Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

L’AGONIE DU PLUS VIEUX MUR DE MENOU …

dimanche 24 avril 2005, par Luc Delemotte


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La destruction du mur qui longeait la rue Aubry-Milet a laissé plus d’un ménéhildien dubitatif. On s’était habitués à ces mètres de parement de briques protégeant une cour désertée. Même les plus vieux voisins n’avaient pas connu d’activité en ce lieu et la porte à double battant qui s’ouvrait sur la rue Gaillot-Aubert semblait condamnée depuis des lustres. Une porte basse [1] posée à quelques pas de la rue Chanzy entretenait son mystère.
Ce paysage pittoresque a aujourd’hui disparu. Les anciens communs ont été mis à bas pour laisser place à un parking et la maison, connue sous le nom de maison CHEMERY, attend d’être confiée aux démolisseurs. A cette place, le Foyer Rémois devrait ériger un immeuble de trois logements et des garages.
La disparition de ces bâtiments anciens a éveillé la curiosité des personnes sensibles à l’histoire locale. Situé en plein centre, cet îlot construit est dense et on trouve sur les cartes anciennes de Sainte-Ménehould des traces de bâti.


Tout d’abord, sur le plan de la reconstitution de la ville avant l’incendie de 1719, plan édité dans le Buirette d’origine, on note la présence de bâtiments ecclésiastiques : une église occupe de sa longueur une partie de l’actuelle rue Chanzy, appelée alors rue de la Grande Auche. Parallèle à cette rue, on note que la rue Gaillot-Aubert s’appelait la rue des Capucins, car les moines y étaient installés. Seule la rue Aubry-Milet (orthographiée alors Aubri-Milet) n’a pas changé de nom depuis. Aubry-Milet fut un bienfaiteur de la ville. La légende du plan indique que ces bâtiments étaient ceux des dames religieuses.
Une monographie a été consacrée aux sœurs de la congrégation Notre-Dame de 1627 à 1792. On y apprend qu’elles achètent une maison rue de la Grande Auche en 1629.Le monastère est prospère et se distingue par une bonne administration. Les religieuses achètent les maisons voisines et font construire l’église.

« Bâtie en pierre, elle est petite mais ornée avec goût, remarquable par sa grande régularité intérieure… Le chœur est spacieux ; on y marche sur un pavé de marbre noir et blanc ; les stalles et boiseries sont bien sculptées, son plafond décoré de différentes peintures représentant des sujets de l’Ecriture Sainte. Une grille en fer artistement travaillée sépare ce chœur de l’église. En un mot, il est d’une beauté si remarquable que Monsieur de Tavanne, lorsqu’il vient faire sa première visite épiscopale dit « qu’il était digne d’une abbesse ! »

Malheureusement, la banqueroute de Law et l’incendie de la ville ruinent les sœurs en 1719-1720. Elles continuent toutefois à se vouer à leur mission première : l’éducation des jeunes filles. Buirette n’est pas tendre avec les religieuses de la congrégation Notre-Dame. Le Lieutenant général du baillage, François Boileau et le greffier Bardeau ont dressé la liste des bâtiments brûlés pendant l’incendie de 1719 et décrivent la misère des bourgeois ruinés par ce malheur. L’historien ménéhildien conclut ce rapport par cette sentence : « On voit,…, qu’elle furent la perte et la détresse des habitants restés sans asile et dépourvus de tout. Plusieurs avaient espéré trouver un refuge charitable dans les deux couvents, qui, plus heureux que l’hôpital, avaient échappé à l’incendie ; mais les dames religieuses refusèrent, sous différents prétextes, d’ouvrir leur porte. »

Ce manque de charité chrétienne bouleverse l’auteur. Le miracle qui marqua cette désastreuse année ne se reproduisit pas. Pendant la période révolutionnaire, le couvent est détruit. Ce que le feu avait épargné, la main de l’homme l’a démoli.

Laissons le mot de la fin à sœur Marie-Christine Hubie, qui a rédigé cette monographie en octobre 2001 :

« Que dire des bâtiments ? L’église a été démolie ; on n’a pu sauvegarder que six grands tableaux qui ont été suspendus dans l’église paroissiale. Sur une partie du couvent, un collège a été construit et une autre partie est devenue la caserne de la gendarmerie. »

Ces informations sont vraisemblablement extraites du livre de Buirette, mais qu’en est-il exactement aujourd’hui ? Où sont les tableaux mentionnés ?
Le bâtiment qui fut construit le long de la rue Aubry-Milet ressemble à un entrepôt. Des quais de déchargement attestent de l’existence d’une activité commerciale.

Qui dira quelle était cette activité commerciale ?
Photo MOURLET G.


Notes

[1Voir en page 1 de couverture.

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