Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

LA FANFARE HARMONIE A SAINTE-MENEHOULD de 1930 à nos jours

lundi 27 octobre 2003, par Luc Delemotte


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A la fin des années vingt, la municipalité, dirigée par Monsieur POUGNANT, Maire, s’émeut de ne pas pouvoir compter sur une société musicale locale.

Le 24 mai 1929, le Conseil Municipal envisage, à l’unanimité, de fonder une « Musique Municipale ». Le 10 juin de la même année, la Commission Spéciale de la Musique se réunit, sous la présidence de Monsieur HECQUET Roland, assureur, adjoint au Maire. Elle est composée de Monsieur Emile NOEL, entrepreneur, vice-président, Monsieur DUVAL, assureur, rapporteur, Monsieur AUTERBE, retraité, Monsieur GIRARDOT, Monsieur LECOURTIER Edmond, marchand de bestiaux, Monsieur MARCIPONT, fondeur, Monsieur MOOG, Monsieur Henri STEFFEN. On estime alors à 20.000 Francs la somme nécessaire à l’achat indispensable de matériel et d’instruments. La commission demande les crédits au Conseil Municipal.


1954 – Construction de la salle de répétition de l’Aiglonne à côté de la bétonnière, on peut reconnaître de gauche à droite : Maurice DELAVAL, Marcel NOEL, René ZABEL, Bernard LELIEVRE, Jean JUPIN, Roger ZAMBAUX, René JUPIN, M. PITZ.

Le 21 novembre, Monsieur HECQUET présente aux membres de la commission Monsieur BARRAULT, candidat au poste de chef de la « Musique Municipale ». Le registre de réunion précise : « M. BARRAULT qui habite actuellement Montrésor (Indre-et-Loire) viendrait volontiers habiter Sainte-Ménehould avec sa famille, s’il était certain de pouvoir y trouver une situation lui permettant de gagner sa vie et celle des siens. Après un échange de vues entre M. BARRAULT et les membres de la commission, ces derniers offrent à M. BARRAULT de proposer au Conseil Municipal qu’il lui soit alloué 500 Francs d’appointements fixes par mois comme chef de musique ». D’autre part, M. NOEL offre un emploi complémentaire que l’intéressé accepte [1] . On prend rendez-vous pour un voyage à Paris où seront achetés les instruments.

Dès le début d’année 1930, les premières répétitions peuvent commencer. Le 7 janvier, la commission estime qu’il y a lieu d’approuver le marché s’élevant à 16.268 Francs passé entre la municipalité et Monsieur LESCHIERA, France-Musique, 82, Rue de Compans à Paris, pour l’acquisition des instruments de musique, partitions et gibernes. Cela correspond à environ cinquante instruments, de la contrebasse au triangle, du cornet à piston universel aux cymbales. On note que l’intention est bien de jouer en harmonie puisqu’on compte cuivres, bois, percussions et cordes. On lance des annonces dans les journaux locaux et une « annonce par le tambour » pour recruter des musiciens.

Les statuts sont lus le 8 août au Conseil Municipal. Les deux premiers articles sont rédigés ainsi :

- Art.1 – Il est créé à Sainte-Ménehould une Société Musicale, sous la dénomination de « Musique Municipale ».
- Art.2 – Elle a pour but le développement de la musique, l’étude et l’exécution de la musique instrumentale.

Le Conseil approuve à l’unanimité ces statuts.

Le groupe se forme : les musiciens désignent Messieurs LELIEVRE Julien, limonadier glacier et GOYEUX Charles, horticulteur, pour les représenter au sein du conseil d’administration. en outre, M. GOYEUX est nommé sous-chef de musique par ses camarades, membres exécutants.

Le 6 novembre 1930, les membres du conseil d’administration se réunissent officiellement. Sont élus à main levée et à l’unanimité, deux vice-présidents, Messieurs NOEL Emile et VATIER Gaston, marchand de vin, un secrétaire, Monsieur HECQUET et un trésorier, Monsieur QUINTIN, cafetier. La présidence revient au maire, Monsieur POUGNANT, professeur à la retraite.

