Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

La mission des conventionnels dans le département de la Marne

(septembre-octobre 1792)

dimanche 15 février 2009, par D’après Gustave Laurent


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---------Fin septembre 1792. Période charnière pour la France. La bataille de Valmy vient de se dérouler. Son issue est encore incertaine. Simultanément à Paris, une nouvelle assemblée prend en charge les destinées de la France : la Convention [1]. Elle abolit la royauté et établit la République. Sous l’influence du parti dominant, elle veut passer l’éponge sur l’ancienne constitution et proclamer la République. Cette période est pleine d’incertitudes. Citons-en quelques-unes :
---------- Que s’est-il passé exactement à Valmy ? Peut-on parler de victoire ? Que va décider l’armée ennemie nullement décimée par cet affrontement ?
---------- Comment se passe l’amalgame entre les nouveaux soldats, « les sans culottes » et l’armée traditionnelle ?
---------- De quelle façon faut-il contrecarrer les idées de ces sans culottes souhaitant instaurer une démocratie directe permettant de faire des lois locales que la convention juge paralysante.
---------- Comment la « France profonde » va-t-elle intégrer ce passage de la royauté à la République ?
---------La Convention va donc s’efforcer d’apporter la bonne parole en province. La situation en Argonne va l’y inciter. Elle va tout d’abord envoyer un express pour porter au camp de Dumouriez le décret notifiant l’abolition de la royauté et la proclamation de la République.

Les trois commissaires.

---------Trois jours après le 24 septembre, sur proposition du ministre de la guerre, elle envoya trois de ses membres. Ces trois commissaires étaient très bien choisis :
---------- Le champenois Pierre-Louis Prieur, né à Sommesous le 1er août 1756, avocat à Châlons sur Marne avant la Révolution, député du tiers-état de ce baillage en 1789, puis membre, de 1791 à 1792, de l’administration centrale et substitut du procureur général syndic du département, était très connu et très estimé dans le pays où se déroulaient ces évènements et qui avait fourni beaucoup de soldats aux armées de la République.
---------Il sera membre du grand comité de Salut public. Il fut envoyé en mission aux armées du Nord et en Vendée. A la restauration, il reprit sa profession d’avocat et devait mourir dans la misère le 31 mai 1827 à Bruxelles.
---------- Charles Alexis Brulart, marquis de Sillery, né à Paris le 20 janvier 1737. Successivement garde-marine, enseigne de vaisseau, colonel aux grenadiers de France, mestre de camp en second au régiment d’Orléans, gouverneur d’Epernay, brigadier aux colonies pendant la campagne des Indes. Retraité le 4 août 1780, capitaine des gardes du duc d’Orléans (Philippe-Egalité) dont il était l’ami intime. Seigneur des terres de Sillery, Puisieulx, Verzy et Verzenay, etc…. Avant la Révolution, député de la noblesse de Reims aux Etats généraux de 1789, membre du Comité militaire de la Convention où il représentait le département de la Somme, il était très éloquent, fin, séduisant, encore actif malgré son âge et ses fréquents accès de goutte. Il connaissait parfaitement la topographie des contrées où il se rendait. Girondin, il fut condamné à mort le 31 octobre 1793, victime de la terreur.
---------- Jean-Louis Carra, né au Pont-de-Veyle (Ain), le 11 mars 1742. Après une existence agitée et vagabonde, il s’était fixé à Paris où il fonda, avec Sébastien Mercier, un journal qui fut bientôt très répandu, les Annales patriotiques, et prit une part active à toutes les insurrections de la capitale contre l’autorité royale. Ardent, exalté, bizarre surtout et inconscient, populaire parmi les soldats qu’il défendait contre les chefs dont il s’était érigé en dénonciateur et surveillant. Il était, si on en croit les électeurs, l’homme le plus connu de France en 1792, puisqu’à cette époque, cas unique, sept départements : les Bouches-du-Rhône, la Charente, l’Eure, le Loir-et-Cher, l’Orne, la Somme et la Saône-et-Loire l’envoyèrent siéger à la Convention. Il opta pour le dernier. Lui aussi girondin, il fut décapité le même jour que Sillery.

Notes

[1Peut-être est-il utile de rappeler la chronologie des différentes assemblées de la Révolution Française : - L’Assemblée constituante : c’est en fait le prolongement des états généraux (9 juillet 1789-30 septembre 1791). Comme son nom l’indique, elle se donne pour objet d’établir une constitution permettant aux idées dites « révolutionnaires » d’être prises en compte. Elle rédige la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.

- L’Assemblée législative (1er octobre 1791-20 septembre 1792), première Assemblée politique où les Français sont élus, non comme membres d’un ordre mais en tant qu’individus. Elle sera marquée par l’opposition entre les Girondins et les Montagnards. C’est la période de la Révolution modérée.
- La Convention. A partir du 21 septembre 1792. Les Montagnards sont majoritaires. Ils vontéradiquer la royauté et promouvoir une révolution radicale et violente (décapitation du roi, la terreur…).

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