Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

IL Y A SOIXANTE ANS – LE JEUDI 25 MAI 1944

lundi 26 juillet 2004, par Michel Lesjean


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Jean-Pierre LESJEAN empruntait l’omnibus-voyageurs du matin pour rejoindre la gare de Châlons-sur-Marne.Il retrouverait l’Express pour reprendre son travail d’employé cheminot à la Société Nationale des Chemins de Fer Français de la gare de l’Est à Paris.

Outre le plaisir d’avoir embrassé sa mère à Chaudefontaine, il repartait avec un bon ravitaillement de la campagne (légumes, volaille, lard, cochon, le sac de pommes de terre) et même une fois avec ½ stère de charbonnettes, car durant la mauvaise saison, il fallait une provision d’avance pour brûler les boulets de charbon.

Il était heureux et avait beaucoup de projets. A trente ans, il adorait sa nouvelle fiancée qu’il connaissait depuis un an. Mais comme on dit à la campagne, ils avaient « mis la charrue avant les bœufs » ou « fêté Pâques avant Rameaux » : ils attendaient un bébé début juin.

« Tiens, déjà Suippes ! » où son frère René dirige une agence bancaire depuis janvier 1944. Il connaissait bien Suippes et y avait de nombreux amis, car il y avait travaillé, comme bobineux, jusqu’en 1939 aux filatures Buirette-Gaulard.

Justement, à Suippes, au même moment, c’était jour de confirmation pour cent trois jeunes Suippas et de Somme-Suippe. Monseigneur TISSIER, évêque de Châlons-sur-Marne, devait présider la cérémonie et des chants ponctuaient son attente.

Son neveu, Michel LESJEAN, dix ans, y était enfant de chœur pour la première fois. Jean-Pierre était déjà ancien combattant à trente ans. Pupille de la nation de la guerre 1914-1918, il avait été mobilisé le 2 mars 1940 pour faire campagne avec le 76ème Régiment d’Artillerie:campagne de France, Belgique, Dunkerque, l’Angleterre et retour en France pour y être démobilisé le 17 juillet 1940 et réintégrer la SNCF gare de l’Est. Il en était revenu sain et sauf, pas même prisonnier.

Vers dix heures, l’aviation Anglo-Américaine, en prélude au futur Débarquement, attaque par mitraillage le train de voyageurs arrivant à la gare de triage de Saint-Hilaire-au-Temple.

Pour quelle raison Jean-Pierre s’est-il sauvé à travers champs durant l’attaque au lieu de se mettre à l’abri sous les wagons ? Il s’affaissa, tué net par une balle « 12,7 » en plein cœur (on a retrouvé son portefeuille transpercé et maculé de sang).

Le petit village argonnais de Chaudefontaine perdait un enfant – mort pour la France, à trente ans.

Durant la ronde infernale des avions, Monseigneur TISSIER, dans son véhicule, était bloqué et immobilisé au passage à niveau de la gare de Cuperly sur la route Châlons-Suippes. En l’église de Suippes, les chants continuaient dans l’attente de son arrivée. A la fin de l’alerte, il pût rejoindre Suippes où, dès son arrivée, il indiquait les motifs de son retard et fît chanter un « de profundis » en souvenir des victimes.

Dans le courant de l’après-midi, le chef de gare de Saint-Hilaire-au-Temple prévenait mon frère par téléphone, afin de l’informer que son frère Jean-Pierre était la seule victime du mitraillage. Quelques voyageurs étaient blessés.

Ce jour là, il y eut trois cent cinquante tués au niveau national. Dans la région : 12 morts à Epernay, 1 mort à la Neuville-sous-Marginal. A Sompuis, des cheminots, chauffeur et mécanicien, sont tués. A Haussimont, le mécanicien est tué, le chauffeur blessé. A Sommesous : le mécanicien est tué aussi, le chauffeur est grièvement blessé. A Montbré, le village est bombardé.

Une plaque de marbre en gare de Saint-Hilaire-au-Temple rappelle le souvenir du cheminot Jean-Pierre LESJEAN, victime civile « MORT POUR LA France ».

« Pour la petite histoire » :

Le dimanche 28 mai, à Suippes, se court le « grand prix cycliste Paul Buirette » sous un soleil éclatant. Après un circuit de quatre heures, les locaux Colmart et Thierry prenaient respectivement les cinquième et huitième places.

Le dimanche 4 juin 1944, ma petite cousine Pierrette voyait le jour.

Le mardi 6 juin, débarquement des Alliés en Normandie.

Sources :

- Archives évêché de Châlons-en-Champagne
- Archives militaires de Pau
- Journal « l’Eclaireur de l’Est » n°11144 du vendredi 26 mai 1944

Dans le cadre « la petite histoire rejoint la grande histoire »

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