Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

LE COCHON D’YVAN

mercredi 20 avril 2005, par François Duboisy


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Nous avons évoqué, dans notre précédent numéro, la disparition d’Yvan Desingly, personnage singulier qui a su faire parler de sa cité comme personne avant lui. Homme à facettes avec un étonnant éclectisme, il excellait dans bien des domaines, portant ainsi le nom de Sainte-Ménehould dans toute la France et même en dehors des frontières. Journaux et revues relataient les exploits du sportif à la barre de son pédalvoile, les secrets de l’inventeur du pied d’or, les souvenirs du camarade d’enfance de Jean Dutourd, les fastes de la confrérie du Pied d’Or qu’il avait créée. Combien de fois avons-nous entendu, lorsque nous disions être de Menou, notre interlocuteur nous dire : « Ah oui, la ville de Desingly ! »

Il faut dire qu’en matière de communication, il s’y connaissait, le bougre ! Il achète une maison place du Général Leclerc. Il la baptise « le Soleil d’Or » bien que l’illustre hôtel lié à la fuite de Louis XVI se trouve à l’autre coin de la place. Alors que la recette du pied de cochon est plus que centenaire, il la réinvente en enrobant le pied de pâte. Il attire les journalistes, apparaît fréquemment aussi bien dans le journal local que dans les revues nationales prestigieuses et dans l’étrange lucarne. Cet autodidacte n’avait pas besoin des conseils des spécialistes « de la com. » : il avait tout découvert par lui-même.

Apparition du cochon d’Yvan
Dans son imagination fertile jamais fatiguée, il imagine un nouveau concept : « le cochon Pied d’Or » qui devient rapidement un énorme objet. Un gros cochon tout rose, fixé sur une remorque qu’il peut transporter en tous lieux, pour promouvoir ses pieds de cochon. Ainsi, l’animal en résine participera aux chapitres où sa confrérie est invitée, à différentes foires et rassemblements de la région.
La vérité oblige à dire que l’animal ne faisait pas l’unanimité. Certains louaient l’idée de génie, d’autres soulignaient le caractère disgracieux de l’énorme porcin, prétextant qu’il ridiculisait la ville et ses habitants. Et il est vrai qu’il n’était pas discret, l’animal de l’Yvan. Il stationnait sur la place de l’Hôtel de Ville ou devant la Poste et même, son malin propriétaire le plaçait judicieusement pour qu’il figure sur les photos de presse, lors des manifestations au monument au mort. Et cela encolérait le maire qui envoyait l’agent de ville pour le faire déplacer.

Le cochon, prix Goncourt ?
Un rémois fut nommé, en 1986, surveillant au collège de Sainte-Ménehould. Rien d’étonnant à cela, sauf que ce personnage se sentait une vocation d’écrivain et, attention, pas d’écrivain obscur, mais celle qui allait faire de lui le Gide ou le Proust de la fin du XXème siècle. A la fin de l’année scolaire, il partit pour d’autres cieux et se mit en tête de publier un roman où il relatait, entre autre et sans aucune indulgence, sa vie à Sainte-Ménehould. Il épinglait le fameux cochon : « Je dégustais une spécialité locale en plaignant du regard là, devant moi, en arrêt sur la place principale, monté sur une remorque basse, un énorme cochon en plastique rose sur lequel une main inhumaine avait inscrit :« J’veux pas aller à Sainte-Menou ! »

Le livre « Feu mon histoire d’amour » publié chez Grasset, bénéficia d’une critique dithyrambique du journal l’Union, résumée ainsi : « Le style brillant et travaillé jusqu’à l’épure devrait ouvrir à ce livre les portes du succès et, qui sait, du Goncourt. »
Le cochon d’Yvan allait-il atteindre la notoriété nationale ? Il n’en fut rien. Le rêve de Goncourt s’envola et le succès ne fut pas au rendez-vous.

Le cochon disparaît
Samedi 16 juillet 1994, au matin, Yvan constate la disparition de son cochon. La voiture est là, mais la remorque s’est volatilisée. C’est certainement l’affaire d’un mauvais plaisant. Le facétieux Yvan pense avoir des nouvelles dans la journée. Mais rien. Pas plus le lendemain ! Aussitôt, l’inquiétude le gagnant, le propriétaire envoie un courrier à tous les maires du secteur, aux gendarmes, aux postiers, afin qu’ils l’aident dans les recherches.
D’autres, certainement convaincus de la perte définitive du cochon et trouvant là matière à canular, ont annoncé ses obsèques. Un faire-part fut distribué : « La société protectrice de l’ordre du pied de cochon a la douleur de vous faire part du décès de monsieur cochon et de vous inviter aux obsèques qui auront lieu au cimetière du Château le samedi 23 juillet à 15 heures. » Yvan, qui n’a pas perdu son sens de l’humour, s’est dit touché par cette marque de sympathie et promet d’offrir un vin d’honneur.
Toujours rien. On passe alors à l’étape supérieure. Des affiches sont placardées dans toute la ville, promettant une récompense de 5.000 Francs pour tout renseignement. Puis la prime est portée à 10.000 Francs. Aucun résultat. C’est la conspiration du silence. Et les gendarmes, qu’est-ce qu’ils font ? Certains disent qu’ils sont plus amusés que motivés avec cette histoire à la clochemerle. Peu d’indices. L’enquête piétine.

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