Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Centenaire de l’électrification de Sainte-Ménehould. 1908 -2008

mardi 24 février 2009, par Michel Bacquias, Raymond Collin


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1908 – 2008 :
---------Ces deux dates définissent le centenaire qui fait l’objet de cette exposition, puisque 1908 est l’année de la mise en service du réseau d’électricité de Sainte-Ménehould. Un centenaire est aussi l’occasion de mesurer ce qui a changé mais, plutôt qu’une évolution, c’est un contraste impressionnant qui apparaît. En effet, en Février 2008, on manifeste contre l’installation d’une ligne électrique à très haute tension entre la France et l’Espagne et on débat des avantages et inconvénients de l’installation d’éoliennes en différents points du territoire alors qu’en 1908, l’électrification est vécue comme l’accès à un progrès et à un confort depuis longtemps entrevu et attendu.
---------Pour la ville de Sainte-Ménehould, cette électrification est liée à l’éclairage des rues et donc à celle de « la distribution du gaz d’éclairage », comme on disait à cette époque et à « l’élévation » de l’eau permettant l’extension de sa distribution. Dans les deux cas, il s’agit de problèmes demandant des capacités techniques qui ne sont pas du niveau du personnel municipal. La ville va donc rechercher des concours extérieurs.

L’usine à gaz :
---------Commençons par rappeler ce qu’était le gaz à cette époque. L’ingénieur français Philippe Lebon (1769 – 1804) et l’anglais William Murdoch (1754 – 1839) avaient découvert simultanément qu’en chauffant la houille à 1100°C à l’abri de l’air, on obtenait deux produits principaux : le gaz et le coke. Les grandes villes de France avaient commencé à utiliser le gaz d’éclairage vers 1830. Bientôt, chaque ville de France veut, elle aussi, posséder son usine à gaz. Cette possibilité est sans doute liée à l’acheminement du charbon par voie ferrée car, après diverses délibérations en 1863 pour l’établissement de voies et d’une gare, c’est en 1864 qu’on voit apparaître les premières mentions de cette volonté dans les délibérations du conseil municipal. Le 8 Juillet 1864, est proposée la réalisation d’un emprunt de 20 000 Francs pour l’établissement d’un éclairage au gaz. Une offre a été faite par deux ingénieurs à Paris, Mrs Riboulet et Saint-Martin, fondateurs de la Société des Petites Usines à Gaz qui demandaient une concession de cinquante ans. Le 7 Septembre 1864, le conseil est avisé que la Société des Petites Usines à Gaz ayant été mise en liquidation, il faut se soucier de la remise en état de l’éclairage par les lampes à huile. Le conseil du 4 Novembre 1864 approuve un nouveau contrat d’éclairage de la ville par lampes à huile. Ce contrat porte sur neuf années, mais une réserve est demandée permettant l’interruption de ce contrat dans le cas où une solution d’éclairage au gaz serait mise en place.
---------Le 7 Novembre 1867 le conseil choisit une commission d’étude « pour une proposition d’usine à gaz » et le 21 Février 1868 il étudie les propositions de cette commission. L’idée est de « patronner une association de capitalistes appartenant à la ville ». Cette association ou société locale investirait les 80 000 Francs nécessaires et la ville garantirait le revenu à 5% de ce capital soit les 4 000 Francs qu’elle consacre à cette époque à son éclairage. Après amortissement du capital, la ville deviendrait propriétaire de l’usine et du réseau construits. Effectivement, le 12 Mai 1868 le conseil autorise le maire à signer un traité pour l’éclairage au gaz avec une société « que Messieurs Jacquesson, Jossin, Nédart, Menut, Simon, Donzelle et Appert-Jacquier se proposent de créer ». On note enfin dans les délibérations que, le 15 Octobre 1868, une subvention est votée en prévision de l’inauguration de l’éclairage au gaz.
---------L’usine à gaz fut construite rue de Vitry. A l’époque, il n’y avait pas de maison au-delà. Au départ, le gaz servait uniquement pour l’éclairage des rues et places, puis des bâtiments publics et quelques maisons bourgeoises. L’usine comprenait un four à trois cornues, une chambre d’épuration et un gazomètre semi enterré de 200 mètres cubes.
---------En 1896, il fallut étendre le réseau au-delà du Pont Rouge pour alimenter le quartier de la gare et la caserne de cavalerie (Quartier Valmy) qui venait d’être construits. L’usine a été agrandie, le four à trois cornues remplacé par un four à cinq cornues et on a construit un second gazomètre de 400 mètres cubes entièrement hors sol. Le gaz était de plus en plus utilisé pour l’éclairage mais aussi pour des appareils de cuisson (réchauds) et pour la force motrice. L’atelier des frères Jaunet, rue des Prés, et la carrosserie Many rue Florion étaient équipés chacun d’un moteur à gaz. Le charbon nécessaire, provenant des mines du Nord, arrivait en gare de Sainte-Ménehould par wagons de 20 tonnes qui étaient déchargés à la main dans un tombereau tiré par un cheval jusqu’à l’usine à gaz.
---------Le travail des ouvriers (chauffeurs) était particulièrement pénible. Deux fois au moins par jour, le coke incandescent était extrait manuellement des cornues. Il tombait aux pieds de l’ouvrier qui devait immédiatement l’éteindre en jetant des seaux d’eau et très rapidement enfourner dans la cornue ouverte 150 kilos de houille qu’il fallait lancer à la pelle. Cette houille avait été, au préalable, amenée devant le four, depuis le parc, à la brouette. Le coke était stocké dans la cour devant l’usine. Il était principalement vendu aux deux fonderies qui existaient à Sainte-Ménehould : celle des frères Jaunet rue des Prés et la fonderie Lallemand située à l’emplacement des établissements Charles-Janin actuellement.

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