Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

LES ESCARGOTS DU GRAND-PERE « TUTUR » ou une journée passée dans la forêt d’Argonne

lundi 25 mars 2002, par Michel Lesjean


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---------Lors des vacances pascales, dans les années 1947-1948, j’allais passer quelques jours chez mes grands-parents, à la Contrôlerie de Futeau. J’avais treize ans.


---------Le grand-père Arthur MENUT, dit « Tutur » était bûcheron - charpentier à la scierie DESTREZ, aux Islettes.
---------Malgré ses soixante-sept ans et donc retraité, il ne pouvait pas arrêter. Aussi, M. DESTREZ lui permettait de terminer des coupes. Il y en avait justement une à terminer entre la Contrôlerie et Futeau, de l’autre côté du canal de la Biesme [1].
---------Nous n’étions pas encore à l’époque de la tronçonneuse. Le grand-père a toujours utilisé le passe-partout, la soye [2] et la hache.
---------Pour les derniers arbres abattus, il fallait les débiter et là il entreprit mon apprentissage pour l’utilisation du passe-partout.
---------J’étais devenu son aide durant ces quelques jours.
---------- « Tire ! ne pousse-me [3] ! Le véra de Toré [4] ! c’est-y compliqué ! »
---------Petit à petit, j’y arrivai, en adoptant même le balancement caractéristique de cette grande scie à chaque aller et retour.
---------Le matin, après le petit-déjeuner, j’allais, avec le panier casse-croûte, retrouver le grand-père TUTUR, car il avait démarré tôt le matin. Le long du chemin de la Biesme, dans les touffes d’orties, il n’était pas rare, en cette saison, de trouver quelques gros escargots, des « Moines de Saint Rouin » comme les appelait le Pépère TUTUR. J’avais vite fait de les ramasser de les lui apporter dans le panier.
---------Arrivé dans la coupe, le saluant d’un bonjour Pépère :
---------- « J’ai trouvé des « Moines de Saint Rouin »
---------- je vais me régaler, gamin ! en attendant, ravive le feu ! »
---------C’était ma mission, de raviver le feu de la veille dont les braises sous la cendre étaient protégées par une tôle. Vite, du bois sec et c’était reparti pour le nettoyage de la coupe, en ramassant pour brûler tous les branchages. Au bout d’une heure de feu, aidé d’une fourche taillée dans une branche, je retroussai les morceaux. C’était le moment de mettre sur la braise les quatre grosses pommes de terre que j’avais au préalable traversé chacune d’une fascine de noisetier [5]. IL fallait bien une heure, une heure et demie pour qu’elles soient bien cuites, et je remettais la tôle pour mieux conserver la chaleur.
---------En attendant, sur une souche, je déballais les victuailles dont le bout de lard maigre coupé en tranches et qui allait frire doucement dans la poêle une fois posée sur la tôle. Il fallait que tout soit prêt lorsque le grand-père aurait décidé que c’était l’heure de casser la croûte (j’étais habitué, avec les sorties des cœurs-vaillants et camps scouts). Petit à petit, les tranches de lard fondaient et devenaient chaillons, que l’on mangeait avec un quignon de pain lorsqu’ils étaient bien croustillants. Le gras, devenu saindoux, servait à frire les œufs. Quelle odeur mes afats (enfants) ! Même les rouge-gorges s’enhardissaient à picorer autour de nous … sans compter tous les autres yeux qui pouvaient nous guetter et nous espionner !

Notes

[1Les anciens se souviennent qu’à l’époque des Moines de Beaulieu, la Biesme avait été canalisée pour permettre le transport des agrumes.

[2La scie.

[3Ne pousse pas !

[4Juron familier : véra = cochon.

[5Tige de noisetier.

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