Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Ménéhildien d’hier

Emile Bocquillon.

mercredi 18 février 2009, par François Duboisy


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---------On ne dira jamais assez tout ce que nous apporte notre site internet. Ainsi, nous fûmes récemment contactés par l’arrière petite fille d’Emile Bocquillon, qui fut premier adjoint de la ville de Sainte Ménehould. Durant la première guerre mondiale, tout du moins au début, il consignait scrupuleusement, sur de petits carnets, tous les évènements de la cité et ceci depuis le début des hostilités. Ces carnets nous ont été transmis par notre interlocutrice et nous nous interrogeons sur leur utilisation future.
---------Voilà aussi l’occasion de rappeler aux jeunes générations le destin hors du commun de cet élu.
---------Emile Evangéliste Bocquillon est né le 24 février 1860 à Viel Saint Rémy, arrondissement de Rethel. D’origine modeste, il redouble d’efforts pour sortir de cette condition. Il se marie le 25 octobre 1883 à Mézières avec Louise Auboin. Puis on le retrouve avoué à Sainte Ménehould, domicilié 49 rue Camille Margaine. C’est un homme respecté qui accède aux responsabilités. Nous sommes en 1914. Le maire, Adrien Moulin, récemment élu, malade, ne peut exercer pleinement sa fonction. Le premier adjoint Lavison est lui aussi souffrant quant au second Beauvallet il est mobilisé à Cherbourg. Emile Bocquillon est officiellement désigné pour suppléer le Maire dans ces heures difficiles. Il est aux commandes alors que la ville est en première ligne, accueillant les troupes, les blessés, supportant les bombardements. Des heures noires.
---------Le 14 septembre 1915, c’est l’enfer. La ville est bombardée tant par des pièces à longue portée que par l’aviation. Emile Bocquillon, à 6 heures, quitte son domicile pour se rendre en mairie. Son devoir l’appelle. Il faudra prendre des dispositions pour combattre les incendies et surtout mettre en sécurité les archives municipales. Le voici place de l’Hôtel de ville. Le Sous-Préfet lui conseille de longer les habitations. Il n’en fait rien, il se rend au plus court à la mairie. Un obus éclate et le blesse. La carotide est tranchée, il gît au milieu de la place, là où sera érigé le monument aux morts qui porte une plaque commémorant son sacrifice, Il décèdera le soir à son domicile en toute lucidité.
---------Ce décès cause une profonde émotion dans la cité car l’élu était estimé et de plus, les circonstances de l’événement font d’Emile Bocquillon un héros qui incarne la résistance aux envahisseurs.
---------Aussi, la municipalité, le Sous-Préfet et le Général commandant la place sont d’accord pour que l’acte de décès porte la mention « Mort pour la France ». Les funérailles de l’adjoint revêtirent un faste exceptionnel. Le Préfet de la Marne et le Sous-Préfet de Menou étaient en tête de l’imposant cortège qui conduisit la dépouille du domicile à l’église Saint Charles. On y reconnaissait tout ce que la cité comptait de personnalités, mais aussi les simples citoyens saluant le dévouement de l’élu. Le Général avait épinglé sur le cercueil la Croix de guerre avec palme. Pour respecter les dernières volontés du défunt, il n’y eut pas de discours, mais lecture fut donnée de sa citation à l’ordre de l’armée.
---------Décédé, Emile Bocquillon bénéficia, si l’on peut dire, d’un traitement tout à fait exceptionnel. Il fut enterré au cimetière militaire, route de Florent, où il repose encore, seul civil au milieu d’une multitude(5700) de poilus morts pour la France. Sa tombe porte le numéro 5218.
---------Dans son histoire de Sainte Ménehould et ses voisins, parue en 1957 et qui, pour l’essentiel, traite de la première moitié du 20ème siècle, Emile Baillon dresse la liste de tous les maires de la cité. On sera étonné de trouver, entre Moulin Adrien et Mangin Henri, Bocquillon Emile à la date de 1915. De quoi faire frémir les historiens, mais on peut penser que l’auteur a voulu rendre hommage, un peu maladroitement, à un homme d’exception.
---------Emile avait deux enfants. Louis né le 25/03/86 à Sainte Ménehould ; Il y a vécu son enfance et son adolescence. Il se marie le 29 avril 1914 à Fère en Tardenois. Il achète alors une étude d’avoué à Chaumont en juin 1914 puis part à la guerre pendant 4 ans. Il vivra toute sa vie à Chaumont où il décèdera en 1964. André, plus jeune, resta à Sainte Ménehould, où son souvenir est encore vivace. Il possédait un garage rue Camille Margaine, qui fut détruit en 1940 par les bombardements. Il se réinstalla des deux côtés de l’avenue Victor Hugo (où sont aujourd’hui Sanimenou et les taxis Caillet). Il apprenait aux ménéhildiens à conduire une automobile car, à cette époque, il n’y avait pas d’auto-école. C’est M. Maire qui lui succéda. Il est enterré à Sainte Ménehould.Il fut avant guerre conseiller municipal et membre du conseil d’arrondissement sous l’étiquette Républicain indépendant.
---------Internet nous a donc permis de rafraîchir la mémoire qui reste, dans la cité, de cette valeureuse famille Bocquillon.

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