On élabore le règlement intérieur : on fixe à 100 Francs le concours de la « Musique Municipale » pour les fêtes des quartiers et aux sociétés locales. Elle pourra prêter son concours aux fêtes nationales et patronales, à l’exclusion de toutes cérémonies religieuses ou politiques, à l’exception de la Sainte Cécile.

Par exemple, en vertu de ce règlement, les administrateurs refusent, le 28 janvier 1931, de participer à la commémoration du 1er anniversaire de la Fondation de la Société des Pêcheurs à la ligne « la Rossette » fixée au 25 février. Par contre, en 1932, des concerts sont donnés au cours de la saison cour de l’Hôtel de Ville, Square Pasteur, Rond-Point de la Gare, au Château et à l’Hôpital, « faisant plaisir aux malades et aux membres honoraires, que la société – pour ces derniers – compte un peu dans tous les quartiers de la ville ».

Le répertoire s’étoffe et la Musique Municipale est de plus en plus sollicitée. A l’époque, les quartiers organisent des fêtes et la sortie de l’harmonie est un événement, un moment de distraction et de rencontre important.
A la veille de la guerre, en 1937, le calendrier est chargé :

- 4 avril – Concert à l’Hôtel de Ville
- 18avril – Examen municipal
- 6 mai – Concert à la fête de la gare
- 9 mai – Fête à la Grange-aux-Bois
- 30 mai – Concert sur le Jard
- 13 juin – Concert à la fête de Guise
- 27 juin – Concert sur le Jard
- 13 juillet – Retraite aux flambeaux
- 14 juillet – Revue et concert sur le Jard
- 21 juillet – Concert à la fête du Château
- 1er août – Concert pour le concours de pêche
- 18 août – Concert sur le Jard
- 26 septembre – Concert à Valmy
- 1er novembre – Défilé visite aux cimetières militaires
- 11 novembre – Revue avec le 120e
- 21 novembre – Fête de la Sainte Cécile
- 24 novembre – Bal (réservé aux membres et animé par les musiciens)

D’autres occasions exceptionnelles provoquent des sorties des musiciens : retraite à l’occasion du Congrès des Pompiers le 16 mai 1936. On refuse par contre d’honorer les fêtes du jubilé de l’évêque de Châlons qui doivent se dérouler le 26 mai 1938 à l’église du Château « le programme d’un caractère religieux étant contraire aux statuts ». Le 28 juillet 1938, un concert est donné à l’occasion du passage du Tour de France, le caractère sportif ne contrariant pas le règlement. Plus gravement, la Musique Municipale assiste, comme les statuts le demandent, aux obsèques des conseillers municipaux et membres honoraires.


11 novembre 1962 – Concert dans la cour de l’Hôtel de Ville

En novembre, la Sainte Cécile est un moment important de la vie de la société. A cette occasion, un banquet est organisé. Il est ouvert aux exécutants et à quelques invités (municipalité, pompiers, commandant d’armes) et en particulier à Madame BAZINET, professeur de piano. Chaque année on change de restaurant, ce qui doit permettre de ménager la susceptibilité des restaurateurs.

Le dernier compte-rendu de réunion est daté du 20 avril 1939.
Suit une période obscurcie par l’Occupation pendant laquelle il est interdit de réunir la société et de donner des concerts.

A la Libération, la situation est catastrophique : les instruments ont disparu, les musiciens sont dispersés. La volonté et la ténacité d’un réfugié belge, Monsieur BERTRAND, vont permettre de remonter l’Harmonie.

