Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Le comportement de la presse à la charnière des XIXè et XXè siècles,

vu à travers le mandat de M. Désiré Lefert, maire d’Auve et conseiller général du canton de Dommartin sur Yèvre, de 1891 à 1907.

mardi 16 juin 2009, par Dominique Delacour


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Rappel de cette période.
---------Elle fut agitée. Dès 1871, royalistes, bonapartistes et républicains bataillèrent ferme pour le pouvoir, qui revint, non sans mal aux républicains. Les réformes commencées à la Révolution allaient s’accélérer et, si la noblesse n’avait plus le pouvoir, par contre, la majorité du clergé s’accrochait fermement au sien.

Trois réformes importantes.
---------Elles seront menées à terme, non sans difficultés.
---------1- L’école obligatoire jusque 13 ans verra le jour en 1882 par la loi Jules Ferry, réfutée par les conservateurs qui voyaient entre autres conséquences une France appauvrie et moins tournée vers le travail.
---------2- L’impôt sur le revenu qui n’aboutira qu’en 1914, après d’âpres débats, ce qui allait inciter les grosses fortunes à fuir la France d’après ses détracteurs (18/07/1897, Journal de la Marne). L’histoire est un éternel recommencement !
---------3- La séparation de l’église et de l’état qui allait poser tant de problèmes à une population majoritairement modérée. En effet, les positions extrêmes des deux bords semaient le doute et la confusion. D’une part ceux qui prônaient une France athée et anticléricale et de l’autre ceux qui ne voulaient pas céder un pouce de leurs droits et de leurs privilèges.
---------Ces réformes sont aujourd’hui bien ancrées dans le paysage politique.

Le conseil général.
---------Nous allons voir deux types de comportement totalement opposés pendant cette période. D’une part le conseil général, passant d’une majorité de droite à une de gauche à partir des années 1880. Cette assemblée fonctionnait très bien, beaucoup de décisions étaient prises à l’unanimité, comme les élections du bureau et des commissions, l’étiquette politique étant parfois secondaire. D’ailleurs, chose surprenante, malgré les tendances diverses, un vœu concernant le bien fondé de la séparation de l’église et de l’état le 3/05/1905 a donné 22 pour et 7 abstentions sur 29 votants.

La presse.
---------D’autre part, dans ce domaine, c’est tout à fait l’inverse, la plupart des journaux se positionnaient de façon souvent extrême, avec des prises de position sectaires et sans retenue, en favorisant et alimentant les tensions. Les articles, parfois violents, étaient quelquefois aggravés par l’anonymat, ce qui jetait de l’huile sur le feu et troublait une population tiraillée dans tous les sens.

M. Désiré Lefert.
---------A la mort du Général Appert, conseiller général du canton de Dommartin/Yèvre (Voir le Petit journal n°41), M. Gaillemain, notaire à Epense et M. Lefert, maire d’Auve, qui avaient fondé avec quelques autres l’association républicaine sous l’étiquette radicale, se départagèrent par un vote pour se présenter à la succession.
---------M. Lefert l’emporta d’un cheveu sur son collègue, et le 21 juin 1891, il fut élu conseiller général avec 1155 voix contre 701 à M. Charpentier, conservateur et en famille par alliance avec le Général Appert, et 22 voix diverses. Son élection avait été précédée d’articles virulents de la part des journaux de droite et, pour montrer le climat de cette époque, voici un article du Journal de la Marne du 28/.06/1891, donc après le vote :
---------« M. Charpentier a essayé à nouveau de déployer sur le canton le drapeau de la liberté que quelques tyranneaux ambitieux foulent aux pieds. Il s’est présenté seul, sans armes, contre une coterie puissante, armée, disciplinée, embrigadée, numérotée… Qui donc, parmi les pseudos-républicains aurait eu ce courage ?… Qui donc parmi ces malheureux esclaves, aurait osé se révolter contre leurs maîtres ? Aucun !… C’était une lutte suprême ! La lutte des hommes libres contre les esclaves !… Et bien, nous préférons, comme lui, être vaincu comme il l’a été que vainqueur avec les mercenaires ou les… budgétivores !!… Vous êtes 1200 esclaves. Nous sommes 700 hommes libres. Vive la liberté. A bas l’article 10 ». Signé Jacques Liber.

---------Dès 1892, M. Lefert fut élu responsable de la commission départementale de l’arrondissement de Sainte Ménehould et membre, puis responsable de la 4ème commission : commerce, agriculture, circonscriptions communales…, et à chaque fois il fut réélu avec 26 à 28 voix sur 29 votants.
---------Il tint donc une position non négligeable au sein de cette assemblée, et malgré cela, le Journal de la Marne, dans un article défavorable à M. Pouillot, candidat radical au conseil d’arrondissement, écrivit le 27/07/1895 :
--------- « Allons, qu’on lui mette le bonnet… des écoliers et qu’on le décore du mérite agricole, comme son camarade Lefert, ex clerc d’avoué, vélocipédiste expert et le conseiller le plus nul du département ».
---------A propos de vélocipédiste, M. Lefert a été responsable d’une section de son canton, organisant des épreuves cyclistes. Cela ne l’empêcha pas d’être brillamment réélu conseiller général de son canton le 28/07/1895 avec 1213 voix contre 439 à M. Joly, conservateur.

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