Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

A PROPOS D’UN CENTENAIRE-1847-1947

vendredi 23 juillet 2004, par Lucien Dubois


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L’Histoire est, dit-on, un perpétuel recommencement. Effectivement, les grèves qui ont marqué la fin de l’année 1947 n’étaient pas les premières.

Avant l’ère libérale qui permit à la solidarité des travailleurs de naître sous forme de sociétés de secours mutuels et de syndicats, le compagnonnage fut, pendant des siècles, sous les régimes les plus divers et les plus autoritaires, le seul mode de groupement des travailleurs, au milieu cependant de risques de répression autrement sévères que ce qui serait possible maintenant.

Les charpentiers se mirent en grève en 1822 et 1832, puis à nouveau en 1845 – du 9 juin au 5 novembre. Déjà en octobre 1845, et une manifestation de reconnaissance dont la radio officielle s’est faite dernièrement l’écho, nous le rappelait, des ouvriers, pour protester contre les conditions de travail qu’ils jugeaient incompatibles au regard de l’effort fourni, se mettaient en grève. Les ouvriers, c’étaient les compagnons charpentiers de Paris qui, pour ce fait, furent emprisonnés. Ces gars du bâtiment payaient déjà chèrement l’emploi de la seule arme défensive de la classe ouvrière.

Mais une telle iniquité ne pouvait rester sans écho dans le cœur des hommes pour qui le mot « liberté » n’est pas vide de sens, et l’un d’eux, le célèbre avocat Pierre Antoine BERRYER, un des représentants les plus éminents de l’éloquence française du XIXème siècle, bien que membre orateur du parti légitimiste et adversaire du second Empire, prit courageusement leur défense et s’investit dans sa tâche, pour laquelle il ne demandait aucune rémunération.

Après de nombreuses arrestations, trois perquisitions à leur siège, un procès commença le 20 août 1845 contre dix-neuf inculpés. BERRYER défendit la cause juste et le mérite social des compagnons du devoir. Son grand talent, ses sentiments libéraux, les efforts de ses collaborateurs, ne purent éviter douze condamnations.

Leur avocat ayant refusé tous honoraires, les Compagnons Passants Charpentiers du devoir décidèrent d’édifier un chef d’œuvre – que l’on appelait à cause de sa forme un « baldaquin » - et le lui offrirent en remerciement et gratitude. Il fut restitué aux compagnons à la mort de cet éminent défenseur et conservé au siège du compagnonnage à Paris.

C’est pour commémorer le centenaire de cet événement social historique pour le compagnonnage et pour tous les travailleurs que les compagnons du tour de France de toutes les corporations se sont réunis le 2 novembre 1947 et se sont rendus au Palais de Justice de Paris où, en présence de Monsieur le premier Président de la Cour d’Appel de Paris et de Monsieur le Bâtonnier de l’Ordre des Avocats, les compagnons charpentiers rendirent un solennel hommage au grand avocat et déposèrent devant son monument érigé dans la salle des pas perdus, une magnifique gerbe de fleurs à côté du chef d’œuvre offert en 1845 par les grévistes reconnaissants.

Il est bon de signaler, et c’est là pour les ménéhildiens tout l’intérêt de cet article, que Pierre-Antoine BERRYER était le fils de Nicolas BERRYER, né à Sainte-Ménehould, et aussi grand avocat et qu’en 1843, alors qu’il était député de la Haute-Loire, il fut sollicité pour une souscription en faveur de la fondation d’une caisse d’épargne à Sainte-Ménehould et qu’il envoya, en souvenir de son père, la somme de deux cents Francs.

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