Le 25 mars 1945, le comité approuve les statuts modifiés « dont l’essentiel est de faire ressortir que la présente société n’est que la continuation de celle fondée en 1930. Les nouveaux statuts prévoient la création d’une section dramatique ». On dresse les besoins : « à la suite de la destruction ou pillage par faits de guerre (une grande partie des instruments ayant été enlevée par les autorités occupantes), il y a lieu de prévoir, pour remonter la fanfare et doter les élèves actuels qui suivent régulièrement les cours de solfège et d’instruments, l’achat d’instruments indispensables. Le devis est fixé à 346.610 Francs, comprenant un piano d’occasion de la marque Schillio pour la section philharmonique. En effet, la présence de violons, violoncelles, oriente le répertoire vers le classique. Monsieur BARRAULT tient toujours la baguette de chef.

Cette situation évoluera jusqu’au début des années cinquante, date à laquelle le chef remet sa démission : il est déçu et fatigué par le manque de motivation et de travail des participants. Le 20 décembre 1952, le Maire réunit la commission pour étudier les causes du malaise. Une enquête est menée : « …un tiers des musiciens sont d’accord pour conserver Monsieur BARRAULT comme chef, à l’encontre des deux tiers restant qui n’hésitent pas à dire que le chef n’a pas en main les exécutants au point de vue discipline. C’est un parfait musicien, mais il ne sait pas commander et s’assurer le concours dévoué des gens qu’il a autour de lui ». Le jugement est sévère et la sentence tombe : les répétitions ayant cessé depuis le 1er mai, le paiement du traitement de Monsieur BARRAULT est suspendu depuis le 1er juillet. Du recrutement sera demandé auprès du Colonel du quartier Valmy et auprès des directeurs d’école et du collège. Mais la démarche ne donne que de faibles fruits.

On se tourne alors vers l’Aiglonne.

Créée en 1936, cette association a développé auprès de la section de gymnastique une fanfare qui accompagne les sportifs dans ses déplacements. Le 27 juillet 1953, la commission municipale rencontre Monsieur VERGNE Louis, commerçant en bois et charbon et président de l’Aiglonne, qui propose un rapprochement avec la musique des Islettes et la clique de son association.

Cette batterie-fanfare prend le relais et assure les sonneries des manifestations patriotiques et les défilés. Claude MARTY, agriculteur aujourd’hui retraité et Henri TARON, employé des ponts et chaussées, se partageront les postes de responsabilité. Les répétitions ont lieu dans le local de l’Isle Sainte-Marie. La formation comptera jusqu’à soixante membres et, à ses heures de gloire, participera à de nombreux concours et prestations.

On se souvient encore de la participation à la populaire émission « trente-six chandelles » animée par Jean NOHAIN, enregistrée à Paris à la Gaieté Lyrique, en 1958. L’Aiglonne organise à l’époque des festivals qui comptent des centaines de sportifs et musiciens.

En 1968, Jean-Pierre EGARD, agent de police municipale, est chargé de remonter l’Harmonie. Le 14 juin 1969, il signe cette lettre envoyée à la société COUESNON de Paris-Château-Thierry, manufacture générale d’instruments de musique :

« La ville de Sainte-Ménehould a l’intention de recréer une harmonie municipale. Des instruments, qui datent de plusieurs années (trente ans environ) sont à votre disposition, ceux-ci ayant servi pour la dernière fois en 1951, date à laquelle l’Harmonie et la Philharmonie ont été dissoutes. Ces instruments auraient besoin d’être révisés et certains même réparés… »

Jean-Pierre EGARD occupera la fonction de chef de musique jusqu’en juin 1977.


Concert donné à l’occasion de la Fête des Vertes-Voyes, en 1986


Un compositeur de Verdun, Monsieur CARPENTIER, écrit « la marche de l’Aiglonne ».

Pour la petite histoire, on se souvient que les casquettes ont pu être achetées grâce à l’intervention de Madame Anémone GISCARD-d’ESTAING, épouse du Président de la République, qui avait été sollicitée à l’occasion d’une visite au château de Braux-Sainte-Cohière. La demande avait abouti sur le bureau de son mari qui avait fait parvenir un chèque conséquent.

Monsieur MARTY laisse plus tard la direction à Monsieur Guy VALLET, employé de banque, à la fin des années quatre-vingt.

