Connaissance du Patrimoine Culturel Local
Le Petit Journal
de Sainte-Ménehould
et ses voisins d'Argonne
Edition régulière d'un bulletin traitant de l'histoire, des coutumes et de l'actualité.

Le comportement de la presse à la charnière des XIXè et XXè siècles,

vu à travers le mandat de M. Désiré Lefert, maire d’Auve et conseiller général du canton de Dommartin sur Yèvre, de 1891 à 1907.

mardi 16 juin 2009, par Dominique Delacour


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Le Journal de la Marne change de ton.
---------Puis, il y eut un total changement de ton du Journal de la Marne à l’égard de M. Lefert en relatant le 8 juin 1898 :
---------« La mort de Madame Lefert, la femme de l’honorable conseiller général du canton de Dommartin/Yèvre ». Que s’est-il donc passé, car c’est le premier qualificatif positif du journal envers M. Lefert et, en l’espace de 3 ans, il est devenu honorable après avoir été, d’après lui, une nullité.
---------Il faut reparler de l’association républicaine, créée par M. Lefert, Gaillemain et d’autres au début des années 1880. En 1897, elle se scinda en deux. M. Gaillemain prit le chemin des réformes totales avec une partie des membres, et fonda le parti républicain démocratique, toujours sous l’étiquette radicale, alors que l’association républicaine prit une position plus centriste. Il faut dire que les évolutions qui se préparaient, comme la séparation de l’église et de l’état, remuaient les consciences, remettaient en cause bien des certitudes et les positions extrêmes refroidissaient les plus modérés des réformistes.
---------D’ailleurs, voici un article paru dans l’Union Républicaine de Reims, reproduite par le Journal de la Marne du 10 juin 1903 qui ne faisait pas non plus dans la dentelle à propos de processions :
--------- « Sous prétexte qu’il plait à l’église d’envahir la voie publique à date fixe pour promener solennellement un rond de pâte séchée dans une lentille de verre montée sur or, il faut que les militaires rectifient la position et que les civils se rangent dévotement pour laisser passer le cortège auguste ». Signé J.F.

Réélection de M. Lefert.
---------En 1901, le Journal de la Marne soutiendra cette fois M. Lefert lors de sa réélection en raison de son rejet des extrêmes et il sera réélu avec 1397 voix contre 57 divers. Il était seul candidat, M. Gaillemain, pourtant devenu son concurrent politique, ne s’est pas présenté contre lui, signe d’un respect réciproque. Le 1er juin 1905, M. Lefert, à l’association républicaine, s’élève contre les 2 camps et ajoute pour bien se situer :
---------« Si nous ne voulons pas que les religions bataillent en faveur d’une restauration monarchique, nous n’admettons pas non plus que les sans religions essaient de nous empêcher de croire comme il nous plait », ce qui devait traduire les craintes d’une majorité de la population.

Nouvelles élections, M. Lefert ne se représente pas.
---------M. Lefert ne se représenta pas en 1907. M. Léon Etienne, maire de Givry en Argonne, présenté par la gauche comme conservateur, mais qui serait, en fait, plutôt centre-droit est soutenu par M. Lefert contre M. Gaillemain, radical. Preuve de la dureté de cette époque, et de la presse en particulier, voici un article de la Dépêche de L’Est du 10/07/1907, contre M. Gaillemain :
---------« C’est un choix pour nous très agréable. Il a une spécialité, celle de collectionner les vestes, on ne les compte plus. Au fait, il lui en manque peut-être une à sa collection ! Rien ne le rebute, rien ne le décourage. Son canton lui a administré les pires camouflets, lui a prodigué les marques les plus significatives de l’antipathie qu’il inspire. Tout cela lui est égal, il croit que le tour est joué. Le 28 juillet, les électeurs la lui offriront avec tous les égards qui lui sont dus. Nous nous réjouissons de cette stupéfiante candidature et avec l’assurance que notre satisfaction sera partagée par nos nombreux amis. Pour finir, nous remercions M. Gaillemain de la joie sans mélange qu’il nous procure ».
---------M. Léon Etienne, soutenu par ces journaux malgré lui, gêné par plusieurs articles de ce genre, envoya un article en forme de démenti public, publié par la Revue de la Marne le 25/07/1907, à son concurrent politique M. Gaillemain.
---------"Mon cher collègue.
---------Comme il n’est pas en mon pouvoir d’empêcher la presse de parler, je tiens à vous déclarer que je désapprouve les procédés de polémique qui sont parus dans certains journaux à votre sujet et que mes sentiments à votre égard sont dictés par la plus profonde courtoisie. Signé Léon Etienne."

---------Et le 28 juillet 1907, la Dépêche de l’Est, en publiant les résultats du vote : M. Gaillemain, élu avec 903 voix contre 823 voix à M. Etienne, sera moins bravade et ne fera aucun commentaire.

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