Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

C’était un modeste.

dimanche 19 novembre 2006, par François Duboisy


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Un retraité bien tranquille. C’est un modeste qui quittait ce monde le 7 mai 1994. Ernest François voyait ainsi sa vie commencée le 26 novembre 1901 s’éteindre après une bien longue retraite dans sa maison de Gergaux. Nombreux sont ceux qui se souviennent de ce paisible vieillard qui, entouré de l’amitié de ses voisins Boisseau menait une vie débonnaire, fier de son jardin qui s’étalait sur la côte derrière chez lui. Il formait avec sa femme et sa fille Bernadette une famille sans histoire. Alors pourquoi le sortir de l’oubli ?

Un modeste « rond de cuir ». Remontons dans le temps et nous le trouverons jeune retraité, employé comme comptable aux établissements Philbert et Bousselin où l’on trouvait tout pour s’habiller de la tête aux pieds. Il a laissé le souvenir d’un homme calme, sérieux, un peu austère. Sa fille Bernadette était vendeuse dans la même maison. Mais là encore, une carrière sans exploit et sans éclat, un peu comme Monsieur Tout le monde.

Avec l’équipe Philbert Bousselin. Ernest François se trouve à gauche.


Héros malgré lui. Alors continuons notre marche arrière et nous voilà le 13 mai 1940. On retrouve Ernest François « cheminot » avec le grade de facteur enregistrant à Sainte Ménehould depuis 2 ans. Auparavant, entré en 1921 à la compagnie des chemins de fer de l’Est, il fut en poste à Dombasles en Argonne, Ville sur Tourbe et Baleycourt. En mai 1940, les armées allemandes envahissent le Nord et l’Est de la France. Leur avance est précédée d’importants bombardements, tant pour frapper des sites stratégiques que pour impressionner les populations.
Et la panique s’installe. « Les réfugiés » fuient vers le sud par la route ou par le train. Dès le matin, les avions survolent la gare. Ernest François pressent un bombardement. Un certain flottement se produit parmi le personnel. Ernest prend la direction de la gare et se met en devoir d’évacuer le train de réfugiés, plusieurs trains de munitions et un train de troupe se trouvant aux abords immédiats de la gare. Pour ce dernier train il se doit d’affronter un commandant récalcitrant, mais force reste au chemin de fer.
Le bombardement survient, le plus dur de ce début de guerre. Ernest isole les wagons incendiés et assure par des procédés de fortune l’alimentation des locomotives. A la suite de cette journée inoubliable Ernest François est fier d’avoir fait son devoir. Il est cité à l’ordre de la division et reçoit la croix de guerre avec étoile d’argent.

Une décoration tardive. Le 1er mai 1944, le voilà à Vichy devant le maréchal Pétain qui lui remet sa décoration. Nous sommes un mois avant le débarquement allié en Normandie. Le gouvernement fantoche de l’état français vit ses dernières heures mais s’efforce de donner le change en maintenant les apparences et les fastes du pouvoir.
Ernest François n’a pas fait grand cas de cette décoration. ( C’est sa fille retraitée à Aix en Provence qui nous a sollicité). On peut penser qu’il a agi dans ces circonstances avec sa modestie habituelle. D’autres diront qu’il n’était pas très glorieux à la libération de faire état d’une décoration décernée par un chef d’état qui venait d’être condamné à mort pour haute trahison.
Toujours est-il qu’Ernest François, sans penser aux honneurs a su faire preuve d’une initiative courageuse qui a certainement sauvé bien des vies humaines.

Cela méritait d’être rappelé.

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