Fin 1997, l’Aiglonne assure trente huit prestations dans l’année. Elle travaille avec la chorale d’Arts et Loisirs et compte à l’époque quarante huit musiciens, dont cinq au solfège et six en formation instruments. L’article de l’Union du 23 novembre 1997 se termine par « de nouvelles structures viennent d’apparaître dans le paysage musical ménéhildien et argonnais. Souhaitons que le grand bénéficiaire en soit la musique », allusion à la récente création d’Argon’notes qui vient d’ouvrir l’école de musique de la rue Camille Margaine.

Cette année là, on ouvre une nouvelle section « trompe de chasse » sous la direction de Jean-Pierre BERRODIER, garde de l’O.N.F. résidant à Châtrices. On y compte cinq sonneurs.

Toutefois, à l’occasion de l’assemblée générale de l’Aiglonne en mars 1999, en présence du Président Monsieur Jean-Louis PIERRE dit MERY, Guy VALLET dresse un constat pessimiste : « nous avons le regret de voir notre tout nouveau chef, Sébastien HERBILLON, partir pour raisons professionnelles (…) Malgré mes demandes et alertes adressées à la ville, aucun remplaçant n’est connu et cela apparaît très très grave pour notre musique (L’Union du 17 mars 1999).

Un partenariat naît en fin d’année entre l’Aiglonne, la municipalité et l’école de musique Argon’notes. Le dispositif est complexe mais nécessaire : la ville soutient financièrement Argon’notes qui emploie Sébastien OLIVIER. Ce dernier devient chef de musique de l’Aiglonne et la pérennité d’une formation musicale passera par le rapprochement des musiciens de l’Aiglonne avec ceux de la nouvelle école de musique.

Madame Nicole MAHUET, premier Adjoint au Maire, explique dans l’Union du 29 octobre 1999 : « la ville ne pouvant prendre en charge le salaire d’un membre d’association et l’Aiglonne n’ayant pas les structures administratives lui permettant de gérer un salarié, c’est donc à Argon’notes, rompu à ce type d’exercice qu’il appartiendra de le faire ! ».
Argon’notes assure depuis 1997 des cours de musique et de danse. Un nouveau bâtiment est construit quai de l’Herbette où se passent les répétitions. Sébastien OLIVIER, dumiste, a été recruté pour intervenir dans les écoles, donner des cours de solfège, d’éveil musical et remonter l’Harmonie-Fanfare. Il s’y emploie avec l’aide du directeur de l’école, Monsieur Jean-Sébastien MARTIN et du Président, Monsieur Jean-Jacques FRANCOIS.

En janvier 2002, la fusion est totale et Argon’notes signe avec la municipalité un contrat de partenariat.

L’Harmonie-Fanfare développe depuis un répertoire couvrant un large éventail de références tant classiques que modernes. Elle compte trente musiciens qui se produisent une dizaine de fois dans l’année. Le dernier temps fort de cette formation a été la participation de musiciens au spectacle de François MOREL donné en 2003 à la salle des fêtes du Quartier Valmy à Sainte-Ménehould. Petit clin d’œil de l’histoire locale : ce jour là, pour les besoins de la mise en scène, les musiciens portent le costume de l’Aiglonne !

Pour leurs témoignages, mise à disposition d’archives et de documents, aide et commentaires, remerciements à M. René DELAVAL, M. Jean-Pierre EGARD, M. Jean-Jacques FRANCOIS, M. Roger HUNET, M. Guy VALLET.

LEXIQUE

Fanfare : orchestre uniquement composé de cuivres : orchestre d’harmonie jouant des fanfares.

Batterie : ensemble de tambours et clairons d’un régiment commandés par le tambour-major.

Clique : ensemble des tambours et des clairons d’une musique militaire.

Harmonie : orchestre formé essentiellement d’instruments à vent (cuivres et bois), de percussions et, quelquefois, de contre-basses à cordes.

Grand Larousse Universel

Notes

[1En fait, il fit son complément de service comme agent de ville.

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