Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

LIBERATION DE LA VILLE DE STE MENEHOULD

30 août 1944

jeudi 24 juillet 2003, par Roger Berdold


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Nous vous livrons l’intégralité de l’extrait du registre des délibérations de l’hospice, séance du 18 septembre 1944, concernant la libération de la ville.

« Il est nécessaire de renseigner ici même l’administration sur les moments pénibles subis par le personnel et les hospitalisés. C’est un résumé d’histoire locale en temps de guerre à incorporer plus tard dans l’histoire de l’hospice » dit Monsieur PRIN, Administrateur de Service. Le voici :

« Le mardi 29 août, dès le matin, les alertes se succédaient à peu d’intervalle. C’est le moment venu de s’installer dans les abris. Les enfants et vieillards valides se rendaient avec leurs chefs de service et le personnel dans l’abri Jacquesson, rue de Florion, à 50 mètres environ de l’établissement.

Les infirmiers, les malades et leur personnel s’installaient dans la grande cave de l’établissement reconnue comme abri solide. A 8 heures ½, l’explosion se produisit au pont de la route de Vitry, causant d’importants dégâts. Ce fut un silence de mort. Projetés les uns sur les autres, bon nombre d’hospitalisés et de personnel se relevèrent indemnes et continuèrent à s’installer à la lueur de quelques frêles bougies vite consumées.

Pendant 2 jours 1/2, cette vie souterraine eût lieu. Les soins continuèrent malgré de nombreuses difficultés à leur être donnés. La cuisine était normalement assurée par un personnel qui n’avait pas quitté son poste.

Le lendemain, mercredi 30 août, vers 16 heures, les S.S., troupes spéciales allemandes, arrivent, installent leur artillerie et mitrailleuses sur les terrains dominant la ville. Une partie de ceux-ci fouille les maisons et se livre à un pillage en règle. D’autres s’occupent des abris, font sortir les habitants, les fouillent et en dirigent une partie sur les localités voisines. Les hommes sont retenus et placés sous bonne garde.

Trois jeunes gens, qui s’étaient réfugiés dans la cour de l’hôpital derrière les tas de bois, y sont fusillés à bout portant, sans jugement ni explications. Ce sont Messieurs COLLIN, GOZE et LEGER. Moment tragique et douloureux ! Soeur Rosa, Supérieure de l’établissement, se précipite avec Soeur Claude pour relever ces malheureux, et, si possible, leur prodiguer des soins. Aidées des rares témoins de cet assassinat, de Monsieur PETITPAS le jardinier et de Monsieur DESINGLY, elles les installent à la morgue et font leur toilette funèbre, car la mort, hélas, avait fait son oeuvre et tous soins devenaient inutiles.

Madame la Supérieure, les Soeurs et tout le personnel ont fait preuve d’un courage et d’un dévouement dignes d’éloges. Leur effort a été admirable.

Exténués déjà par l’évacuation des hospitalisés la veille, ils ont continué deux jours et deux nuits à satisfaire aux soins des hospitalisés et au transport des blessés qui survécurent à ces heures tragiques : victimes civiles de la guerre, F.F.I. et blessés allemands prisonniers.

La Commission Administrative, à l’unanimité, adresse ses chaleureuses félicitations à Madame la Supérieure, pour son initiative et son dévouement, ainsi qu’à tout le personnel congréganiste et laïque, qui lui aussi, dans ces jours tragiques, mérite tous les éloges pour son endurance et son abnégation ».

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