisibilité de la République, l’unité et l’indivisibilité de la représentation nationale, de demander la liberté des députés mis en arrestation, de former une force départementale, de la faire marcher à Paris pour rendre à la Convention la liberté dans ses délibérations, si la Convention n’avait point égard aux représentations des départements.

D’après la connaissance de ces faits, l’assemblée a cru devoir prendre l’arrêt ci-joint afin qu’on ne put jeter aucuns soupçons sur l’objet de la Convention, arrêté qui aura la plus grande publicité. Au fur et à mesure qu’il sera pris des arrêtés, nous vous en rendrons compte.

Nous sommes, concitoyens, avec fraternité

Vos concitoyens.

Signé : LESURE (qui a écrit la lettre)

Cette lettre témoignait assez des sentiments qu’il partageait lui-même et quand le juge DOBSEN la lui représenta dans son interrogatoire, le 11 frimaire (1er décembre) il allégua en vain que c’était un récit et non un acte d’adhésion. On lui reprochait en outre d’avoir donné l’ordre d’afficher, le 9 juillet, une adresse au roi à l’occasion de la violation des Tuileries au 20 juin et d’avoir fait mettre en liberté un jeune homme qu’on lui signalait comme étant sur la liste des émigrés. La condamnation ne pouvait faire l’objet d’un doute.

Les apparences plaident contre le constituant. Aux yeux de l’accusateur, la conspiration ne fait aucun doute et en ces périodes anti-cléricales [2], Nicolas Rémi LESUEUR apparaît avoir eu des contacts avec des religieux. Il ne peut espérer aucun pardon de la part du tribunal révolutionnaire.

Nicolas Rémi LESUEUR n’est pas le seul argonnais à avoir été guillotiné pendant la Révolution. Certains d’entre eux mériteraient qu’on se penche sur leur biographie. Parmi les victimes de la Terreur, on compte :

APERT Joseph, huissier, âgé de trente et un ans, né à Givry, canton de la Montagne-sur-Aisne, département de la Marne, condamné à mort le 14 Messidor an II par le tribunal révolutionnaire de Paris, comme convaincu de s’être déclaré l’ennemi du peuple, de sa liberté, de sa souveraineté.

BONNEFILLE Nicolas, rémouleur, domicilié à Charmontois, canton de Mont-sur-Aisne, département de la Marne, condamné à mort comme brigand de la Vendée, le 21 nivôse an II, par la commission militaire séante à Port-Malo.

DESFICES Nicolas, cordonnier, âgé de quarante-quatre ans, né à Vienne-le-Château, département de la Marne, domicilié à Roussay, département de l’Indre, condamné à mort le 22 messidor an II, par le tribunal révolutionnaire de Paris, pour avoir facilité l’invasion des ennemis de la République sur le territoire français, en compromettant les habitants de Vienne et l’avoir fait avec des intentions contre-révolutionnaires [3] .

MARGUET François Antoine, âgé de quarante-cinq ans, né à Suippe, département de la Marne, juge au tribunal du district de Montagne-sur-Aisne, domicilié audit lieu, condamné à mort comme contre-révolutionnaire, le 2 vendémiaire an III, par le tribunal révolutionnaire de Lens.

Notes

[1NDLR : nom donné à la ville pendant la Révolution, les références à la religion, le nom d’une sainte en l’occurrence, étant interdites.

[2NDLR : on fête la Déesse Raison le 10 novembre 1793.

[3Etait-ce à l’occasion de l’invasion des troupes prussiennes en septembre 1792, avant Valmy ?

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