Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

HISTOIRES DE SCIEUR DE LONG …

samedi 23 mars 2002, par Jeannine Cappy


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---------La grande scie à cadre de bois devait être soigneusement aiguisée, ce qui nécessitait une habileté particulière. Le tronc, préalablement bien équarri [4] était marqué de lignes parallèles, servant de repères pour le travail à effectuer. Il était ensuite hissé sur la coulette, calé à l’aide d’un coin et solidement maintenu par une chaîne. Le sciage pouvait alors commencer.
---------Le scieur du haut, juché sur la bille, tenant la scie à deux mains, la tirait à lui, tandis que le scieur du bas la descendait.
---------Quand la pièce était sciée sur un peu plus de la moitié, ils la faisaient pivoter et ils l’attaquaient à contre sens, jusqu’à quelques centimètres du premier trait de scie ; après quoi ils la descendaient et achevaient de séparer les morceaux à petits coups de hache.
Ci-contre, démonstration de sciage de long par les frères ZUNINO, à la maison des traditions d’Argonne à Eclaires (novembre 1976).
---------Mais, petit à petit, la tronçonneuse, les engins de levage, la motorisation et la mécanisation, permettant la production en série à moindre coût, ont mis fin à ce travail traditionnel en forêt.

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---------Hubert SIRI, un des derniers scieurs de long d’Argonne, avait une douzaine d’années quand il a commencé à tirer la scie avec son père. Il raconte avec émotion la « saga » familiale, commencée à Florence un peu après 1870 …
---------« A cette époque, l’Italie était très pauvre et il était bien difficile d’y gagner sa vie. Mon grand-père maternel, Laurent DAPPORTO, âgé d’une vingtaine d’années, a décidé de tenter sa chance en France, seul ou en groupe ? Je ne me souviens plus ! Il est donc parti à pied de Florence, est passé par le Piémont, a franchi le grand Saint Bernard et traversé une partie de la France, pour s’arrêter finalement aux Islettes. Son voyage a duré un an ! Il fallait bien travailler en route pour se nourrir.
---------Tout d’abord débardeur, il a ensuite été embauché comme charretier à Florent ; c’est la dernière étape du voyage. Il a épousé Marie VERDISSON, ils ont eu quatre enfants … On l’avait surnommé « Toscane »…
---------Mon père, Louis SIRI, est, lui, originaire de Vara-Supérieur, un petit village à côté de Gênes. Il est venu en Argonne en 1920 ; il avait dix-huit ans.
---------Cette malheureuse région venait d’être ravagée et décimée par la « grande guerre ». Elle manquait cruellement de bras et les marchands de bois avaient du faire appel à des bûcherons étrangers.
---------Après un voyage effectué en grande partie par le train, mon père est arrivé à « l’abri du Kronprinz [5] » avec une équipe d’ouvriers Italiens. Il y était logé et travaillait dans la forêt alentour. Au terme de son contrat, probablement un an, il a été embauché dans la région d’Epernay et ensuite à Florent. Il y a rencontré Olga, la fille de Laurent DAPPORTO, il l’a épousée et ils ont eu trois enfants.
---------Mon père s’est fait naturaliser Français en 1938. Entre-temps, ils est devenu scieur de long, déjà sous contrat d’un an, pour des marchands de bois qui imposaient leurs prix. Mais ensuite, il a préféré travailler à tâche, ce qui lui permettait de choisir l’employeur qui payait le mieux.

Notes

[4Taillé à la hache pour lui faire quatre faces.

[5Ancien quartier général du Prince héritier de Bavière, construit en pleine forêt, près de Varennes, vers 1915. Il était composé d’un blockhaus et de locaux annexes, encore visibles aujourd’hui.

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