Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

ENCORE MARGAINE !

jeudi 22 avril 2004, par Jeannine Cappy


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Les vieux journaux recèlent bien des faits surprenants, dont celui-ci, découvert inopinément et dont voici quelques morceaux choisis :

Supplément au « Journal de la Marne » du 17 décembre 1889
Edition spéciale à l’arrondissement de Sainte-Ménehould
H. PAUPETTE, gérant rue lamotte 40 Sainte-Ménehould

L’accusation de Cassagnac

« A la suite d’un article récent paru dans notre journal, Monsieur de Cassagnac écrivait dans l’Autorité :

Un fait scandaleux nous est signalé, sur lequel nous voudrions être édifiés par l’intéressé lui-même. Le fait est-il vrai ? Est-il faux ?

Il s’agit d’une « bourse avec trousseau », accordée par l’Etat à un élève de Polytechnique. Il faut savoir que la loi de 1850 exige que le bénéficiaire de la bourse fasse constater l’insuffisance des ressources de sa famille par une délibération du conseil municipal, approuvée elle-même par le Préfet du Département.

Et en parlant ainsi , la Loi, ça me semble, est l’interprète autorisée de la sagesse et de la raison.

- Elle se fait la protection du petit, de l’humble, du pauvre, dont les moyens ne permettent pas l’accès aux écoles du gouvernement.

- Elle donne démocratiquement et équitablement une dot sur l’argent des contribuables au talent, au travail, au mérite pour lesquels la fortune fut ingrate.

- Et elle ouvre la carrière à tous ceux qui en sont dignes et qu’un sort cruel exclurait du concours.

Cet argent là, des « bourses avec trousseau », est donc un argent sacré, l’argent des pauvres, aussi sacré que le budget de l’Etat, que l’argent qui est pris dans le tronc des églises. Or, voici ce qui se passe :
On pouvait lire il y a quelques jours dans le journal officiel de la République Française, les lignes suivantes :

Ecole Polytechnique

Etat des élèves à qui une des bourses et trousseaux ont été accordées, après constatation de l’insuffisance de fortune des parents, conformément à la loi de 1850 :

« …Margaine… »

Quel était donc cet élève Margaine ? Il ne pouvait rien avoir de commun avec mon ancien collègue, mon ancien questeur, aujourd’hui sénateur et naguère encore membre de la Haute Cour de Justice, qui fut si sévère avec les virements financiers du Ministre de la guerre, Boulanger…

Un cousin ou un neveu tout au plus ?

Aussi sommes-nous stupéfaits de voir un journal de Sainte-Ménehould le « Journal de la Marne » affirmer très catégoriquement qu’il est allé aux renseignements et que cet élève Margaine est le propre fils du sénateur… d’autant, ajoute-t-il, qu’en dehors de ce qu’il a touché comme député, comme questeur et de ce qu’il touche comme sénateur, Monsieur Margaine jouirait d’une fortune personnelle que tout le monde connaît…

Dans le doute, nous ne voulons pas nous prononcer. Nous nous bornons à citer la conclusion du « Journal de la Marne ».

« Que diront nos négociants, nos petits rentiers, nos ouvriers ? Ils diront que la République opportuniste se f…iche d’eux et de nous, et ils auront raison ! Ils diront que si ce fait n’est pas promptement et nettement désavoué, qu’il n’y a pas que les pieds de cochon que les opportunistes accommodent à la Sainte-Ménehould. »

Paul de Cassagnac

La réponse du sénateur

A cette rude attaque, M. Margaine répondit à M. de Cassagnac, le 11 décembre 1889

Monsieur,

C’est mon fils (il s’agit d’Alfred) qui est entré comme boursier à l’Ecole Polytechnique.

Vous montrez bien dans cet article que vous vous en prenez, sans renseignements aucun, à l’ancien Officier de la garde, sorti de cette garde en 1858 et sorti de l’armée en 1863, nommé en 1871 comme Député Républicain, qu’il est resté depuis cette époque.

Qui donc vous a renseigné sur cette fortune qui m’est personnelle ? La connaissez-vous ? J’ai été 10 ans questeur ! Vous me les avez quelques fois fait trouver bien amers, ces 18.000 Francs [1], qui suffisaient à peine à tenir mon rang et qui justement, ont servi à établir, dans mon pays, cette légende de la richesse.

J’ai cru, Monsieur, et je crois encore que l’Etat a bien fait de prendre en charge pendant 2 ans le fils d’un ancien officier, dont la situation de fortune très modeste, et sur laquelle vous auriez du vous renseigner, situation de fortune très modeste je le répète, qui suffit à peine à me faire vivre, moi et les miens en y comprenant ce que l’Etat alloue à ceux qui le servent et à ceux qui l’attaquent dans le Parlement.

Veuillez agréer, Monsieur, mes salutations.

Margaine

Le « Journal de la Marne » cite ensuite une interview donnée au journal « l’Eclair » au cours de laquelle Margaine répète que sa situation de fortune est loin d’être ce que l’on prétend.

« …J’exploite dans mon pays 2 petites industries : une tuilerie qui occupe une dizaine d’ouvriers, et un four à fabriquer le phosphate. Mais elles ne me rapportent pas lourd. Voici ma fortune personnelle, à peu près rien… »

Une lettre anonyme

Monsieur de Cassagnac reçoit aussi du courrier (anonyme !) :

Une lettre de Sainte-Ménehould nous édifie sur l’insuffisance des ressources de M. Margaine. Ainsi, M. Margaine ne possède rien, sauf 2 petites industries qui ne rapportent rien ? Et bien, M. Margaine ment effrontément, car voici quelques renseignements sur sa fortune :

- M. Margaine a eu 50.000 F de reddition de compte
- Mademoiselle Simon, femme de M. Margaine a eu 100 000 F de dot
- En outre, M. Margaine possède 75 ha de bois à Weillet , commune du Chemin
- 3 fermes à Cernay en Dormois
- Un moulin à Verrières
- De nombreuses prairies sur le territoire de Sainte-Ménehould et Verrieres
- Une ferme et une jolie propriété au lieu-dit « Les Pavillons » territoire de Sainte-
Ménehould.
- Une tuilerie aux Vignettes, commune de Sainte-Ménehould
- 2 grandes maisons situées rue Royon à Sainte Ménehould, d’un revenu approximatif de 2.000 à 2.500 F.

En outre, en 1881, M. Margaine a touché de la compagnie des chemins de fer de l’Est, une forte indemnité pour expropriation croyons-nous, ce qui constituerait, au total, une fortune de 500.000 F au minimum…

Du reste, pour éviter tout malentendu, Madame Simon, belle-mère de M. Margaine a hérité d’une demoiselle Robinet une fortune de 300 à 350 000 F, et ce n’est certainement pas Monsieur Simon qui les à mangés.

M. Margaine s’est dit pauvre, plongé dans une misère noire, et prêt à tendre la main à ses électeurs !

Mensonges…

Autre courrier du 31.12.1889

La polémique continue ! …Pourquoi M. Margaine n’a-t-il pas fait établir cette insuffisance de fortune par le Conseil Municipal de Sainte-Ménehould ?

Riche à Sainte-Ménehould, il est pauvre à Paris où il a élu domicile…

Est-ce vrai ? Est-ce faux ? Je n’ai pas trouvé la réponse , mais il est permis de se demander si Paul de Cassagnac a dénoncé avec autant de vertueuse indignation, les dépenses somptuaires de Napoléon 3, dont il était un fidèle partisan.

J’en doute !

Notes

[118.000 F. annuels reçus en tant que questeur

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