Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

LA CUEILLETTE DES CERISES AUTREFOIS

jeudi 10 juillet 2003, par René Cheméry


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Nous avons déjà, dans de précédents numéros, évoqué la cueillette des cerises à la Grange-aux-Bois, au siècle dernier. Lors de son passage dans la localité, Victor Hugo avait été séduit par ce vaste verger qui occupait tout le plâteau. Madame GODARD, de Sainte-Ménehould, nous a transmis un très beau texte de son père, agriculteur, qui démontre, si besoin est, qu’on pouvait avoir en même temps un grand intérêt pour la terre et ses fruits et aussi pour notre belle langue française.

En cette mi-juin 1910, il y avait dans toute la flore Argonnaise, comme une exubérance de fruits à noyaux et, des semaines durant, le promeneur allant de la ville à la Grange-aux-Bois, surprenait au détour d’une clairière ou le long d’un sentier verdoyant, une collection d’échelles chevauchant les cerisiers ; à vrai dire, la surprise des yeux était presque devancée par celle de l’oreille. C’est qu’en effet, dans le verdoyant fatras des tiges haut dressées, les chansons des cueilleurs (les coeudaux) se relayaient d’une branche à l’autre.

Et si, flâneur curieux, vous vous arrêtiez un peu au bas d’une échelle, il fallait se hâter de filer, car la jolie fille en plein activité se faisait un plaisir de vous faire goûter la pulpe savoureuse que son panier crocheté contenait à pleins bords. Malheur au timide, au complexé, qui, dans un trop rapide élan, voulait passer outre à l’invite gracieuse et si spontanée. La gente demoiselle, avec ses équipiers, enchaînait sans détours, au dam du promeneur, toute la piquante séquence, d’un langage moins classique mais tellement assuré dans le patois local, qu’il n’en fallait pas plus pour doper le « soral ». Mais, si l’accueil sympathique de la gentille fillette l’encourageait à poser des questions, alors, glace brisée, il apprenait les mille secrets de ce joli métier que, chaque année, la muraison des « slises » remet en plein essor. Placer une échelle de trente pieds n’est pas toujours une sinécure et les bras vigoureux du bûcheron devenu cueilleur ne sont pas, parfois, assez fermes pour éviter les secousses imprévues. Quand le vent violent abat sans pitié l’écheuille, un mot piquant, ironique, sanctionne le geste du gars : il i battu la M…

En revanche, il faut avoir vu, épars sur la verdure du champ, la masse rutilante des cageots pleins à craquer et rutilants de leur pourpre, cette cerise d’Argonne qui attend le charretier. Car, avant de parvenir au fin gourmet ou aux menottes impatientes des bambins affamés, elle devra parcourir bien des échelons. Il me souvient que certains acheteurs emmenaient de nuit la précieuse et fragile collecte, en voitures à chevaux, à dix ou quinze lieues ; le transport nocturne permettait aux détaillants de la livrer ainsi fraîche à souhait.

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