Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

L’ARGONNE DANS LA SECONDE GUERRE MONDIALE souvenirs de Marc HUSSENET (suite)

jeudi 21 mars 2002


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1942 – Une fausse joie


---------De nombreux véhicules allemands étaient en stationnement sur la place. Une sentinelle faisait les cent pas, la nuit, de l’école à la place. Au printemps 1942, grand branle bas : les chauffeurs des divers engins s’affairaient pour un départ que l’on croyait imminent. En effet, dans un ordre parfait, le convoi se met en route et prend la direction de Villers, au grand soulagement des habitants.
---------Mais, une heure plus tard, environ, ils reviennent par la route de Sainte-Ménehould. Ce n’était qu’un exercice, au grand dépit des gens de Verrières. L’un des Allemands dit à un groupe d’habitants qui commentait à voix basse l’événement : « Les poches sont refenus ! »
---------Mais quelques semaines plus tard, ce fut un départ définitif des véhicules de la troupe et de la kommandantur. La guerre avec la Russie, ce n’était pas une mince affaire, il fallait du renfort. Avec le départ de nos occupants, c’était un soulagement, mais ce n’était pas la fin des restrictions et des contrôles.
---------Début 1942, fut ordonnée la réquisition des chevaux. Je partis à Châlons avec notre jument « Lisette ». Il y avait sur une place un rassemblement de dizaines et de dizaines de chevaux, qu’il fallait faire trotter devant un jury composé d’officiers allemands, vétérinaires. « Lisette », hélas, fut reconnue apte et conduite directement dans un wagon. Vraisemblablement destinée au front russe. Je touchais immédiatement 52.000 anciens francs en billets. Mais j’étais triste de perdre une aussi bonne jument qui allait périr dans les steppes enneigées de Russie.
---------Les réquisitions se poursuivaient. Chaque agriculteur était contingenté et devait fournir tant de douzaines d’œufs par mois, tant de quintaux d’avoine. Un contrôleur français montait dans le grenier et évaluait le nombre de quintaux qui nous restait et fixait la part à livrer. J’avais une réserve de sept à huit sacs, cachés dans un petit grenier, où se trouvait l’harmonium. Une armoire masquait l’entrée.
---------J’avais acheté, contre un jambon et de l’eau de vie, un petit moulin à farine, qui, chaque dimanche matin, moulait du blé pendant que je soignais les bêtes. Les clients ne manquaient pas. Je leur vendais à un prix plus que raisonnable, ainsi que des pommes de terre. J’ai pu, la tête haute, assister et quelque peu, participer à la libération de Sainte-Ménehould, ce qui ne fut pas le cas de certains cultivateurs, qui durent rentrer chez eux prestement, sous la vindicte de leurs « clients ».

La libération (30 août 1944)


---------Un groupe d’Allemands arrive à Verrières et réquisitionne des granges pour y passer la nuit. Un officier demande à coucher à la maison. Sympathique et conscient de la gravité de la situation, il est levé de bonne heure. Il fait sa toilette, torse nu, dans la cour, au robinet près de l’auge où buvaient chevaux et vaches. Vers 10h00, une forte explosion se fait entendre. « Ce doit être un de nos camions qui saute » me dit-il dans un assez bon français. En fait, c’était le pont de l’Aisne, entre la maison GALLI et les écoles, qui sautait. Dans la soirée, le bruit courait que les Américains étaient à Châlons et que des éléments avancés étaient à Dommartin la Planchette. Nous étions renseignés par notre voisin, facteur, Monsieur LAMBERT, qui pouvait joindre par téléphone ses collègues.
---------En cas de coup dur, on pouvait se mettre à l’abri dans la cave jouxtant le jardin. Il y avait, au dessus, deux mètres de trèfle en vrac… Sans rien dire, je saute sur mon vélo, un panier au guidon pour donner le change et me rend à « Haut la route », le plus haut point du coin. Je monte au plus haut. De là, j’avais une vue très bonne sur la route de Châlons. Je voyais nettement la trajectoire des obus en direction de la ville.
---------C’étaient les Américains, à n’en pas douter. Quelle joie !
---------Il commençait à faire sombre, il fallait rentrer. En arrivant au pays, changement de décor. Je croyais les Allemands partis. Mais une mitrailleuse était en position dans la descente du « Voissieux » et des Allemands, dos au mur, armes à la main, semblaient attendre l’arrivée des Américains… Je rentre sans encombre chez nous. Je me fais copieusement enguirlander :
---------- « Mais où étais-tu ? »
---------- Mais, tu vois, je viens de voir s’il y avait des pommes !
---------- Les Allemands sont revenus !
---------- Mais je viens de les voir, ils ne m’ont rien dit ! »

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