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Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

LOUIS DE BIGAULT DU GRANRUT ET CHARLES DE GAULLE

samedi 24 janvier 2004, par Luc Delemotte


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La famille De Bigault du Grandrut peut s’enorgueillir de compter parmi ses membres le général qui eut le privilège de commander et noter Charles de Gaulle.

Louis Paul Gaston De Bigault du Granrut naquit le 17 mai 1872 à Châlons-sur-Marne. Il fut promu général de division en 1928 et de corps d’armée en 1930. C’est à cette période qu’il eut De Gaulle sous ses ordres, alors qu’il était commandant supérieur des troupes du Levant.

En 1929, à l’issue de deux ans de commandement en Allemagne, Charles De Gaulle rêve d’enseigner à l’école supérieure de guerre. C’est le maréchal Pétain qui lui conseille d’aller servir en Syrie, sous les ordres de Louis De Bigault du Granrut. Le conseil n’enthousiasme pas le futur chef des Forces Françaises Libres. Jusqu’au dernier moment, il espère devenir professeur. Toutefois, face à la réaction hostile des enseignants en place I [1], l’état major affecte De Gaulle à l’armée du Levant [2]. Dès son arrivée, à l’automne 1929, le général De Bigault du Granrut lui confie les responsabilités des deuxième et troisième bureau (informations et opérations), signe de haute confiance. Pendant deux ans, De Gaulle sera un proche du général. Il l’accompagne dans une incursion vers le nord en juillet 1930. A la fin de l’affectation, de Gaulle quitte Beyrouth. A cette occasion, De Bigault du Granrut rédige, le 20 octobre 1931, une note manuscrite élogieuse dont voici la teneur :

« Du moment que le commandant De Gaulle est réglementairement proposable, je me considère comme tenu de le présenter en tête des candidats du Levant. Sur un TOE on n’en est pas à trois mois près.

Depuis deux ans que je peux l’apprécier dans les fonctions de chef du 3ème bureau de mon état major, je n’ai cessé d’éprouver pour l’ensemble de qualités intellectuelles et morales qu’il possède, une estime mêlée d’admiration.

Sur sa valeur guerrière, je n’ai pas besoin d’appuyer, ses blessures, le texte de ses citations se passent de commentaires. J’insiste sur les mérites hors pair de ce soldat doublé d’un penseur, qui n’ignore pas ce qu’il vaut et développe par un travail constant les qualités qu’il a conscience de posséder. Il sait d’ailleurs les faire apprécier avec discrétion, gardant en toutes circonstances une attitude réservée, empreinte d’une correction toute militaire.

Beau soldat, ce sera un beau chef, qu’il y a intérêt, pour le bien de son arme et de toute l’armée, à pousser rapidement aux hautes situations où il donnera sa pleine mesure et ne décevra pas . »

Dans sa biographie, Jean Lacouture commente la note ainsi : « Qui dira que De Gaulle n’a jamais été, jusqu’en 1940, qu’un incompris et qu’il n’a eu affaire, dans son métier, qu’à des imbéciles ? » Louis De Bigault du Granrut était un militaire visionnaire non dénué d’intelligence. Il mourut le 14 mars 1953 à Paris, à l’âge de quatre-vingts ans et fut inhumé au cimetière de l’est de Châlons-sur-Marne, où la noire pierre tombale couvre le caveau familial.

Notes

[1l est vrai qu’en 1925, il rédige « Doctrine à priori ou doctrine des circonstances », véritable réquisitoire contre la sclérose intellectuelle qui menace l’état-major français, article qui fera grincer des dents les maîtres de l’école de guerre.

[2A la fin de cette affectation, De Gaulle quitte Beyrouth, en octobre 1932, pour être nommé le mois suivant au secrétariat de la Défense Nationale.

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