Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

PERSONNAGE CELEBRE

Charles, Emmanuel SEDILLOT

vendredi 22 avril 2005, par François Stupp


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L’encyclopédie Larousse retient, parmi les grands hommes admis à l’honneur d’y figurer, un certain Charles Emmanuel Sédillot, né à Paris en 1804 et mort le 29 janvier 1883… à Sainte-Ménehould. Ce même ouvrage retient pour lui les titres de Professeur à l’hôpital militaire du Val de Grâce, Professeur à la faculté de Médecine de Strasbourg, Médecin général directeur de l’école de Médecine Militaire de cette ville.

Un tel palmarès mérite de retenir l’attention et de faire le bilan de 78 ans d’une existence consacrée à la médecine, à son enseignement à la faculté, comme à sa pratique sur le champ de bataille ou au lit d’hôpital.

Sédillot fut un chirurgien de très grand talent, de réputation européenne, un opérateur d’une extrême habileté, remarquable par son coup d’œil et la sûreté de son diagnostic. Auteur d’un traité de médecine opératoire devenu classique, il fut le créateur de la « gastrostomie », voie artificielle qu’il eut l’idée de créer chez les malades qu’un rétrécissement oesophagien condamnait à mourir d’inanition.

Un grand soldat, parti volontaire en 1830 dans les ambulances polonaises, dans les rangs d’un pays à la reconquête de sa liberté. On le retrouve en 1837 participant à la prise de Constantine. Volontaire encore, bien qu’en retraite, il rejoint Haguenau en 1870, pour opérer de nombreux blessés de l’armée du Rhin.
Un physiologiste distingué, mettant en pratique un des premiers l’anesthésie au chloroforme à Strasbourg. Il consacre à cette nouvelle technique tous ses soins et la défend avec opiniâtreté contre ses adversaires.
Son admission au concours d’agrégation de la faculté de Strasbourg pour les chaires de clinique chirurgicale et de pathologie externe a donné lieu à une polémique violente orchestrée par ceux qui, déjà, voulaient faire croire qu’il existe deux médecines et deux sortes de malades, selon ou non qu’ils portent l’uniforme. Aux attaques de ces « racistes médicaux » c’est le simple talent qui répondit. « La solde du guerrier et le traitement du paisible professeur » se rejoignirent alternativement dans la même main, Sédillot fut nommé professeur malgré ses détracteurs, pour le plus grand bien des malades et des étudiants.
Car ses élèves furent des civils comme des militaires. La première école du service santé militaire fut crée à Strasbourg en 1864. Installée d’abord à l’hôpital militaire, puis dans un bâtiment, place de la cathédrale, son premier directeur officiel en fut encore Sédillot, nommé médecin inspecteur depuis 1860, après avoir parcouru toute la hiérarchie de la médecine militaire.

Sur l’exemple du maître opérant les blessés à Haguenau, les élèves se répandront à leur tour, pendant le siège, dans toutes les ambulances de la ville, apportant à la population leurs soins et leur dévouement.
La faculté de Nancy recueillera Sédillot après la guerre de 1870 comme elle fit pour toute l’élite intellectuelle strasbourgeoise qui refusa les honneurs de l’université allemande.
Au terme d’une destinée si bien remplie, c’est le charme de notre cité qui a su retenir ce grand médecin, autant que l’égale proximité de la faculté de Nancy où il était professeur honoraire, et de Paris où résidait sa famille.
Son acte de décès est daté du 29 janvier 1883, en présence de Ferdinand Genissieu, sous-préfet et de Victor Ernest Percebois, président du tribunal civil. Ces mêmes archives recèlent une lettre du maire de l’époque, se plaignant amèrement au préfet de Châlons du manque de compréhension du chanoine de la ville, lequel avait refusé l’usage du « corbillard attelé » pour le transport du corps de la maison à l’église et de l’église à la gare, pour le reconduire à Paris.
Le cercueil réglementaire étant à double enveloppe, en plomb et en bois, « les malheureux porteurs pliant sous les fardeaux furent obligés de s’arrêter nombre de fois et à chaque station, c’était entre eux un échange de jurons et de grossièretés qui choquaient les oreilles les plus endurcies ».
Que ce détail anecdotique ne nous fasse pas oublier cet homme qui sut, à la fois être un chirurgien passionné de son état, un militaire passionné de son pays, servant en tous lieux l’un et l’autre avec talent et amour.

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